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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 16:54
Dans mon dernier article, je parlais de fausses citations visant à démontrer que, depuis des millénaires, chaque génération affirmait que celle qui la suivait était proprement abominable, irrespectueuse, mal élevée, etc.

Mais il y a un autre thème qu'on pourrait lui aussi soupçonner d'être récurrent : la baisse du niveau scolaire. Tous les ans, un spécialiste vient nous informer que décidément, ça n'arrête plus de s'enfoncer, c'est terrible, ils ne savent plus rien, bientôt on leur demandera d'additionner deux et deux au baccalauréat !

La preuve :


(cliquez sur l'image pour agrandir)

Tout y est : la jeune prof débordée qui a du mal à se faire respecter, les élèves turbulents et incapables de faire la différence entre Louis XIII, Louis XIV et Louis XVI (ce qui est un crime : comme chacun sait, Louis XIV est, avec Jeanne d'Arc, Charlemagne, Vercingétorix et De Gaulle, un des personnages autour desquels tourne l'Histoire de France).

Bien entendu, vous l'aurez deviné, cette publicité n'est pas particulièrement récente : elle date de 1964 (en l'occurence, cette image est tirée de la revue Femmes d'aujourd'hui, n°1016, parue le 22 octobre 1964). Déja, à l'époque, le thème était jugé suffisamment porteur pour devenir le cadre d'une publicité.

Certes, c'est moins amusant que si c'était une tablette babylonienne qui portait grosso modo le même message (Viandox™ en moins), mais tout de même, sans vouloir remettre en cause dans sa totalité l'idée d'une baisse du niveau scolaire, il y a de quoi relativiser...

(Image trouvée via Hippopotable, le blog qui fait se demander si les publicités qu'on voit de nos jours seront elles aussi à pleurer de rire dans 40 ans.)
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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 18:59

Le président l’a réaffirmé lors de son discours du trône devant le Congrès : En ce qui concerne la loi Hadopi, il ira jusqu’au bout ! Et il a raison, car il est bien connu qu’on n’a guère inventé les murs que pour pouvoir foncer dedans tête baissée. Cependant, ces gauchistes du Conseil Constitutionnel ayant opposé quelques objections (sans fondement, évidemment) au mécanisme de sanction, il faut en trouver un nouveau. L’ordonnance pénale est la piste actuellement explorée, mais quelques pinailleurs de juristes (franchement, ceux-là, leurs études, « on se demande c’est à quoi ça leur a servi », pour reprendre les mots du chef de l’Etat) opposent que «ouiiii, mais alors vous voyez, et puis ceci, et puis cela… Foutaises ! Toutefois, comme on ne peut pas encore se débarrasser de ces gêneurs, il faut déjà commencer à réfléchir à d’autres éventuelles solutions pour mettre en œuvre la répression, au cas ou.

Et c’est là que j’apporte mon humble concours au président et à sa fidèle exécutante, Mme Albanel (ah, attendez, on m’informe que le mur précédemment évoqué s’est révélé un peu trop solide pour elle. Comme il se doit, elle va donc être laissée sur le bas-côté et remplacée par une tête qu’on espère plus solide), je voulais dire, son fidèle exécutant, Mr Mitterrand. En effet, j’ai trouvé une solution à la fois moderne et innovante, fiable et peu couteuse, à tous les problèmes liés à l’identification des flibustiers qui pillent impunément les œuvres sur la jungle d’internet (ce repère de pédophiles et de violeurs, comme le rappelle avec justesse Mr Lefebvre) : l’ordalie !

L’ordalie a été une pratique relativement courante durant la période médiévale jusqu’à ce qu’elle disparaisse au XIIIè siècle face à l’hostilité de l’Eglise à son égard. Elle consiste à faire passer à un suspect (par exemple, de vol)  une épreuve.  S’il réussit, c’est que Dieu était de son côté, il est donc innocent. S’il échoue, c’est la preuve de sa culpabilité. (1)

Ainsi, l’épreuve du fer rouge consistait à faire tenir par le suspect une barre de fer portée au rouge. Il en résultait, bien évidemment, une brûlure. On pansait alors la plaie puis, quelques jours plus tard (durée fixée par le juge), on enlevait le pansement et on observait la cicatrisation. Si la plaie est bien cicatrisée, le suspect est innocent, une plaie mal cicatrisée étant la preuve de la culpabilité.

Le procédé permet d’obtenir une preuve irréfutable en cas de doute. (2)

Pourquoi ne pas adapter ce merveilleux système à la loi Hadopi ?

Tenez, prenons un pirate pris en flagrant délit de téléchargement de l’intégrale de Carla Bruni. Repéré par son adresse IP,  le forban clame son innocence. Eh bien hop, une petite ordalie au fer rouge, et nous voila fixés sur sa culpabilité !

De plus, l’ordalie se marie merveilleusement bien avec la logique de condamnations à la chaine prévue à l’origine par Hadopi. Il suffit, dès le matin, de faire chauffer des fers rouges, puis de faire passer tous les suspects clamant leur innocence les uns après les autres. En plus, cette méthode ne requiert que peu de personnel ! Quelques assistants pour présenter les fers rouges, quelques infirmiers pour bander les plaies, et hop ! Et trois jours après, on reconvoque tout le monde, on vérifie les cicatrices, et on coupe le net à tous ceux qui ont une vilaine plaie.

Formidable, n’est-ce pas ? Ca ne coute pas cher, c’est rapide, bref, tout ce qu’on demande à une procédure judiciaire !

Cependant, qu’on me permette de tancer quelque peu le gouvernement pour sa tiédeur : pourquoi se contenter de couper l’accès à Internet à ces infâmes pirates ? Appliquons la bonne vieille peine réservée aux flibustiers, pendons-les !

Ah, avec de telles idées, si jamais je n’obtiens pas de proposition de poste au ministère de la culture, je n’y comprends plus rien.
____

(1) Je parle ici des ordalies médiévales, mais elles existaient déjà depuis bien longtemps. On en a des traces dans le code d’Hammourabi, ou en Inde, par exemple, les bases étant à chaque fois similaires.
(2) Enfin, en théorie. Dans les faits, quand le suspect avait l’air un peu trop coupable, s’il réussissait l’ordalie, on pouvait toujours lui en faire passer une deuxième, puis une troisième, etc. C’est un peu gênant pour l’infaillibilité de la réponse divine, mais l’avantage, c’est qu’on finit forcément par avoir la réponse qu’on veut.

_____

L'ensemble de ce billet (à l'exception des explications historiques qui, autant que je sache, sont exactes) est bien évidemment à prendre au second degré. La précision est certainement inutile, mais bon, on ne sait jamais.
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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 08:00
Aujourd’hui, on s’éloigne un peu (euphémisme) de l’Antiquité, pour revenir sur un reportage diffusé il y a quelques temps (le 14 mars, pour être précis) sur arte et intitulé La milice, film noir, consacré à la milice française pendant la seconde guerre mondiale, et qui m’a fortement marqué.

(Vous pouvez le visionner ici, en cinq parties)

Il ne comporte pourtant pas d’images insoutenables, ni d’informations inédites.

Pourquoi, alors ? Parce que si je connaissais l’histoire de cette milice, ce reportage apportait quelque chose de plus, auquel je n’avais jusqu’ici jamais été confronté : les témoignages d’anciens de la milice. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ceux qui s’expriment ne sont pas franchement étouffés par de quelconques remords. Voici un petit florilège de citations de ces miliciens :

(A propos des Juifs) « Ces salauds, […] ils se sont battus ou ? Z’avaient qu’à se battre. Ils auraient été tués, ils seraient pas morts en déportation » (La grande classe…)

« Je remercie Dieu d’avoir voulu que je sois milicien » (Ah... Bon.)

(Du même)« c’étaient quand même des activités qui complétaient tout à fait les activités que l’on peut trouver dans le scoutisme » (Point 11 des règles de ce « scoutisme » : « Contre la démocratie, pour l’autorité » ; point 20 : « Contre la lèpre juive, pour la pureté française »)

(A propos du camp d’extermination de Struthof) « Je dois vous dire, que ce camp d’extermination était un camp qui vous laissait tout de même un peu estomaqué. Il y avait des salles de douche comme il n’y en avait pas dans la plupart des lycées français ; il y avait une infirmerie hyper moderne ; il y avait un centre de soins dentaires comme je n’en avais jamais vu à Bourges, dans ma jeunesse. Alors ce camp d’extermination semblait prendre un soin des gens qui y venaient  qui me semble un peu contradictoire avec ce qu’on m’a raconté » (Tu le sens, mon gros négationnisme, là ?)

A ce point, le documentaire, avec une sobriété admirable, se contente d’afficher un texte, rappelant que ce camp a « accueilli » 45.000 détenus, que 15.000 sont morts, dont 200 à la suite d’expérimentations médicales (ce qui, au passage, permet de faire le lien avec les si jolies installations sanitaires qui ont tant impressionné notre milicien.

Et pour la fin, le milicien responsable de la première citation, ancien membre d’Action Française (« pour une France plus propre », dixit lui-même) et de la Cagoule qui, décidément, n’en finit plus de se déboutonner (et à qui je dédie le titre de cet article) :

« Après la guerre, j’ai fait mes années de prison, je suis rentré dans une usine de métallurgie comme manœuvre. Ce qui m’a attiré vers le Front National, c’est d’abord Saint-Etienne : parce qu’à Saint-Etienne, nous avions une colonie (sic) maghrébienne (sic), très, très, très nombreuse. Et puis j’ai retrouvé la des garçons que j’avais connu avant-guerre qu’on appelait à l’époque les nationaux,  comme j’ai rencontré le fils d’un milicien qui était rentré dans la police espagnole et qui faisait pour le gouvernement espagnol des exécutions d’autonomistes basques (Si je ne me trompe pas dans ma chronologie, ça devait être sous Franco. Tel père, tel fils… Enfin en tout cas, notre milicien était en bonne compagnie, au FN, apparemment). Moi qu’est-ce qu’il me reste ? La défensive [inaudible], avec quoi ? Avec une arme. Quand on me prêtera la possibilité de tuer mon homme, je serai content. » (Charmant, n’est-ce pas ? Vous, je ne sais pas, mais moi, cet individu m’est éminemment sympathique.)

Face à ces hommes qui ne manifestent pas le moindre regret, et dont  l’un d’entre eux (avec les citations, devinez lequel…) s’affiche toujours ouvertement pétainiste, on trouve les témoignages, entre autres, d’anciens résistants, qui ont eu l’occasion de profiter de l’ « hospitalité » des miliciens, qui ont été torturés et ont vu leurs compagnons de cellule mourir, au bord des larmes encore aujourd’hui quand ils en parlent.

Cette opposition crée, je trouve, un profond sentiment de malaise, que j’ai encore ressenti aujourd’hui en visionnant le documentaire à nouveau pour en extraire les citations. Un documentaire à voir.
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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 17:08

Aujourd’hui, un article qui n’a pas grand-chose à voir avec l’Antiquité, puisque nous allons nous pencher sur deux notions qu’on a parfois tendance à confondre (à tort) : le révisionnisme et le négationnisme.

Le négationnisme a une définition très restreinte : il désigne le comportement visant à nier, principalement, le génocide des Juifs et Tziganes pendant la seconde guerre mondiale. Par extension, peut désigner toute négation d’un génocide (par exemple, le génocide arménien).

Le négationnisme a peut-être pu avoir un léger fond d’honnêteté à une époque, des gens pensant sincèrement que le génocide n’avait pas eu lieu, je ne sais pas, c’est possible. Plus aujourd’hui. De très nombreuses études ont eu lieu sur ce génocide, des enquêtes, des fouilles, des décryptages d’archive, des chiffrages. Etre négationniste aujourd’hui, ce n’est pas seulement être un idiot : c’est être un idiot malhonnête. Le négationnisme se caractérise avant tout par le fait que ceux qui le soutiennent sont aveuglés par l’idéologie et absolument insensibles à tout argument logique.

Certains pensent qu’il faut dialoguer avec les négationnistes, pour leur démontrer qu’ils ont tort. A mon avis, c’est une erreur. Comme je le disais, tout a déjà été démontré, seule la mauvaise foi sert encore de rempart aux négationnistes, il est donc absolument inutile de discuter avec ces individus. Tenter de raisonner un négationniste, c’est comme parler évolution avec un créationniste : apportez toutes les preuves scientifiques que vous voulez (et il n’en manque pas…), il ne vous écoutera de toute façon pas.

Bref, pour ce qui est des négationnistes, le mieux reste encore de simplement les mépriser et de les ignorer, ils ne méritent guère d’attention.

Le révisionnisme est une notion totalement différente. Déjà, il n’est pas cantonné à un type d’évènements mais concerne l’Histoire dans son entier, toutes périodes confondues.  Il consiste à revenir sans cesse sur ce qu’on peut considérer comme acquis.

A mon sens, tout historien se doit d’être révisionniste : contrairement à ce que certains historiens plus ou moins autoproclamés  cherchent à faire croire en présentant une Histoire immuable, typiquement centrée autour de quelques figures forcément héroïques, l’Histoire n’est pas figée, elle n’est jamais définitivement écrite. Chaque élément nouveau doit nous amener à nous pencher sur ce que nous pensions savoir et à le réévaluer. Pense-t-on encore aujourd’hui l’Histoire de France comme on le faisait sous la IIIè République ? Non, bien sur (sauf quand on s’appelle Alain Minc ou Max Gallo).

Sans révisionnisme, nos connaissances historiques deviendraient rapidement obsolètes. Ainsi, quand on étudie l’Histoire de l’Antiquité, il faut consulter avec méfiance des ouvrages ayant seulement 40 ans, tant la façon de voir les choses a considérablement évolué (les nombreuses études relativisant considérablement la notion de décadence sont un bel exemple de révisionnisme historique).

En ce sens, le négationnisme n’est guère qu’une forme limitée et dévoyée du révisionnisme : là ou le révisionnisme est une démarche saine qui  appelle à prendre en compte les faits nouveaux pour améliorer notre connaissance de l’Histoire, le négationnisme, au contraire, est une falsification qui rejette en bloc  tout ce qui vient contredire sa vision (c’est-à-dire, toutes les études sérieuses).

Bien entendu, les négationnistes prennent grand soin de se qualifier eux-mêmes de révisionnistes, dans une vaine tentative pour se raccrocher à se concept honorable et faire oublier leur insondable et pathétique malhonnêteté intellectuelle. Comme pour le reste, vous voyez donc (du moins j’espère l’avoir exposé clairement) que c’est un mensonge.

P.S : Un très bon site sur le négationnisme, reprenant leurs "arguments" habituels et démontrant clairement leur fausseté, peut-être trouvé à cette adresse :  Pratique de l’histoire et dévoiements négationnistes

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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 17:20
Le blog Histoire Mon Amour est inaccessible depuis plusieurs jours déja. Le fait que blogger affirme que "le blog a été supprimé" n'augure rien de bon pour la suite, une réouverture apparaissant pour le coup improbable (d'autant que le blog personnel de l'auteure a subi le même sort).

La disparition de ce blog est un coup dur, le nombre des blogs historiques étant déja réduit (enfin, pour ce que j'en sais, si ça se trouve il en existe plein que tout le monde connait et personne ne m'en a informé).

Bien évidemment, si quelqu'un a des informations contredisant mon pronostic, qu'il le fasse savoir.

En attendant, requiescat in pace, HMA.
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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 19:22
Cheres lectrices, chers lecteurs, préparez-vous !

Car d'ici peu, l'Histoire de l'Antiquité va connaître un véritable chamboulement, que dis-je, une révolution !
Un évènement qui fera date, à n'en pas douter.

Bientôt sur vos écrans !




C'est bon, j'en ai pas fait trop ? Non parce que j'ai eu un doute à un moment... Non ? Bon.

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 17:30
J'ai déja eu l'occasion, sur ce blog, d'évoquer la pratique de la damnatio memoriae dans l'antiquité romaine.
Comme je le disais alors, un des effets les plus visibles de cette mesure est le martelage qui s'ensuit : le nom de l'empereur condamné est effacé des inscriptions publiques, ses statues défigurées.

C'est une pratique qui n'est pas confinée à l'antiquité romaine, loin de là : les Egyptiens anciens la pratiquaient déja (par exemple, Akhénaton et sa capitale Akhétaton en ont fait les frais), et on la retrouve bien plus tard encore.

Je connaissais ainsi la pratique de l'URSS stalinienne consistant à retoucher les photos au fur et à mesure des disgrâces d'anciens révolutionnaires, pour les faire disparaitre des clichés (l'exemple le plus célèbre étant fourni par une photo d'où Trotsky disparait, pour de plus amples détails, voir ici).

Toutefois, j'ignorais que cette pratique avait également été en vigueur durant la Révolution Française. C'est à l'occasion d'une récente visite au musée du Carnavalet, à Paris, que j'ai pu m'en apercevoir.

Plusieurs exemples de martelages nous sont ainsi fournis par des assiettes, peintes entre 1789 et 1791 glorifiant, entre autres, la Nation, la Loi, le Roi... A cette période, la monarchie n'est pas remise en cause, et on tente d'établir une monarchie constitutionnelle. Cependant, en 1791, la situation change : la tentative du roi de fuir à l'étranger, et sa capture à Varennes fragilisent durablement la confiance en Louis XVI, ce qui entraine l'année suivante la déposition du roi, la proclamation de la République, puis finalement, en 1793, la condamnation à mort et l'exécution de l'ancien roi.

Vous le comprenez, un problème se pose vis-à-vis des assiettes précédemment peintes. Elles glorifiaient le roi, or celui-ci est à présent considéré comme un traître. Voici la solution, en images (1):




La première assiette comportait précédemment l'inscription "Vive la nation, la loi, le roi et la religion". Les deux dernières mentions ont clairement été martelées (la dernière avec plus de soin, par ailleurs).

La deuxième assiette comportait quant à elles des fleurs de lys, symbole de la royauté, elles aussi martelées.

On le voit bien, le principe de la damnatio memoriae n'a clairement pas disparu avec la fin de l'antiquité romaine. Elle servait alors à faire disparaître un "mauvais empereur". Sous la Révolution, elle efface le souvenir du roi.

Le musée du Carnavalet nous fournit d'autres exemples d'applications d'une damnatio memoriae sous la Révolution, dont je n'ai malheureusement pas de photos (de toute façon, ça n'aurait sans doute pas été très visible) : on peut ainsi croiser un tableau qui disposait à l'origine, en médaillon dans le ciel, des portraits de deux révolutionnaires (dont j'ai hélas oublié le nom). Après la chute de ces deux personnages, le tableau est retouché, et on ajoute une couche de peinture par dessus les deux médaillons. La peinture n'étant pas tout à fait la même (et la retouche quelque peu grossière), la forme de ceux-ci apparait touours.

D'une manière plus large, les destructions de statues, martèlements d'insignes royaux, etc, qui ont lieu sous la Révolution, ne sont guère qu'une application d'une sorte de damnatio memoriae collective qui frapperait tous les rois. Le principe est le même que dans l'antiquité : en faire disparaître le souvenir.

_____

(1) Pour d'autres images, c'est par ici.





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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 17:48

Vous avez brillé en société avec vos fines analyses historiques de Gladiator ? Vous avez ébahi vos amis lors du dernier diner mondain en devisant sur l’historicité de 300 ? Réjouissez-vous, car les FAQ historiques reviennent, avec un léger bond en avant dans le temps, pour s’aventurer sur les chemins boueux de ces temps remplis de barbarie qui constituent la période médiévale (1).

Pour cela, nous allons nous intéresser à un autre film de Ridley Scott, à savoir Kingdom of Heaven, sorti en 2005. En lisant la fiche allociné, je découvre que le film semble avoir été reçu de façon assez tiède par la critique, plus chaleureusement par les spectateurs. J’avoue volontiers rejoindre ces derniers et conseiller le visionnage de ce film.

Celui-ci s’appuie sur une trame historique bien réelle pour présenter une sorte de conte philosophique, pamphlet contre les intégrismes. Ici, ce n’est pas cet aspect qui va m’intéresser, mais justement l’aspect historique du film. Comme on ne change pas une recette qui fonctionne bien, c’est parti pour une nouvelle FAQ.

Commençons par évacuer les détails. Contrairement à ce qui s‘est passé pour la V.F de Gladiator, la date est bonne, cette fois ?

Eh bien, il était difficile cette fois de faire une erreur sur avant/après J.-C. Même un stagiaire traducteur totalement ignare en matière historique hésiterait avant de placer les croisades quelques mille ans avant Jésus-Christ. Du moins j’espère. Le film situe son histoire en 1184, affirmant qu’elle se passe presque 100 ans après que les armées chrétiennes se soient emparées de Jérusalem. La ville ayant été prise en 1099, lors de la première croisade, la datation est bonne. Le reste du texte introductif, qui évoque l’Europe souffrant dans la pauvreté et la répression, est lui un peu grandiloquent.

Le film s’ouvre sur l’enterrement de la femme du héros, suicidée, qui se fait décapiter pour cette faute. C’est réaliste ?

Je n’ai trouvé nulle trace d’une tradition de décapitation des suicidés dans le moyen-âge chrétien. Ceci dit, la période ne m’est pas familière, si quelqu’un dispose d’informations avérées me contredisant, signalez-le moi. En revanche, il est certain que le suicide est clairement désapprouvé par l’Eglise. La condamnation de cette pratique, qui était dans l’Antiquité une façon honorable de mourir (il suffit de voir, par exemple, le nombre de suicidés dans les camps des vaincus des guerres civiles romaines) date du concile de Braga, en 561, qui affirme ceci :

«On ne donnera point la sépulture écclésiastique, c'est à dire celle qui se fait au chant des psaumes, à ceux qui se seront tués eux-mêmes, soit en s'empoisonnant, soit en se précipitant, soit en se pendant, ou de quelqu'autre manière, ni à ceux qui auront été punis de mort pour leurs crimes. On en fera pas non plus mémoire d'eux dans l'oblation.»

Ainsi, les suicidés ne peuvent être enterrés qu’en dehors du cimetière, sans cérémonie religieuse.

Passons aux personnages nommés dans le film. Ont-ils existé ?

Le héros, Balian d’Ibelin, tout comme les autres protagonistes, comme Renaud de Chatillon, Guy de Lusignan, le roi lépreux Baudouin IV ou la princesse Sybille, et bien sur Saladin, ont réellement existé. Bien sûr, leurs histoires personnelles diffèrent de celles présentées dans le film, qui prend des libertés pour servir sa narration, mais certains traits de personnalité ont été bien restitués.

En revanche, je n’ai pas trouvé trace d’un Tiberias comme celui du film. Vraisemblablement un ajout de Ridley Scott.

Au fait, le film fait référence à laquelle des neuf croisades référencées ?

Aucune. Comme on l’a vu, le début du film prend place en 1184. La deuxième croisade s’est finie en 1148, la troisième débutera en 1189.

Mais alors, pourquoi y’a-t-il des Croisés à partir vers Jérusalem ?

Il ne faut pas voir les croisades comme neuf blocs clairement délimités. Les dates officielles des croisades ne recouvrent que des périodes particulières, d’afflux massifs de soldats depuis l’Occident à la demande du pape. Mais le reste du temps, rien n’empêche pélerins et soldats de partir vers Jérusalem, ou d’en revenir.

Y’avait-il effectivement une trêve à cette époque entre le royaume de Jérusalem et Saladin ?

Oui. En 1185, Saladin et Baudouin IV ont conclu une trêve de cinq ans, qui permet au sultan de consolider ses forces et d’achever l’unification de son territoire. Cette trêve fait suite à une guerre qui s’est soldée par l’échec de Saladin, mais qui a révélé la faiblesse des Croisés en cas d’attaques sur de multiples fronts.

Bon, on a vu que les personnages existaient. Leurs rôles et fonctions sont les mêmes ?

Baudouin IV était effectivement roi de Jérusalem, et il était lépreux. On ne peut pas dire qu’il fasse grand-chose dans le film, qui prend place il faut le dire dans les dernières années de son règne, là ou il était le plus affaibli par sa maladie. Il a cependant effectivement réussi à maintenir intact le royaume durant son règne, qu’il a passé en partie à guerroyer contre Saladin.

Balian d’Ibelin a bien existé et a dirigé la défense de Jérusalem assiégée par Saladin. Cependant, ce n’est pas un fils bâtard, mais un enfant tout à fait légitime de Balian d’Ibelin (oui, c’est le même nom), un important seigneur du royaume de Jérusalem. Il n’a évidemment jamais été forgeron en France, mais a semble-t-il passé toute sa vie en Terre Sainte.

La princesse Sybille n’a pas eu de relation avec Balian. Elle était l’épouse de Guy de Lusignan et l’a soutenu lors de son accession au pouvoir.

Guy de Lusignan, puisqu’on parle de lui, a bel et bien succédé à Baudouin IV. Mais cette succession a été quelque peu agitée (Baudouin IV ne voulait pas de lui comme roi et l’avait écarté de la succession), aggravant les dissensions au sein du royaume et l’affaiblissant pour la suite des évènements. Pour autant que je sache, il n’était pas templier, contrairement à ce qui était montré dans le film.

Ce qui nous amène à Renaud de Chatillon, présenté comme le grand maître des Templiers. En réalité, lui non plus n’était pas un templier. Ce rattachement des ces deux personnages aux Templiers dans le film ressort sans doute de cette volonté de créer un groupe de « méchants » plus distinct que de simples seigneurs se soutenant mutuellement.

La trêve entre Jérusalem et Saladin a-t-elle été rompue par la faute de Renaud de Chatillon ?

Oui. En 1187, Renaud pille une caravane provenant de la Mecque, provoquant la rupture de la trêve et la mise en marche des armées de Saladin. On remarquera que, dans le film, la rupture définitive de la trêve est due à une attaque contre un village (semble-t-il) et au meurtre de la sœur de Saladin. Je n’ai trouvé trace de rien de tel.

Rectificatif du 24/08/2008 : suite à une remarque en commentaire et après recherches, il semblerait en fait que la soeur de Saladin ait bien été capturée (mais pas tuée) durant le raid de Renaud de Chatillon sur la caravane, si l'on en croit le continuateur de Guillaume de Tyr.

Cependant, historiquement comme dans le film, Renaud avait déjà lancé des attaques contre des caravanes. Sans doute Ridley Scott a-t-il voulu éviter la répétition. De plus, Le film raccourcit et modifie l’échelle temporelle : entre 1186 (date du début du film) et 1187 (date du début de la guerre), Renaud n’avait pas lancé de raids, et sa forteresse de Kerak n’a pas davantage été assiégée dans cette période. En revanche, en 1183, une armée de Baudouin IV a forcé Saladin à lever le siège de ladite forteresse. Ridley Scott a donc transposé dans son film des évènements qui avaient eu lieu auparavant, sans doute pour donner davantage de rythme.

Cette rupture de trêve était-elle voulue par Guy de Lusignan ?

Il ne semble pas. A ce moment, il était en train de tenter (avec succès) d’obtenir le trône de Jérusalem. Ce n’était pas vraiment le meilleur moment, alors que le royaume était au bord de la guerre civile, pour déclencher une guerre contre Saladin.

Les armées croisées ont-elles été écrasées au cours d’une grande bataille avant le début du siège de Jérusalem ?

Oui. C’est la bataille connue sous le nom de bataille de Hattin, qui s’est soldée par un véritable désastre pour les Croisés, la majeure partie de leur armée est détruite ou faite prisonnière. Tous les Templiers et Hospitaliers, les soldats des deux principaux ordres militaires de Terres Sainte, sont exécutés (le film montre leurs têtes décapitées à Hattin. En fait, ils ont été exécutés à Damas), de même que les soldats musulmans combattant pour les Croisés, appelés Turcopoles. (Ceux-ci ne sont pas montrés dans le film, qui présente les armées croisées comme étant constituées uniquement de soldats chrétiens, la seule exception possible étant la garde de la princesse Sybille, qui semble équipée comme les troupes arabes). A noter que, historiquement, Balian participait à la bataille et qu’il est le noble de plus haut rang à avoir réussi à s’enfuir, il n’est pas arrivé après la bataille.

Le siège de Jérusalem commence-t-il quelques jours plus tard, comme dit dans le film ?

Non. La bataille de Hattin a lieu le 4 juillet 1187. Après cela, Saladin soumet plusieurs villes sur son chemin et parvient devant Jérusalem le 20 septembre.

A cette occasion, Balian a vraiment adoubé la totalité de la population masculine en âge de porter les armes ?

Non. Il y a bien un adoubement massif par Balian, mais il ne concerne que soixante écuyers et bourgeois de la cité. Balian dispose également de 6000 hommes pour défendre Jérusalem, mais ce ne sont pas des chevaliers.

Ah, puisqu’on parle de chiffres. Dans le film, on parle d’une armée de 200.000 hommes pour Saladin. C’est énorme, non ?

Oui. Mais les croisades présentent la particularité de donner lieu à des batailles ou plusieurs dizaines de milliers d’hommes s’affrontent dans chaque camp. De ce fait, le nombre de 200.000 n’est pas totalement surréaliste. Cependant, lors de la bataille de Hattin, c’est de 60.000 hommes que dispose Saladin, ce qui est déjà énorme.

A propos, les équipements des soldats montrés dans les films sont-ils historiquement probants ?

Pour autant que je sache, oui. Le film montre quantité d’équipements différents, ce qui est bien, une armée médiévale ne ressemble pas à une troupe de clones en uniformes. Deux remarques toutefois : on nous montre encore une fois une superbe charge de cavalerie lancée à toute vitesse sur cinq kilomètres. J’en ai déjà parlé lors de mon article sur Gladiator, ce genre de charges n’existait pas. Toutefois, la scène est vraiment très belle (enfin, je trouve), et il est vrai que la modifier pour montrer des chevaliers montés sur de lourds chevaux (et pas des pur-sangs) chargeant au trot, ça aurait été moins spectaculaire.

Ensuite à propos du feu grégeois utilisé lors du siège de Jérusalem, dans les projectiles des trébuchets et dans des espèces de petites bombes utilisées par les défenseurs pour incendier le bélier et les tours de siège. Historiquement, seules les troupes de Saladin possédaient le feu grégeois, les Croisés ne maîtrisaient pas le procédé.

Enfin, les différents symboles héraldiques représentés sur les boucliers me semblent bons, au moins pour ceux du royaume de Jérusalem et des Templiers. En revanche, d'après les symboles utilisant le noir et le blanc, l'autre ordre représenté dans le film est assez proche de celui des chevaliers teutoniques, alors que ce devraient être les Hospitaliers (en rouge et blanc, mais cela les aurait sans doute rendu trop proche graphiquement des Templiers dans le film).

Et le siège, il s’est vraiment déroulé comme montré dans le film ?

Pour les scènes de bataille, je ne saurai pas dire, d’ailleurs elles cherchent avant tout à être spectaculaires, pas à retracer la réalité. Sur la longueur du siège, en revanche, c’est là encore raccourci. Dans la réalité, le siège a débuté le 20 septembre et s’est fini le 2 octobre. Toutefois, la scène montrant une brèche dans le mur et les troupes de Saladin repoussées à cet endroit s’appuie sur un fait réel.

Saladin a vraiment laissé partir toute la population ?

Pas tout à fait. En fait, il a laissé partir la majorité de la population non pas gratuitement, mais en échange d’une rançon (que lui et son frère ont d’ailleurs payée en partie). Le reste a été réduit en esclavage.

La fin du film montre Balian discutant avec Richard Cœur de Lion. C’est plausible ?

Ce n’est pas plausible, c’est avéré. Cependant, cela ne s’est pas passé en Europe (où Balian n’a jamais mis les pieds) mais en Terre Sainte, où Balian aida Richard à négocier un traité de paix avec Saladin lors de la troisième croisade, qui avait été déclenchée par le désastre de Hattin et la chute de Jérusalem.

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Bon, j’ai l’impression de n’avoir dit que la moitié de ce que j‘avais à dire, mais c’est déjà très long, donc je vais arrêter là. Si vous avez des questions ou des précisions à apporter (je le répète, je suis tout sauf spécialiste de la période), n’hésitez pas.

P.S : Pour ceux qui s'intéressent aux Templiers, qui ont une place centrale dans le film mais dont j'ai peu parlé, l'article de wikipédia fait partie des rares élus possédant le label "article de qualité", ce qui devrait vous garantir des informations exactes.

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(1) Je plaisante, amis médiévistes, je plaisante. On pourrait écrire des livres sur les clichés et idées reçues sur le Moyen-âge, mais je laisse ça à d’autres.

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Published by Setebos - dans Hors-sujet
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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 16:06
Et voila, troisième message (deuxième sur un sujet historique) et je sors déja de ma ligne éditoriale pour aller taquiner l'époque médiévale. Amis amateurs du Saint Empire Romain Germanique (SERG, pour les intimes) (HRO, pour les intimes anglicistes), cet article est pour vous.
SI j'ai fait cet article, c'est pour illustrer le formidable esprit de corps des historiens, ainsi que pour manifester un désir de ne pas s'enfermer soi-même dans une période, d'aller au-delà des limites qu'on se donne, et...

...

Bon, ok, c'est juste que c'est un travail que j'avais eu à faire pour la fac et sur lequel je suis tombé hier, donc je me suis dit "bah tiens, c'est déja tout prêt, ce serait bête de ne pas s'en servir".
Voila voila voila.

Un billet sur Frédéric II de Hohenstaufen donc, empereur du Saint Empire Romain Germanique du XIIIè siècle.
C'est parti.



     En 1211, le pape Innocent III, « trahi » par l’empereur Otton IV dont il avait soutenu l’élection en échange de concessions, notamment des restitutions de terres au Saint-Siège, se tourne vers Frédéric-Roger, roi de Sicile et membre de l’éminente famille des Hohenstaufen, dont il a été le tuteur. Le jeune roi n’a pas d’argent, pas d’armée, son royaume est en partie envahi par Otton IV. Le pape le fait élire dans le courant de l’été 1211, confiant dans le fait que, lui devant tout, celui que nous appellerons désormais Frédéric II serait plus un client qu’un rival. Par quels actes ce souverain, de « roi des prêtres », a-t-il pu devenir « stupor mundi » ?


« Roi des prêtres ». C’est le surnom donné à Frédéric II par son rival, Otton IV, qui le considère comme un jouet de la papauté. Il s’aperçoit rapidement que le jeune roi est bien plus que cela. En quelques semaines, Frédéric II s’empare, quasiment sans combats, de tout le Sud-Ouest de l’Allemagne. A Constance, il participe avec les bourgeois de la ville à un banquet originellement préparé pour… Otton IV. Sur la route de Frédéric ont lieu des scènes de liesse à l’égard du souverain, petit-fils de Frédéric Barberousse et héritier de toute la gloire des Hohenstaufen. Après la défaite d’Otton à Bouvines en 1214, Philippe Auguste fait parvenir à Frédéric II les insignes impériaux abandonnés sur le champ de bataille, et ce dernier soumet, là encore sans combattre, le Nord du royaume. Lors de son sacre à Aix-La-Chapelle, il annonce, à la surprise générale, sa volonté de se croiser.

Mais ces premiers actes ne sont rien en comparaison de ceux que réalisera par la suite le souverain. En 1228, bien que récemment excommunié, il s’embarque pour la Terre Sainte, récupère en négociant avec le sultan Al-Kamil Jérusalem, Bethléem et Nazareth, se fait couronner roi de Jérusalem en 1229, rentre en Sicile, en chasse les troupes du pape qui tentaient de conquérir le royaume et, au terme de ce périple, arrache à celui-ci les accords de San Germano qui lèvent son excommunication.

En 1235, Frédéric II dépose et emprisonne son propre fils, Henri (VII), roi des Romains, qui refusait de suivre la politique frédéricienne accordant une grande autonomie aux princes allemands.

Mais Frédéric II, en tant qu’empereur, ne peut éviter l’affrontement avec les 2 ennemis « traditionnels » de l’empire : les Italiens et, surtout, le pape. Cette lutte va être l’occasion de nouveaux coups d’éclat de la part du souverain. Ainsi, après avoir écrasé les Milanais à Cortenuova en 1237 (la plus grande victoire remportée par l’empire sur les Italiens), il demande aux rois de toute la chrétienté de lui envoyer des troupes pour donner le coup de grâce à un ennemi présenté comme un rebelle… et est exaucé. Des contingents arrivent de France, d’Angleterre, de Castille, de Hongrie, de Grèce… Même Al-Kamil envoie des hommes rejoindre la grande armée impériale qui, cependant, étant plus impressionnante que réellement efficace, échoue en 1238. Le pape profite de cet affaiblissement impérial pour attaquer à son tour : Frédéric II est excommunié en 1239, la dernière phase de la lutte entre le sacerdoce et l’empire commence.

C’est dans le cadre de cette lutte qu’un des évènements les plus stupéfiants du règne a lieu : en 1241, Grégoire IX décide de convoquer un grand concile œcuménique, rassemblant un nombre impressionnant de prélats et membres du bas clergé pour juger Frédéric II. Les voies terrestres étant coupées par l’empereur, ceux-ci embarquent sur une flottille gênoise. Frédéric II envoie alors sa flotte, les Gênois sont interceptés et une grande partie des navires capturée. Les membres du clergé sont alors incarcérés dans diverses forteresses impériales. Une fois de plus, l’empereur réussit un coup d’éclat d’une ampleur inégalée jusqu’alors.


Cependant, si les actes en eux-mêmes auraient pu suffire pour faire de Frédéric II le « stupor mundi », ils sont encore renforcés par une idéologie et une personnalité hors du commun.


Une haute idée de la fonction impériale, tout d’abord. Frédéric II, dans ses titulatures, sa correspondance, ses diplômes et ses actes, tente de faire revivre l’empire romain de l’antiquité. Il triomphe à la romaine après Cortenuova, fait frapper des pièces d’or ou il se fait représenter en buste et nomme Augustales, utilise les titres de César et d’Auguste à chaque occasion, fait construire un Arc de Triomphe à Capoue, envoie des lettres passionnées aux romains où il leur enjoint de l’aider à restaurer la gloire de l’empire.

Une propagande messianique, ensuite. Frédéric II se proclame dernier empereur avant la fin des temps, instaurateur d’un nouvel âge d’or, incarnation de la Paix. Il fait de Iesi, sa ville natale, une nouvelle Bethléem, prononce lui-même des sermons, et ressuscite en quelque sorte le culte impérial.

Personnalité hors du commun enfin, cet empereur qui parle 9 langues, se lie d’amitié avec un sultan, discute de science et de philosophie avec des savants arabes, s’entoure d’un faste oriental, entretient des harems et voyage accompagné d’une ménagerie imposante.


Stupor Mundi, Immutator Mundi, Nouveau David, Antéchrist… Les surnoms, favorables ou non, n’ont pas manqué pour qualifier Frédéric II. Ce souverain, sans être ce prémisse du « despote éclairé » comme on a pu le croire, a indéniablement marqué durablement les esprits par ses actes, sa personnalité et son idéologie. Cet empereur, qui a su redonner un bref éclat de splendeur au Saint Empire et a fait l’objet de prophéties annonçant son retour à la fin des Temps, a incontestablement mérité de rester dans nos mémoires comme « Stupor Mundi », l’étonnement du Monde.
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