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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 21:32
J’ironisais récemment sur une des raisons qui font qu’étudier l’Histoire est une bonne idée. Pour y revenir un peu plus sérieusement, je pense avoir trouvé un petit exemple permettant de montrer l’esprit critique dont doit normalement faire preuve un historien (1).

Je suis ainsi tombé sur un ensemble de quatre citations visant à démontrer que, depuis l’antiquité, chaque génération pense que la suivante est stupide et décadente. Les voici :

"Notre jeunesse (...) est mal élevée. Elle se moque de l'autorité et n'a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d'aujourd'hui (...) ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce. Ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. Ils sont tout simplement mauvais."
Socrate (470-399 av. JC)

"Je n'ai aucun espoir pour l'avenir de notre pays, si la jeunesse d'aujourd'hui prend le commandement demain. Parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible."
Hésiode (720 av. JC)

"Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n'écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut pas être loin."
prêtre égyptien (1000 av. JC)

"Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du coeur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d'autrefois. Ceux d'aujourd'hui ne seront pas capables de maintenir notre culture."
plus de 3000 ans, a été découverte sur une poterie d'argile dans les ruines de Babylone


Première réaction : tiens, c’est amusant ça, je me demande si je pourrai en faire un article.

Puis, un peu après (le temps que l’information remonte au cerveau, certainement), le doute :

Setebos se rendant compte que quelque chose cloche

Des détails me chiffonnent : examinez les deux premières citations, ou plutôt la mention de leur auteur. Celui-ci est précisé, avec ses dates de naissance et de mort pour le premier, une date qu’on suppose être celle de l’écriture de la citation pour le second. Si vous avez déjà lu des ouvrages historiques, ou même des articles de ce blog, vous remarquez que quelque chose manque.

Ainsi, s’il me prend l’envie de citer Thucydide, je ne me contenterai pas d’écrire :

 "Les armées, quelles qu'elles soient, font ceci : elles tendent à dévier, au cours de leur marche, vers leur propre aile droite ; si bien que chaque adversaire déborde avec sa droite la gauche de l'ennemi ; en effet, la crainte aidant, chacun serre le plus possible son côté non protégé contre le bouclier de son voisin de droite et pense que plus on est joint de façon étroite, plus on est à couvert ; et la responsabilité initiale revient au premier homme de l'aile droite, qui souhaite dérober toujours à l'adversaire son défaut de protection : les autres le suivent en vertu de la même crainte." Thucydide, 460 – 400.

Du moins, je ne l’écrirai pas à moins d’avoir envie de me faire écharper par un autre historien. Pour que la citation soit complète, je ne dois pas seulement mentionner l’auteur, mais l’endroit d’où est tiré le passage. Dans le cas précédemment cité, j’écrirai ainsi :

Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, V, 71, 1. (traduire : livre V, paragraphe 71, citation débutant à la première ligne du paragraphe).

Ceci permet à quiconque voulant vérifier mes dires ou situer le contexte de retrouver rapidement la citation par lui-même. C’est d’autant plus nécessaire dans le cas de la citation de Socrate. En effet, nous n’avons aucun ouvrage de celui-ci. Une bonne partie de ce que nous savons de lui et de sa philosophie est transmis par Platon, or celui-ci n’a pas écrit qu’un seul ouvrage. La citation ne précise pas duquel elle provient, et encore moins son emplacement dans le texte.

Pour Hésiode, pas d’ouvrage précisé non plus. La suspicion s’aggrave quand on sait que les écrits d’Hésiode qui nous sont parvenus sont en rapport avec la mythologie (sa Théogonie  a organisé tout le panthéon grec). Cette phrase ne serait donc pas tirée d’un de ses ouvrages mais rapportée par quelqu’un la mentionnant comme venant de lui ?

En ce qui concerne les deux dernières citations, c’est encore moins tangible : pas de nom, une vague indication de date, pas de vérification possible là non plus.

Mais soit, ne cédons pas à la méfiance, complétons nous-mêmes les lacunes de la présentation. Une recherche google devrait permettre de situer les citations (au moins les deux premières) dans leurs ouvrages respectifs.

Nouvelle déception : les citations sont visibles sur de nombreux sites, mais toujours ensemble et présentées sensiblement de la même manière, avec les mêmes indications vagues. Qui plus est, aucun des sites en question ne peut être considéré comme fiable historiquement, encore moins comme « de référence ».

Récapitulons : nous avons quatre citations sur le même thème, fréquemment citées ensemble, sans élément permettant de les vérifier, et présentant toutes les caractéristiques d’une reprise en boucle, d’un site à l’autre, sans qu’on puisse déterminer ou tout ça a commencé. Dit autrement : c’est pas bon, tout ça.

Ne perdons pas espoir, c’est peut être le fait d’une reprise ayant quelque peu modifié les termes puis s’étant répandue telle quelle. Hélas, une recherche avec quelques mots-clés ne s’avère pas plus concluante.

A ce stade, un mot s’impose de lui-même : apocryphe. Il faut donc prendre l’enquête sous un autre angle, et essayer de trouver des endroits répertoriant explicitement ces citations comme fausses. C’est rapidement fait, et on apprend ainsi qu’il semblerait que la première citation soit apparue pour la première fois en 1953, dans Personality and Adjustment de William L. Patty et Louise S. Johnson.

En l’absence d’éléments probants concernant la véracité des trois autres citations, je pense pouvoir, avec une marge d’erreur assez limitée, supposer qu’il en va de même que pour la première : des faux, créés plus ou moins récemment selon toute vraisemblance. Malgré cela, elles sont reprises très fréquemment, chaque nouvelle occurrence les légitimant un peu plus et permettant de nouvelles reprises, alors qu’il est relativement aisé de vérifier qu’elles ont été inventées.

C’est d’autant plus dommage que je suis convaincu que l’on peut trouver des citations tout à fait réelles où des penseurs antiques critiquent la jeunesse de leur temps. Utiliser de fausses citations pour appuyer un argumentaire qui serait tout à fait défendable sans ne fait, à mon sens, que l’affaiblir : il suffit qu’un contradicteur pointe ce fait pour que l’argumentation elle-même soit discréditée.
_______

(1) Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit. En aucun cas l’esprit critique n’est l’apanage des seuls historiens (même ma mauvaise foi  a des limites). Mais normalement, ils en ont.


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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 17:55

Mon inspiration connaissant quelques ratés dernièrement, j’ai décidé de faire du recyclage. Il se trouve qu’on m’a récemment demandé de l’aide pour une inscription épigraphique, donc pourquoi ne pas en faire profiter tout le monde ? Ce billet retracera donc la création de la fiche descriptive d’une inscription, de la retranscription au commentaire. On peut le considérer comme l’étape supérieure, après ce premier épisode.

Voici donc l’inscription :



(cliquez sur l'image pour agrandir)

Au commencement était la retranscription. Rien de bien difficile, l’inscription est bien conservée et les mots clairement séparés par des points. Cela donne :

D M C Iul Maternus | Vet Ex Leg I M Vius Sibi | et Marie Marcellinae | Coiiugi Dulcissime | Castissime Obitae F

(Les « | » indiquant les retours à la ligne sur le document d’origine)

Première indication, les deux lettres DM signalent quasiment à coup sur, en début d'inscription, une stèle funéraire. On les développe en "Dis Manibus", "Aux dieux mânes".
Sachant cela, on peut donc lier le C aux deux mots suivants, qui formeront le nom du défunt : Caius Iulius Maternus.

Avançons un peu : le mot "Leg" suivi d'un chiffre romain (ici, "I") indique un numéro de légion. On donc sans doute affaire à un légionnaire, ce qui permet de développer le "Vet" en "Veteranus", vétéran. Ce qui permet de déduire que "ex" n'est pas une abréviation mais bien la préposition signifiant "de".

Vient une petite subtilité, pas forcément évidente. il faut savoir que toutes les légions romaines reçoivent un qualificatif (par exemple, troisième Légion Auguste"). Le "M" qui suit "Leg I" est donc l'abréviation de ce qualificatif. Le seul développement qui convienne ici est donc "Minervia", ce qui donne au final : "vétéran de la Iè Légion Minervia"

Ensuite, "Vius" est l'abréviation de "Vivus". Vient une suite de mots qui ne sont pas abrégés, "sibi et (le E et le T sont encastrés sur l'inscription, dans un but esthétique sans doute) Marie Marcellinae Coiiugi (je reviendrai sur ce mot ensuite) Dulcissime Castissime Obitae"

Un "F" qui cloture une inscription a quasiment toujours le même sens, à savoir "fecit", "a fait" (sous entendu : élever cette stèle, cette statue, etc.). C'est le cas ici.

Ce qui donne donc :

D(is) M(anibus), C(aius) Iul(ius) Maternus, vet(eranus) ex Leg(ione) I Minervia, Viv(u)s sibi et Marie Marcellinae coiiugi dulcissime castissime obitae f(ecit).

Pour le mot « coiiugi », ceux qui, contrairement à moi, ont commencé par lire la description, verront vite qu’il s’agit en fait de « conjugi » (cf deuxième mot de la dernière ligne), sans doute écrit ainsi pour une bonne raison, mais je ne sais pas laquelle (oui je sais, ça ne fait pas très pro ça). Ceux qui, comme moi, commencent par se jeter sur l’inscription, auront un peu plus de mal, mais c’est le seul mot qui fasse sens dans le contexte, donc c’est faisable.

Ensuite, on a "Vivus" et "Obitae", pouvant être traduits respectivement par "de son vivant" et "à sa mort", ce qui mènerait à la traduction suivante (les autres mots étant aisément traduisibles" :

Aux dieux Manes, Caius Julius Maternus, vétéran de la Iè Légion Minervia, a fait (élever cette stèle) de son vivant pour lui et Maria Marcellina, sa très chère et fidèle épouse, à la mort de celle-ci.

Les mots entre parenthèses signalent un ajout de ma part visant à rendre l’inscription compréhensible. Ils sont seulement sous-entendus sur l’inscription latine, comme on avait déjà pu le voir dans mon précédent billet.

La traduction étant terminée, l’épigraphiste passe ensuite à la rédaction de la notice complète de l’inscription. Pour ce faire, la méthode est simple : il faut donner absolument tous les informations dont on dispose (données en latin dans la plupart des cas, pas d'exception ici, l'inscription provenant du CIL), signaler d'éventuelles fautes, lacunes ou martelages (aucunes ici), puis donner le texte latin développé (avec numéro de ligne toutes les 5 lignes), traduction, et datation quand c'est possible (pour une inscription funéraire, c'est rarement possible par la seule épigraphie, il faut des données archéologiques. Ici, on a toutefois la mention de la légion, ce qui permet de donner une date minimale), le tout mis en forme proprement.

Il faut ensuite commenter l’inscription (il n’y a pas forcément grand-chose à dire, ici je me suis contenté d’expliciter ma datation et de donner quelques indications secondaires).

Ce qui donne :

______

CIL XII 8267 a
Colonne funéraire en calcaire découverte en 1854 à Cologne.
Conservée au musée de Cologne.
Dimensions : 91 x 61 x 13,5 cm
Hauteur des lettres : 3 - 4,5 cm
Au dessus du texte, représentation de Maternus avec sa femme et ses esclaves, sans doute un banquet funéraire.

D(is) M(anibus), C(aius) Iul(ius) Maternus, | vet(eranus) ex Leg(ione) I Minervia, Viv(u)s sibi | et Marie Marcellinae conjugi dulcissime |5 castissime obitae f(ecit).

Aux dieux Manes, Caius Julius Maternus, vétéran de la Iè Légion Minervia, a fait (élever cette stèle) de son vivant pour lui et Maria Marcellina, sa très chère et fidèle épouse, à la mort de celle-ci.

Datation : après 82 ap. J.-C.

La Iè Légion Minervia, généralement stationnée à Bonna en Germanie inférieure, ayant été créée par Domitien en 82 ap. J.-C., l'inscription est postérieure à cette date. Cette légion est attestée jusqu'au milieu du IVè siècle ap. J.-C.


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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 19:45
Avis à ceux qui étaient restés sur leur faim après la lecture de mon article sur les Sassanides et souhaiteraient en savoir plus sur cet empire quelque peu méconnu : le derniers numéro des collections de l'Histoire (hors-série de la revue l'Histoire) a pour sujet "de la Perse à l'Iran : de Cyrus à Ahmadinedjad" et comporte une interview de deux pages de P. Huyse (1) sur ce thème.

D'une manière plus large, la lecture de cette revue pourra intéresser tous ceux qui veulent en savoir plus sur l'Histoire de la Perse.

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(1) Dont l'ouvrage La Perse antique m'avait servi de source lors de la rédaction de mon article.
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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 10:54
Hier soir étaient diffusés sur Arte les deux premiers épisodes d'une série de douze documentaires portant sur le dernier livre du Nouveau Testament, l'Apocalypse.

Loin de la tendance actuelle à la reconstitution de scènes, ces documentaires (en tout cas, pour les deux déjà diffusés) se signalent par une austérité à toute épreuve : des historiens assis devant une table sur fond noir, avec parfois des images de manuscrits. Et c'est tout. Et je dirai que c'est tant mieux. Le dernier documentaire que j'avais regardé, sur les Mayas, utilisait des reconstitutions de scènes et des mises en scène diverses, et je l'avais trouvé brouillon et incompréhensible. Dommage. Là, le problème ne se pose pas, le documentaire serait passé à la radio que ça n'aurait finalement pas changé grand-chose.

Ces documentaires sont remarquables pour plusieurs raisons : d'abord, l'impressionnante liste des intervenants. Ensuite, le fait que lesdits intervenants n'ont pas été forcés de prendre les téléspectateurs pour des andouilles en vulgarisant à outrance. Les points abordés sont parfois assez techniques (aaaaah, l'histoire du génitif subjectif ou objectif...) et le vocabulaire peut l'être aussi. Dans ce cas, les mots ou évènements mentionnés qui n'évoquent pas nécéssairement quelque chose chez le spectateur sont explicités en sous-titre.  Ainsi, lorsqu'un des chercheurs mentionne un fait ou un empereur, la date et éventuellement une courte explication sont donnés. En cas de mot technique, c'est une défnition qui apparait.

Enfin, et c'est à mon sens le principal atout de ces documentaires, on n'a pas cherché à raconter une histoire avec des intervenants qui se succéderaient et abonderaient tous dans le même sens. De nombreux points sont sujets à polémique chez les spécialistes, polémiques qui ne sont nullement dissimulées. Au contraire, pour chaque fait incertain, on nous donne un aperçu des différentes interprétations possibles, quelques chercheurs intervenant pour chacune.

C'est une très bonne chose : en Histoire, et particulièrement en Histoire antique, ou les faits sont lointains, le consensus est un objectif qui est très rarement atteint. En conséquence, ce documentaire ne cherche pas à présenter comme certains des faits ou des interprétations de texte quand il y a un doute à leur sujet. On nous présente en quelque sorte un "état de la recherche" sur différents points, comme par exemple l'expression "synagogue de Satan", au coeur du premier documentaire et pour laquelle on trouve, si ma mémoire est bonne, au moins trois courants d'interprétation.

Ce qui m'amène, au-delà de l'aspect formel du documentaire, à son sujet. L'Apocalypse est clairement un livre à part dans le Nouveau Testament, et qu'elle soit étudiée sérieusement dans un documentaire est une bonne chose.
Le premier documentaire consistait en une présentation de ce livre, son auteur, et, par le biais d'un extrait parlant de "Synagogue de Satan",  de la situation de la chrétienté au Ier siècle, en particulier comment la situer par rapport au Judaïsme.

Cette problématique était poursuivie dans le second documentaire, qui s'attachait pricipalement à l'incendie de Rome et à pourquoi les Chrétiens en avaient été accusés : qu'est ce qui a fait que ce qui n'était à l'époque qu'une secte mineure à Rome ait pu faire un coupable plausible et reconnaissable pour les habitants de Rome ? (Et c'est vrai que la question est intéressante, je n'y avais jamais pensé avant...).

Pour ceux qui ont raté la diffusion hier et qui seraient intéressés, les documentaires sont rediffusés dimanche à 14h, ainsi que mardi prochain à 9h55.

Les deux épisodes suivants seront diffusés samedi soir.

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P.S : Et encore merci au lecteur qui m'avait signalé cette émission.
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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 22:39

Dans les derniers articles, j’ai, à plusieurs occasions, évoqué les Perses Sassanides, en tant que grands adversaires de l’Empire Romain. Il pourrait donc être judicieux de procéder à une rapide présentation de cette dynastie perse, de son histoire et de son fonctionnement.

Pendant plusieurs siècles, les Parthes sont le grand ennemi de Rome sur les frontières orientales. En 224 ap. J.-C., une nouvelle dynastie, et un nouvel empire, prennent le dessus sur les Parthes et s’imposent sur cette frontière : les Sassanides. Leur objectif proclamé est de restaurer l’ancien Empire Perse de la dynastie achéménide, qui avait été mis à terre par Alexandre le Grand.

Dès les premières années de leur arrivée au pouvoir, les souverains sassanides se lancent dans une politique agressive vis-à-vis de Rome. Sévère Alexandre, qui règne sur l’Empire Romain au moment de l’ascension de la nouvelle dynastie perse, doit dès 230 ap. J.-C. organiser une campagne militaire contre les Sassanides, campagne que j’ai évoquée ici.

Pendant la période de faiblesse de l’Empire Romain au IIIè siècle, les Sassanides maintiennent la pression sur celui-ci, avec quelques périodes de répit (comme celle gagnée par Odainath de Palmyre).

En 297 ap. J.-C., ils sont battus par l’empereur Dioclétien qui les repousse vers l’Est et leur impose un traité de paix. Les Sassanides ne reprennent une politique agressive que quelques décennies plus tard, en 338 ap. J.-C. Durant le Vè siècle, les Sassanides sont accaparés par des guerres à l’est ainsi que des querelles internes, laissant ainsi leur voisin romain accomplir sa mutation en Empire Byzantin.

Vers 530 ap.J.-C., l’empire Sassanide redevient temporairement agressif envers les Byzantins mais retombe vite dans les conflits internes et les guerres à l’Est. Toutefois, vers 620 ap. J.-C., c’est un Empire Sassanide revigoré qui s’attaque à Byzance, parvenant jusqu’aux portes de Constantinople et rétablissant presque les anciennes frontières achéménides en 626 ap. J.-C. Cependant, la contre-offensive de l’empereur Héraclius les force à se retirer loin vers l’est. Après ce bref retour sur le devant de la scène, l’Empire Sassanide s’effondre rapidement et est intégré au récent califat arabe en 651 ap. J.-C.

Au sommet de l’Etat se trouve l’empereur sassanide, qui porte le titre de Roi des Rois d’Iran et de non-Iran (shahanshah eran ud aneran). En dessous de lui, l’administration de l’Empire Sassanide, dont la capitale est située à Ctésiphon, a varié au cours du temps. Au début de l’Empire, le territoire est divisé en provinces, qui sont soit sous l’autorité d’un satrape (titre hérité de l’empire achéménide, ou les gouverneurs administraient des territoires nommés satrapies), soit d’un roi vassal, généralement de la famille du roi en place. Plus tard, l’organisation administrative est divisée en trois strates : le niveau intermédiaire est celui des provinces, sous l’autorité des satrapes qui concentrent entre leurs mains la majorité des fonctions administratives. En-dessous se trouvent les cantons, qui n’ont qu’une fonction religieuse mineure, et au-dessus le niveau inter-provincial, qui rassemble des fonctions militaires et fiscales.

Du point de vue de la société, les hommes sont répartis en quatre castes : guerriers, agriculteurs, artisans, et prêtres. Ces conditions sont héréditaires. A cela il faut ajouter les esclaves, qui sont considérés majoritairement comme des choses dans le droit sassanide. Cela ne les empêche pas de disposer de droits : les mauvais traitements à leur égard sont sanctionnés, et ils ont le droit de porter plainte même contre des hommes libres.

Du point de vue religieux, l’Empire Sassanide se caractérise par l’adhésion des Rois des Rois au mazdéisme (ou zoroastrisme), une religion structurée, avec une cosmogonie bien établie, et déjà religion des rois perses à l’époque achéménide. Cette religion est utilisée à des fins idéologiques, le souverain sassanide prétendant avoir une ascendance divine et tenir leur pouvoir d’Ahura Mazda, la divinité suprême du mazdéisme. Ce n’est toutefois pas une religion d’Etat : non seulement le Roi des Rois n’est pas à la tête du clergé, mais de plus les autres religions (notamment judaïsme et christianisme) sont tolérées. On note toutefois l’existence de périodes de persécutions à l’encontre des chrétiens, mais le motif n’est pas forcément purement religieux : après la conversion de l’empereur romain Constantin au christianisme, les adeptes de cette religion apparaissent comme suspects aux yeux des Sassanides. C’est donc davantage un motif « d’ordre public » qu’un motif religieux.

Enfin, passons à l’aspect que l’Empire Romain a eu le plus l’occasion de… cotoyer, à savoir l’armée sassanide. Celle-ci se base sur une élément principal : une cavalerie lourde : les clibinaires ou  cataphractaires (l’armement varie un peu entre les deux). Le cavalier, recruté parmi la noblesse et payant lui-même son équipement, comme son cheval sont lourdement cuirassés, préfigurant les chevaliers en armure de l’époque médiévale. L’époque sassanide voit également le retour de l’éléphant comme arme de guerre, eux aussi cuirassés, portant des tours de guerre sur leur dos, servant ainsi de plate-forme mobile pour les archers. La principale faiblesse de l’armée sassanide reste, comme d’ailleurs pour les époques achéménides et parthes, son infanterie, majoritairement constituée de paysans levés en masse et pauvrement équipés. On note toutefois la présence d’infanterie lourde, bien armée et entrainée, capable d’égaler les légionnaires romains sur le champ de bataille, ainsi que de bons archers. Comme on l’a vu au début de ce billet, cette armée sassanide donna à plusieurs reprises du fil à retordre aux armées aussi bien romaines que byzantines

___

Il semblerait que les Sassanides ne soient pas le sujet de préoccupation principal de ma bibliothèque universitaire. Pour cette raison, et bien que cela me désole, j’ai du me reposer quasiment uniquement sur une seule source : P. Huyse, La Perse antique, paru en 2005 aux éditions Belles Lettres. Les Sassanides étant loin d’être ma spécialité (je ne les ai côtoyé que de loin, par le biais de Sévère Alexandre), je n’ai pas vraiment d’éléments pour évaluer le sérieux de la source, je ne peux qu’espérer ne pas avoir dit trop de bêtises.

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 18:28

Ce matin, sur Europe 1, Michel Drucker recevait Dominique Cuvillier, qui est, d’après son profil sur over-blog, « consultant en marketing des tendances et en stratégie de communication ». Et un peu après 10h a lieu un échange à propos des habitudes vestimentaires des Romaines que je vous retranscris ici :

M. Drucker  - Et vous dites, elles portaient déjà des vêtements transparents,  mais c’était déjà une tendance de ce que j’appellerais le porno chic… (Déjà, ça commence fort, mais le meilleur est à venir)

D. Cuvillier - Effectivement, c’est le porno chic avant l’heure…

M. Drucker - Les prémisses de la décadence de Rome ! (Hmrffffff)

D. Cuvillier - Voila, c’est ce qui a fait qu’après, Rome était tombée, enfin, c’est pas la mode qui a fait tomber Rome…

Ahah.

Ahahahah.

AHAHAHAHAHAHAHAAAAAAAAAAAAAAAAH !

Alors là ! J’en ai lu et entendu des trucs sur la « décadence romaine », mais  ! C’est énorme ! Les vêtements transparents = le porno chic = la décadence romaine. Woaw. Je suggère que les historiens qui travaillent à relativiser la notion de décadence depuis plus de 30 ans cessent séance tenante tous leurs travaux pour reconnaître la véracité évidente de cette thèse.

Pfouh.

Et sinon, quelques instant avant, monsieur Drucker a également évoqué le « règne de Jules César ». Voila voila voila. Deux beaux gros clichés casés en moins de cinq minutes, c’est une performance, quand même.

Et merci à celle qui m’a signalé cette perle pour que je puisse l’entendre de moi-même grâce à la bienveillance de Saint Podcast.

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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 11:49
Certains d'entre vous connaissent peut-être déja cet outil : Persée est une base de données regroupant un grand nombre de publications numérisée, en accès gratuit.

En Histoire, on y trouve pas moins de 15 revues, plus 6 en archéologie, toutes en français. Evidemment, c'est assez peu par rapport à l'énorme masse de revues en toutes langues qu'on peut utiliser quand on fait de la recherche historique, mais l'effort est malgré tout important (d'autant qu'il a fallu que l'équipe demande les autorisations de numérisation pour chaque article).

Moteur de recherche bien fait, module de lecture léger et facile à utiliser (pas comme celui de google reader, qui n'est pas franchement un modèle de légèreté), possibilité de télécharger les articles, et bien d'autres fonctionnalités en font un outil particulièrement utile.

Certes, la plupart des articles numérisés portent sur des sujets pointus et se révèleront assez obscurs pour les néophytes, mais n'hésitez pas à y jeter un coup d'oeil, il serait dommage de se passer d'une telle aide à la recherche.


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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 17:11
J'ai eu, hier, la surprise de découvrir un article de mon blog (celui sur Gladiator, si vous voulez tout savoir) sur un autre blog que le mien. Un copier-coller complet (il y avait même tous les petits bidules d'en bas, genre "ajouter un commentaire", "publié dans", etc.) qui avait quand même l'obligeance de faire un lien vers ici en fin d'article.

Je ne peux pas dire que voir ma modeste prose être reprise ailleurs soit pour me déplaire, loin de là même.
Mais j'aimerai juste, à l'avenir, qu'on me demande mon avis avant. Ca a toutes les chances de se révéler une simple formalité, mais j'y tiens.

La publication de simples citations (relativement courtes, quand même) n'est bien évidemment pas soumise à cette obligation, la seule s'y appliquant étant de préciser la source.
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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 13:23



Oui, je sais, je fais joujou... Enfin, ça permet quand même de voir que le mot le plus utlisé, c'est "mauvais"...
Je dois y voir un message ?

Via Embruns.
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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 08:55
C'est sur ce titre affreux que démarre ce blog, qui sera donc consacré à cette période fascinante qu'est l'Histoire Antique. Selon les conventions historiques, l'Histoire Antique démarre, euh, on ne sait pas trop quand (mais après la préhistoire, c'est déja ça) et se termine en 476 ap. J.-C., c'est-à-dire la date de la chute de l'Empire Romain d'Occident.
C'est une convention absolument arbitraire, posée pour des questions de commodité, mais rien n'empêche l'historien de l'antiquité de s'aventurer un peu au-delà, sur les terres boueuses et barbares attribuées à l'époque médiévale (je plaisante, amis médiévistes, détendez-vous).

L'histoire de l'antiquité est mon domaine de prédilection, celui ou je suis un peu moins mauvais que les autres, et je vais donc, par le biais de ce blog, présenter divers points, choisis au gré de mes envies ou inspirations, pouvant relever aussi bien de l'antiquité grecque, romaine, égyptienne, ou d'autres encore.
Toutefois, la formation universitaire portant avant tout sur les civilisations grecques et romaines, c'est sur celles-là que je suis le mieux renseigné, et ce sont donc elles qui, de toute évidence, prédomineront.
En particulier, la période de l'empire romain est un peu mon dada, attendez-vous à le rencontrer souvent.

Bien entendu, les ajouts et rectifications à ma prose, par le biais des commentaires, sont les bienvenus.
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