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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 17:13

Aujourd’hui, nous allons parler un peu du concept de cité dans l’antiquité grecque. Il peut parfois être assez déstabilisant car, comme son nom ne l’indique pas, une cité ne désigne pas une ville. Du moins, pas seulement. (De même, le terme de "colonie" pour les cités romaines, est tout sauf transparent. L'organisation des cités sous l'Empire romain fera sans doute l'objet d'un prochain billet)

Une cité grecque, c’est à la fois un système politique, la communauté des citoyens, et, en dernier, l’espace sur lequel la souveraineté de cette communauté s’étend. Le territoire de la cité comprend l’agglomération principale, évidemment, mais également toutes les campagnes alentour et leurs villages.

C’est finalement ce dernier élément, l’aspect territorial, qui est le moins important. Un exemple, pour illustrer ce fait :

En 411 av. J.-C., alors que la guerre du Péloponnèse, qui oppose Athènes et sa ligue de Délos à Sparte et sa ligue du Péloponnèse, bat son plein (elle a débuté en 421, et se terminera en 404), Athènes est le théâtre d’un coup de force.

Les aristocrates de la cité, profitant de la démoralisation d’Athènes et de l’absence des citoyens les plus farouchement démocratiques, les rameurs de la flotte, cantonnés sur l’île de Samos, modifient les institutions pour les rendre oligarchiques (le tout dans la plus parfaite légalité, du moins sur le plan formel).

Pourquoi les rameurs sont-ils les plus attachés à la démocratie ? Tout simplement parce qu’ils sont les citoyens athéniens les plus pauvres. Ne pouvant pas se payer un équipement d’hoplite, et encore moins de cavalier, ils servent dans le principal instrument de la domination athénienne : sa flotte. La démocratie leur assure non seulement de pouvoir jouer un rôle dans les prises de décision de la cité, mais également de pouvoir être indemnisés quand ils le font, par le biais du misthos (que j'ai déja évoqué ici).

Les citoyens les plus riches ont toutefois sous-estimé cet attachement à la démocratie. Dès que la nouvelle du coup de force parvient à Samos, les soldats se soulèvent et se réunissent en assemblée. Ils destituent leurs stratèges, citoyens riches susceptibles d’éprouver des sympathies pour le régime oligarchique, et en élisent de nouveaux.

C’est ici que l’on voit que la cité grecque n’est pas un territoire : les soldats sont loin d’Athènes, loin des lieux de rassemblement conventionnels pour les assemblées, mais cela ne les empêche nullement de continuer à exercer un rôle politique : la cité, avant d’être un lieu, est l’ensemble de ses citoyens, elle est là ou ils se trouvent.

Déterminés à défendre la démocratie, les soldats de la flotte choisissent pourtant de ne pas rentrer à Athènes, préférant continuer les opérations contre les Spartiates pour éviter de leur laisser le contrôle de la mer.

Finalement, la flotte n’aura même pas à revenir à Athènes pour renverser l’oligarchie, qui s’effondre quatre mois plus tard après de fortes dissensions internes (entre oligarques extrémistes et modérés) et une révolte des hoplites du Pirée, le port d’Athènes.

Un deuxième épisode court oligarchique aura lieu à Athènes, la tyrannie des Trente, en 404-403, peu après la défaite. Thrasybule, un des initiateurs du soulèvement de Samos, élu stratège lors de l'assemblée des soldats, sera d'ailleurs là encore un des chefs des démocrates et jouera un rôle important dans la chute de cette oligarchie.
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Published by Setebos - dans Histoire grecque
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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 18:25

Les deux précédents billets sur ce thème traitaient des différences entre Sparte et Athènes d’un point de vue institutionnel et militaire. Celui-ci s’attardera sur l’organisation de la société dans les deux cités avec, là encore, de fortes disparités.

La société

     Athènes

Le territoire de la cité d’Athènes est une zone fertile peuplée d’environ 400.000 habitants (un peuplement important qui fait que la cité dépend des importations de blé d’Egypte et de Sicile pour sa subsistance).

De ces 400.000 habitants, une moitié est constituée d’esclaves, l’autre moitié d’hommes libres.

Les esclaves, considérés comme des objets (et pouvant donc être vendus), font fonctionner la cité ainsi que ses mines, au Mont Laurion, ou ils sont entre 10.000 et 20.000 à travailler pour extraire l’argent qui sert, entre autres, à entretenir la flotte de guerre. La cité elle-même utilise de nombreux esclaves, que ce soit à l’Ecclesia, à la Boulé, pour assurer la police ou dans les ateliers monétaires. D’autre part, de nombreux citoyens athéniens disposent d’esclaves privés.

Les 200.000 hommes libres ne sont constitués que d’une minorité de citoyens, les métèques représentant la plus large part du groupe.

En effet, Athènes est une cité qui se montre très avare dans l’octroi de sa citoyenneté. De plus, à partir de Périclès, il faut être né à la fois de père et de mère athénien pour être soi-même citoyen.

Les métèques sont donc tous les hommes libres vivant sur le territoire de la cité mais ne bénéficiant pas de la citoyenneté, et donc pas des droits civiques. Leur statut les astreint au paiement d’un impôt, le metoikon. Ils peuvent exercer toutes les professions et employer des citoyens, mais ne peuvent posséder de biens immobiliers et doivent passer par un citoyen qui se porte garant d’eux pour pouvoir intenter des procès. Ce sont les principaux producteurs de richesses d’Athènes. Ils sont majoritairement originaires de Grèce.

Enfin, les citoyens composent la dernière frange de la population athénienne, minoritaire. Ils sont environ 40.000, et la cité n’a jamais cherché à élargir ce corps civique, mais plutôt à le rétrécir.

Cela peut s’expliquer par le fait qu’un citoyen coute cher, car non seulement il ne paie évidemment pas l’impôt spécifique aux métèques, mais en plus il touche une indemnité, nommée misthos, pour participer à l’Ecclesia. Les citoyens sont facilement identifiables par le fait qu’ils portent trois noms : nom propre, patronyme, démotique, selon ce modèle : Périclès, fils de Xanthipe, du dème de Cholarges (les dèmes étant les 100 ressorts territoriaux d’Athènes).

     Sparte

On a déjà eu l’occasion de voir que Sparte était une cité très conservatrice. C’est également vrai quand on se penche sur sa société.

La cité s’étend sur la moitié sud du Péloponnèse, un territoire bien plus pauvre que celui d‘Athènes. Bien que Sparte soit richement peuplée, les Spartiates ne disposent donc pas de la puissance économique des Athéniens.
Comme pour Athènes, la société est compartimentée en trois catégories.

Comme toutes les cités grecques, Sparte dispose d’un important corps d’esclaves (environ 200.000), mais ils ont un statut particulier. Nommés hilotes, ils sont attachés à un lopin de terre, qu’ils sont chargés de mettre en culture, et ne peuvent être déplacés. Ils ont le droit de se marier et d’avoir des enfants.

Ils sont absolument vitaux pour Sparte car les Spartiates n’ont pas le droit de cultiver la terre ni de faire de commerce. Les hilotes sont donc chargés de remettre une grande partie des fruits de leur travail agricole aux propriétaires des terres auxquelles ils sont attachés. 

Selon Plutarque, tous les ans, les éphores spartiates déclaraient la guerre aux hilotes pour que les kryptes (jeunes spartiates rendus à un certain point de leur éducation, la krypteia) puissent les tuer sans craindre de colère divine. Les kryptes auraient été lâchés dans la campagne avec ordre de tuer les hilotes croisés la nuit. Ceci aurait pour but à la fois d’éviter une trop grande multiplication du nombre des hilotes, qui surpassent déjà très largement en nombre les Spartiates, et de les maintenir dans un climat de peur afin d’éviter toute révolte.

Les habitants libres mais ne disposant pas de droits civiques sont les périèques (littéralement, « ceux qui habitent autour »), au nombre d’environ 60.000. Leur origine remonte à la fondation de la cité de Sparte. Celle-ci s’est formée par un rassemblement de cinq villages, puis a étendu sont autorité sur toute la Laconie sans pour autant que les habitants ne soient intégrés au corps civique. Les habitants de ces cités « colonisées » sont les périèques. Ils disposent d’une certaine autonomie locale et ont des devoirs à l’égard des Spartiates, notamment militaires.

La dernière catégorie est celle des citoyens à part entière. Contrairement au corps civique athénien, celui de Sparte est particulièrement faible : 1.000 à 1.500 hommes, suite à une réduction volontaire du nombre des naissances dans le but de concentrer les terres (les Spartiates étant avant tout des grands propriétaires terriens). En effet, les terres sont divisées à chaque succession. La plupart des couples cherchent donc à n’avoir qu’un seul enfant. Une fille unique hérite des biens de son père et les amène à son mari tout en en conservant la gestion.

La guerre du Péloponnèse génère des problèmes pour ce modèle figé depuis la création de la cité. En effet, l’utilisation d’hilotes à la guerre (rendue nécessaire par la faiblesse du corps civique) amène la création et l’extension rapide d’un corps inférieur, les néodamodes, libérés mais ne disposant pas de droits civiques. Pour contrer cette montée en puissance qui risque de déséquilibrer l’organisation spartiate, la cité devient de plus en plus dure et policière.
_____
C’est sur ces rapides considérations sur la société dans les deux cités que se clôture (il était temps, oui, je sais) la série de trois billets visant à comparer les deux plus célèbres cités de la Grèce antique.
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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 21:47

La cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques ayant eu lieu aujourd’hui, quel meilleur moment pour se livrer à une petite rétrospective ?

Les J.O tels que nous les connaissons aujourd’hui ont été recréés en 1896 par Pierre de Coubertin, sur le modèle des anciens Jeux Olympiques qui prenaient place dans l’Antiquité à Olympie, en Grèce.

Ces Jeux antiques ont comme date officielle d’institution 776 av. J.-C. Toutefois, elle est approximative, car définie d’après un mythe (celui de Pélops, considéré comme le fondateur des Jeux). Comme tous les concours qui avaient lieu en Grèce, les Jeux Olympiques avaient avant tout une signification religieuse. Le site d’Olympie est dédié à Zeus et à Héra, et le premier jour des cinq jours des Olympiades était consacré entièrement à des cérémonies religieuses au cours desquelles on rendait hommage aux dieux.

De même, au matin du troisième jour avait lieu une hécatombe, c’est-à-dire le sacrifice de cent bœufs.

Les diverses épreuves étaient la course de chars, la course de chevaux, le pentathlon (course, lutte, saut en longueur, lancer de disque et lancer de javelot), boxe, etc. Les Jeux étaient clôturés par une course entre guerriers en armes. Ces différentes épreuves ont été introduites aux VIIIè et VIIè siècle après Jésus-Christ.

Contrairement à ce qui a été un temps affirmé par certains courants historiographiques, les Olympiades n’ont pas été un temps un endroit ou des aristocrates concouraient pour la beauté du geste avant d’être corrompu par l’argent. De fait, les sommes en jeu ont, depuis le début, été considérables. Et si c’est bien l’aristocratie des cités qui participe majoritairement, notamment aux courses de chars et de chevaux, c’est parce qu’il faut payer soi-même l’équipement.

D’ailleurs, lesdites courses étaient courues par des auriges (pour les chars, jockeys pour les courses de chevaux) qui étaient en fait des esclaves  de l’homme qui payait l’équipement, et c’est ce dernier qui recevait le prix.

On le voit, on est loin du concours pour la beauté du geste. Dans le même registre, plusieurs cas d’athlètes en corrompant d’autres sont attestés, notamment dans les épreuves de lutte.

D’autre part, seul le vainqueur a droit aux honneurs. Le deuxième et le troisième n’ont rien.

Notons également que les manifestations de nationalisme exacerbé que nous valent les Jeux Olympiques modernes ne sont pas forcément un mal de notre temps. A Olympie déjà, les cités comptaient beaucoup sur leurs athlètes pour faire rayonner leur nom, n’hésitant pas à élever des statues à leurs vainqueurs, voire à se livrer à des pratiques quelque peu douteuses. Ainsi, la cité de Syracuse a tenté à plusieurs reprises de débaucher des athlètes de cités concurrentes ayant déjà gagné des épreuves.

On peut également préciser qu’il existe quelques différences notables entre les Jeux antiques et ceux d’aujourd’hui, autres que le nombre d’épreuves : le parcours de la flamme olympique est une invention datant successivement de 1928 (pour la flamme en elle-même) et de 1936 (pour les relais), il n’existait rien de tel dans l’Antiquité ; à l’époque, les Jeux se tenaient bien tous les quatre ans, mais toujours au même endroit, à Olympie (d’où le nom), et non pas en changeant de cité à chaque fois.

Les Jeux Olympiques Antiques, qui avaient survécu aussi bien à la conquête macédonienne qu’à la conquête romaine (plusieurs empereurs se sont d’ailleurs passionnés pour les Jeux Olympiques) ont disparu en 393 ap. J.-C., après plus de 1000 ans d’existence, suite à leur interdiction par l’empereur Théodose qui leur reprochait leur caractère païen.

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Ce très bref résumé est en partie rédigé à l’aide du numéro spécial de l’Histoire, intitulé Les Jeux Olympiques : d’Athènes à Pékin, sorti le mois dernier et toujours en vente actuellement.

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21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 20:40
Dans la lignée du billet sur Gladiator, en voici un autre sur un film ayant lui aussi un contexte historique, 300, de Zack Snyder, adapté du roman graphique du même nom de Franck Miller, paru en 1998.
Film qui a l'immense avantage de présenter de façon assumée de nombreux point ouvertement fantaisistes, voire fantastiques. Ce qui écarte le risque de voir de trop nombreuses personnes prendre les faits présentés pour argent comptant, contrairement à ce qui peut se passer avec d'autres films historiques.
Toutefois, c'est ici l'effet inverse qui guette : considérer la totalité des faits présentés comme fantaisistes, alors que le contexte historique est réellement présent.

C'est pourquoi, maintenant que vous avez illuminé le dernier diner mondain de votre supériorité historique en ce qui concerne Gladiator, je vous fournis une nouvelle FAQ qui vous permettra à nouveau de briller en société entre deux matchs de polo.
Mais une société majeure, hein, le film est interdit aux moins de 18 ans, si votre petit cousin l'a vu, c'est Mal.

Commençons par le commencement : la guerre entre Grecs et Perses, et plus précisément la bataille des Thermopyles, qui sert de contexte au film, a-t-elle eu lieu ?

Oui. Hérodote, dans son Enquête, consacre les livres VII, VIII, et IX à cette expédition lancée par Xerxès en Perse. La bataille des Thermopyles a eu lieu en 480 av. J.-C.
Les curieux qui n'en disposent pas à leur bibliothèque et n'ont pas envie de payer trouveront les livres d'Hérodote à cet endroit. La traduction et les notes datent de 1850, toutefois.

Bon, donc a priori Xerxès a bien existé. Léonidas aussi ?

Oui. Xerxès porte bien le titre de Grand Roi, et Léonidas était également roi de Sparte. Toutefois, ceux qui ont lu ici-même le billet sur les institutions athéniennes et spartiates auront remarqué que la double royauté a été totalement oubliée dans le film, ne laissant en place que Léonidas.

Les Perses avaient réellement une armée d'un million d'hommes ?


Hérodote raconte que les Perses avaient une armée d'un million sept-cent mille hommes. Cette affirmation est de toute évidence exagérée et ne reflète que l'impression durable que la masse de l'armée perse avait donnée. Les estimations modernes portent entre 65.000 hommes et 200.000, ce qui, déja, devait représenter un véritable cauchemar logistique.

Et en face, les Spartiates étaient réellement 300 ?


Là, ça devient plus compliqué. Il n'yavait effectivement que 300 Spartiates aux Thermopyles, mais ils n'étaient pas seuls. Léonidas commandait, à l'origine, une armée d'environ 7000 hommes. La majorité de l'armée quitte les Thermopyles en voyant arriver l'armée perse, ne restent alors avec les Spartiates que 700 Thespiens et 400 Thébains. Le film montre par ailleurs que les Spartiates n'étaient pas seuls, d'autres hoplites sont montrés par moment, bien que ce soient les 300 qui soient mis en avant.

Et c'était réellement un combat du monde grec libre contre la tyrannie, au sens moderne du terme ?


Héhé. Pas vraiment, non. Pour dire, s'il y a si peu de monde aux Thermopyles, c'est surtout parce qu'une bonne partie des cités grecques ont rapidement cédé aux exigences de Xexès d'obtenir "la terre et l'eau", formule qui exprime simplement la soumission au Grand Roi, qui estime ainsi ne recevoir que son dû, étant, selon la titulature perse, "roi de l'univers". Bref, une bonne partie des Grecs se sont soumis sans rechigner, et parmi les autres, l'envie de se battre n'est pas forcément très pressante. Il faut dire que l'empire perse n'exerce pas une emprise particulièrement lourde sur les différentes aprties de son territoire. Coutumes, langues et gouvernements locaux sont préservés, mais une partie des impôts revient au Grand Roi. L'unité de l'empire perse est principalement administrative, d'un point de vue culturel, les Perses se montrent assez libéraux, ne cherchant pas à imposer leurs modèles, ou leur religion.

Même ainsi, pourquoi sont-ils si peu nombreux ?

Pour Sparte, la raison donnée dans le film est la bonne : la fête des Carneia empêche les Spartiates de faire la guerre, car ce serait enfreindre leurs lois. Le même problème s'était déja posé à la bataille de Marathon, les Spartiates devant repousser l'envoi de leurs hommes. Pour cette raison, le roi Léonidas ne se rend aux Thermopyles qu'avec sa garde rapprochée, composée de 300 hommes. Pour les autres cités, ce sont les préparatifs des fêtes d'Olympie, elles aussi à fort caractère religieux, qui les retiennent. Précision toutefois : dans le film, on montre le roi Léonidas gravissant une montagne pour aller y consulter les éphores, présentés comme les prêtres d'anciens dieux. C'est totalement fantaisiste, comme je l'ai dit dans mon billet sur les institutions spartiates et athéniennes, les éphores sont des magistrats élus qui représentent le pouvoir gouvernemental de la cité.

Les émissaires envoyés par Xerxès réclamer "la terre et l'eau" ont-ils été effectivement jetés dans un puits ?

Disons que c'est en partie vrai. Spartiates et Athéniens ont effectivement tués les messagers qui leur étaient envoyés, mais c'était lors d'une précédente expédition perse, menée par Darius, et non Xerxès. Lors de sa propre expédition, Xerxès ne prend pas le risque d'envoyer des messagers dans ces deux cités, sachant ce qui était arrivé à ceux de son prédécesseur. Hérodote rapporte que "ces peuples les avaient fait précipiter dans le Barathre à Athènes, dans un puits à Sparte, en leur disant d'aller y chercher la terre et l'eau qu'ils devaient rapporter au Grand Roi". On le voit, la présentation faite dans le film est bonne, elle a juste été transposée quelques années plus tard, pour des raisons cinématographiqes assez compréhensibles.

Passons à la bataille maintenant : une partie de l'armée perse a véritablement été coulée par une tempête ?

Pas exactement. En fait, plusieurs tempêtes ont eu lieu durant cette expédition de Xerxès, ce qui a beaucoup réduit sa flotte de guerre et a aidé notamment la future victoire grecque de Salamine, la même année. Cependant, l'armée perse arrive, elle, par voie de terre. Elle n'est donc pas directement affectée par ces tempêtes.

Au fait, c'est quoi exactement les Thermopyles ?

Laissons parler Wikipédia, qui s'y connait mieux en géographie que moi :

"Les Thermopyles (en grec ancien Thermopúlai, « les portes chaudes », à cause des nombreuses sources d'eau chaude alentour) sont un défilé grec qui fait communiquer la Thessalie et la Locride. Il est situé entre le mont Œta et la côte sud du golfe Maliaque."

Pour faire simple, ce défilé commande l'entrée en Grèce, c'est un passage quasiment obligé pour une armée.
Pour ceux que ça intéresse, leurs coordonnées sur Google Earth sont :
38°48'16.90" ; 22°33'36.57"
En voici une image.
Comme vous pouvez  le constater, ça ne ressemble pas franchement à ce qui est représenté dans le film. (Disons le tout net, c'est quand même moins spectaculaire en vrai). A l'époque de la bataille des Thermopyles, ce défilé est barré par un mur.

Et donc les Spartiates et leurs alliés ont repoussé de multiples assauts à cet endroit ?

Oui, mais pas comme présenté dans le film. D'après Hérodote, Xerxès passe quatre jours à attendre, pensant que les Grecs allaient s'enfuir devant son armée. Il ne lance l'assaut que le cinquième jour. Ses troupes sont repoussées, les Immortels aussi. Les assauts du lendemain ne rencontrent pas davantage de succès.

L'équipement des différentes troupes montrées dans le film est-il réaliste ?

Ca dépend lesquelles... Les Spartiates allaient effectivement au combat avec une cape rouge et les cheveux longs. Bouclier et lance ne sont peut-être pas le plus fidèles possibles, mais l'idée est là. Ils portent des casques corinthiens, qui sont caractéristiques de l'équipement de l'hoplite. En revanche, l'épée est beaucoup plus fantaisiste.
En ce qui concerne l'armée perse, l'équipement est (grosso modo) assez convaincant : des soldats peu protégés par des tuniques bariolées et un bouclier en osier. Difficile de dresser des généralités sur l'équipement perse : l'armée de Xerxès est composée de multiples peuples ayant chacun des habitudes vestimentaires et un équipement différent. L'équipement le plus répandu, si l'on suit Hérodote qui dresse la liste de la totalité des nations incluses dans l'armée perse est constitué d'un bouclier, d'une lance, d'un arc et d'un poignard. Rien que de très classique donc.
Pour les Immortels perses, la représentation est, là, très clairement fantaisiste. Hérodote et quelques bas-reliefs conservés nous apprennent que ces hommes portaient des équipements relativement riches, robes brodées, boucles d'oreilles et bracelets dorés...
Quant à la représentation de Xerxès, elle tient elle aussi de l'invention totale. Le vrai était plus habillé, et moins grand. Et il avait moins de piercings, aussi.

Que sont au juste ces Immortels ? J'imagine que la description faite dans le film n'est pas franchement à prendre telle quelle ?

Pas vraiment, non. Les Immortels perses sont tout simplement un corps d'élite de l'armée perse, comptant 10.000 hommes. Ils portent ce nom car ils sont toujours 10.000, jamais plus, jamais moins : les morts sont immédiatement remplacés, donnant ainsi l'impression que ce corps d'élite est composé d'hommes immortels.
Ils portent également le nom de mélophores et constituent la garde personnelle du Grand Roi, et l'épine dorsale de son armée.

Les Spartiates ont-ils été effectivement trahis par l'un des leurs qui est allé montrer aux Perses le chemin permettant de contourner les positions grecques ?


Non. Un dénommé Ephialtès a effectivement montré aux Perses ce chemin, mais il n'était pas spartiate. C'était un Malien, un citoyen des environs. Ce sentier était effectivement gardé par des Phocidiens, au nombre de mille, qui sont rapidement mis en déroute par les troupes perses, permettant à celles-ci d'encercler Léonidas et ses hommes.

Et donc à ce moment là, les Spartiates et leurs alliés se sont battus courageusement jusqu'à la mort ?


Eh bien, pas exactement. Lorsque les troupes qui gardent le défilé apprennent qu'elles sont en train d'être contournées, un certain nombre part, mais aucun des Spartiates.
Ensuite, il faut savoir que les alliés thébians n'étaient pas précisément là de leur plein gré. En fait, Léonidas les avait emmenés aux Thermopyles davantage en tant qu'otages, pour s'assurer que la cité de Thèbes resterait "loyale" au lieu de se jeter dans les bras du Grand Roi. De fait, lorsque la bataille s'engage et que la surveillance sur les Thébains se relache, ceux-ci s'empressent de rejoindre les rangs perses en affirmant qu'ils sont venus là forcés et qu'ils sont de leur côté. Les autres Grecs se battent effectivement jusqu'à la mort, et sont massacrés.
Xerxès fait décapiter Léonidas et planter sa tête au bout d'une pique, ce qui étonne Hérodote, qui rapporte que les Perses ont plutot tendance à honorer les ennemis vaincus. Nul doute que la résistance acharnée de Léonidas avait quelque peu "agacé" Xerxès, d'ou son comportement.

Y'a-t-il eu un Spartiate, envoyé à la cité, qui a survécu ?

Oui. Toutefois, d'après Hérodote, il n'a pas pu supporter le déshonneur d'avoir du quitter le champ de bataille et s'est suicidé peu après. Un autre Spartiate, malade avant la bataille et resté au camp, parvint à survivre en fuyant. Toutefois, il  fut très mal accueilli à Sparte ou Hérodote nous rapporte qu'on lui donna le surnom d'"Aristodémos le Poltron". Il se racheta en combattant vaillamment à Platée. Le Spartiate survivant du film est donc un croisement entre ces deux-là.

Les "phrases choc" prononcées par moment dans le film ont-elles la moindre historicité ?


Oui et non. La réplique du Spartiate, à propos du fait de se battre à l'ombre à cause des flèches perses, nous est rapportée par Hérodote.
Les répliques telles que "Rends tes armes !" "Viens les prendre", ou "Camarades, déjeunons en homme qui ce soir dineront chez Hadès", qu'on retrouve un peu déformées dans le film, ont bien été rapportées dans l'antiquité, mais sont inventées et ont servi à illustrer le manque volontaire d'éloquence des Spartiates, ou "laconisme", Sparte se trouvant en Laconie. On le voit, l'historicité est là, dans le sens que les phrases n'ont pas été inventées par le scénariste, mais par les Grecs eux-mêmes.

La femme de Léonidas a-t-elle joué le moindre rôle ?

Pas à ma connaissance. De plus Sparte a beau être une cité ou les femmes ont une certaine importance (tout simplement parce que bon nombre d'hommes vivent en caserne), l'idée de les faire venir devant une assemblée (dans le film, cela semble être la gérousie, d'après le nombre restreint de participants et leur âge) ne serait jamais venue aux Spartiates.

Et y'avait-il un traître nommé Thérion ?

Non. A vrai dire, je me demande toujours à quoi il sert dans le film.

La bataille finale de la guerre contre Xerxès a-t-elle bien eu lieu à Platée, comme montré en conclusion ?


Oui. Mais Xerxès était déja rentré en Perse depuis longtemps à ce moment-là.

Et sinon, par acquis de conscience, les éléphants, les bombes, les rhinocéros géants, non hein ?

Non.

_____

C'est tout ce qui me vient à l'esprit. Comme on peut le voir, le film tombe finalement dans le même travers que Gladiator : certains faits historiques sont justes (on peut même dire ici que beaucoup de faits historiques sont justes, si on oublie les éléments fantastiques) mais les mentalités ont été "retouchées" pour coller aux standards actuels et rendre le film plus accessible au grand public. De plus, le trait est caricatural pour donner un résultat "gentils contre méchants", ce qui tient sans doute du parti pris artistique. J'ose espérer que le film se montre suffisamment surréaliste par ailleurs pour qu'on ne vienne pas imaginer les Perses comme des barbares sanguinaires et difformes... Comme je le disais en introduction, ces aspects ouvertement fantaisistes ont ce mérite que le film a moins de chances qu'un autre plus sérieux d'être accepté comme montrant la vérité.

P.S : Je sais que le film a suscité certaines polémiques à sa sortie. Celles-ci ne m'intéressent, je ne donnerai donc aucun avis dessus. Gardez toutefois à l'esprit que le roman graphique dont est adapté (avec grand soin, me suis-je laissé dire) le film date de 1998, le contexte n'était alors pas le même, ce qui désamorce surement quelques pans au moins de ces polémiques.
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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 20:50
Le précédent billet traitait des différences entre Athènes et Sparte d'un point de vue institutionnel. Celui-ci sera consacré aux organisations militaires des deux cités, qui, nous allons le voir, suivent deux voies distinctes.

L'organisation militaire

     Sparte : la domination terrestre

Sparte est une cité réputée pour ses soldats, qu'on évoque encore de nos jours. La totalité de la vie civique spartiate est tournée vers la guerre. Les citoyens suivent un entrainement intensif, tant physique que psychologique, réparti en plusieurs échelons.

Le premier stade est l'irénat, entre 16 et 20 ans. L'irène suit un entrainement au combat et un entrainement sportif au terme duquel il est intégré à l'armée.

De 20 à 30 ans, le Spartiate, désormais membre de l'armée, a l'obligation de vivre à la caserne et de prendre les repas en commun.

Après 30 ans, le Spartiate gagne le droit de regagner son foyer, mais reste astreint aux repas en commun et reste membre de l'armée.

Après 60 ans, le Spartiate est libéré de ses obligations militaires vis-à-vis de la cité et gagne le droit de postuler à la gérousie (pour peu qu'il remplisse certaines conditions d'appartenance à l'aristocratie, comme on l'a vu précédemment).

Comme on le voit, la vie du citoyen spartiate, de 20 à 60 ans, est consacrée à la défense de sa cité.
L'armée spartiate est avant tout une infanterie lourde. Les citoyens sont équipés en hoplites (lourd bouclier, longue lance) et sont intégrés dans des phalanges. Le but de la vie en commun imposée de 20 à 30 ans est de renforcer la cohésion de ces formations de combat, par le biais d'une bonne connaissance de ses compagnons d'arme et d'une confiance aveugle en eux et en ses chefs. En effet, la formation de type phalange implique que chaque soldat est protégé par le bouclier de son voisin de droite (1) , mieux vaut avoir confiance en lui pour aller au combat.

Au combat, les Spartiates sont reconnaissables à leur manteau rouge et à leurs cheveux longs, marque archaïque de force et de protection.

Jusqu'en 371 av. J.-C., les Spartiates sont,en Grèce, les maîtres incontestés de la tactique militaire terrestre. De fait, les combats terrestres qui les opposent aux Athéniens et à leurs alliés durant la guerre du Péloponnèse se soldent généralement par la victoire des Spartiates.

Cette guerre voit l'apparition des néodamodes, des hilotes incorporés à l'armée civique spartiate en échange de leur affranchissement pour pallier au manque chronique de troupes, problématique étant donné l'étendue de la zone de guerre. En effet, la politique spartiate de régulation des naissances fait que là ou les Spartiates pouvaient aligner 5.000 soldats en 479 av. J.-C., il n'yen a plus que 700 en 371 av. J.-C.

La stratégie spartiate au début de la guerre du Péloponnèse est extrèmement classique, conformément au caractère conservateur de la cité : le but est d'envahir l'Attique (la région d'Athènes) pour forcer l'affrontement terrestre.

     Athènes : la domination maritime

A Athènes, l'enfance et le début de l'adolescence sont plus libres qu'à Sparte. L'adolescence est la période ou ont lieu divers entrainement sportifs.

En théorie, les citoyens athéniens, comme les Spartiates, passent au cours de leur vie par divers stades.

L'éphèbie a lieu de 18 à 20 ans. L'éphèbe est un apprenti soldat.

De 20 à 50 ans, l'Athénien sert sa cité comme hoplite ou comme cavalier, selon sa richesse. (en effet, le soldat doit payer lui-même son équipement, les chevaux sont donc réservés aux citoyens aisés)

De 50 à 60 ans, l'Athénien est vétéran et est versé dans des corps de réserve, dédiés à la défense des frontières et des places fortes.

Après 60 ans, l'Athénien est déchargé de ses obligations militaires.

On constate que ces différentes étapes sont moins contraignantes qu'à Sparte, avec notamment l'absence d'obligation de vie commune.

Cependant, au IVè siècle, Athènes évolue vers une armée de métiers, avec un recours de plus en plus fréquent aux services de mercenaires étrangers, permettant ainsi aux citoyens de se consacrer à leur activité politique.

Les citoyens les plus pauvres, appelés thètes, de la cité servent en tant que rameurs sur les galères athéniennes.
En effet, Athènes est avant tout une puissance maritime (on parle souvent de thalassocratie athénienne), l'empire athénien étant composé de colonies réparties sur toute la mer Egée et ses côtes.

La stratégie athénienne au début de la guerre du Péloponnèse est à l'opposé de celle des Spartiates : les Athéniens savent que les Spartiates ne peuvent s'emparer d'Athènes, ils sont donc laisser les Spartiates ravager l'Attique en se retranchant derrière les murs de leur cité et se servir de leur imposante flotte pour ravager les côtes péloponnésiennes par la mer, tout en comptant sur cette même flotte pour assurer le ravitaillement de la cité par le biais des colonies.



On a donc d'un côté, une cité qui s'impose sur terre, et de l'autre une cité qui s'impose sur mer. Et là ou Sparte va tendre, petit à petit, à délaisser les éducations autres que physiques et militaires, Athènes va peu à peu dégager ses citoyens de leurs obligations militaires. Ainsi, sur le plan militaire comme sur le plan institutionnel, ces deux cités présentent de fortes dissemblances. Le prochain billet abordera la question de la société à Sparte et AThènes.

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(1) Ce qui peut amener des problèmes, comme l'explique Thucydide, auteur de La Guerre du Péloponnèse :

"Les armées, quelles qu'elles soient, font ceci : elles tendent à dévier, au cours de leur marche, vers leur propre aile droite ; si bien que chaque adversaire déborde avec sa droite la gauche de l'ennemi ; en effet, la crainte aidant, chacun serre le plus possible son côté non protégé contre le bouclier de son voisin de droite et pense que plus on est joint de façon étroite, plus on est à couvert ; et la responsabilité initiale revient au premier homme de l'aile droite, qui souhaite dérober toujours à l'adversaire son défaut de protection : les autres le suivent en vertu de la même crainte." (V, 71, 1)

D'où l'intérêt d'avoir confiance dans son voisin, qui évite au Spartiate de trop serrer sur sa droite.
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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 13:33
Le Nouvel Observateur publie, ce mois-ci, un hors-série intitulé "le siècle de Périclès". Le magazine porte donc sur la période étudiée dans le billet publié ici sur Athènes.

On peut y trouver 27 articles écrits par des historiens, philosophes, professeurs de grec ou de lettres classiques, portant sur des sujets aussi divers que l'impérialisme athénien, la religion, la philosophie, et bien sur la démocratie athénienne, particulièrement mise à l'honneur.

La revue est particulièrement fournie, avec quasiment 80 pages de textes illustrés, le tout sans publicité, et offre donc un panorama relativement complet de ce "siècle de Périclès" qu'est le Vè siècle à Athènes, grâce à des articles de bonne qualité. Vous serez renseigné sur la démocratie athénienne, son fonctionnement, ses excès, ses crises, la façon dont elle a été perçue et reprise à différentes époques et sur le monde de la cité, une composante fondamentale de l'antiquité grecque (et romaine aussi, mais là n'est pas le sujet).

Bref, un hors-série que je ne peux que recommander aux amateurs d'antiquité grecque, qui y trouveront de multiples informations, dans des articles courts et faciles tant à lire qu'à comprendre.

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Les billets sponsorisés étant à la mode en ce moment, il me parait utile de préciser que celui-ci n'est en pas un. Le magazine a été acheté avec mes sous à moi, je ne suis pas assez connu pour qu'on daigne me payer pour faire de la pub.
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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 20:46
Ce billet inaugure une série d'articles dédiés aux deux cités les plus connues de Grèce Antique : Sparte et Athènes. Ces cités présentent de fortes dissemblances, que ce soit sur le plan politique, social, ou encore guerrier.
C'est pourquoi je vais consacrer plusieurs billets (car en un seul, ça serait franchement indigeste) à leur comparaison, en commençant aujourd'hui par les modèles politiques. Les faits-énoncés ci-après tiennent place au Vè siècle, période où les antagonismes entre Sparte et Athènes sont les plus fortes et trouvent leur exutoire dans la guerre du Péloponnèse, qui oppose les deux cités et leurs alliés pendant presque 30 ans (avec des interruptions, certes). Ce choix est également justifié par le fait que comparer ces deux cités sur la totalité de leur existence pourrait, sans problème, constituer un sujet de thèse, ce que je ne prétends pas faire ici. Contentons-nous, donc, du Vè siècle.

Le système politique

     Sparte : une oligarchie, mais avec de la royauté, et puis un peu de démocratie aussi.

Aristote voit dans Sparte une combinaison harmonieuse et bien équilibrée de monarchie, d'aristocratie et de démocratie.
De fait, les institutions dirigeantes de Sparte sont composées de deux rois, cinq éphores, une gérousie et une assemblée, organes que nous allons maintenant étudier.

Les deux rois

Sparte présente la particularité d'avoir à sa tête deux rois. Il ne faut toutefois pas exagérer l'atypisme de ce bicéphalisme royal : la Rome républicaine était dirigée par deux consuls, et, comme nous le verrons, Athènes a également à sa tête plusieurs stratèges.

Ces deux rois proviennent chacun d'une dynastie différente : l'un des rois est un Agiade, l'autre un Eurypontide, et les mariages entre ces deux familles sont interdits pour préserver intactes les dynasties.

Leur pouvoir a décliné au fil du temps. Au Vè siècle, ils ont avant tout un rôle militaire et religieux.

Du point de vue militaire, il ne revient plus aux rois de décider des guerres, mais ils restent les commandants en chef sur le champ de bataille. Cependant, depuis 506 av. J.-C. et une dispute entre deux rois qui avait mené à l'échec d'une expédition, les rois ne partent plus en guerre ensemble : théoriquement, l'un mène campagne tandis que l'autre reste à Sparte.
Le roi en campagne est également accompagné par deux éphores (cf. infra) ou deux envoyés de ceux-ci qui donnent des instructions venant de Sparte au roi.
La diminution du rôle militaire des rois s'explique également par le fait que Sparte n'est plus une cité isolée, mais à la tête d'une ligue, ce qui implique une décision collégiale pour l'entrée en guerre.
De plus, l'apparition des navarques, magistrats nommés annuellement et chargés de commander la flotte spartiate, réduit encore le pouvoir militaire royal.

Sur le plan religieux, les deux rois exercent des sacerdoces (de Zeus Lacedemon et Zeus Ouranios), organisent des sacrifices publics, et maîtrisent les relations avec Delphes et son oracle.

Leur pouvoir judiciaire est très limité : ils ont des compétences en droit familial et en chemins publics.

Malgré un pouvoir théorique restreint, les rois demeurent des personnages sacrés, descendants des dieux. En conséquence, ils ne peuvent être mis à mort après un jugement, et bénéficient de funérailles imposantes, à participation obligatoire (sous peine de sanctions), qui contrastent avec la sobriété des funérailles spartiates habituelles.
De plus, les rois sont très riches, grâce à l'obtention de parts importantes du butin après les batailles et à la possession de nombreuses terres.

Ces deux éléments combinés apportent un prestige conséquent et une grande richesse aux rois, leur permettant éventuellement d'exercer un pouvoir important, limité cependant par les rivalités entre les deux rois. (Ce qui est peut-être l'objectif de cette double royauté, d'ailleurs).

Les cinq éphores

Les éphores sont élus par l'assemblée de Sparte pour une année, et leur charge n'est pas reconductible.

Ils ont avant tout un rôle de surveillance de la société, que ce soient les moeurs, les hilotes(1), les magistrats, ou même les rois.
Ils disposent de grands pouvoirs policiers et judiciaires : ils ont le droit d'imposer des amendes, d'emprisonner, ainsi qu'un droit de vie et de mort sur les hilotes.
Ils incarnent le gouvernement de la cité, qui prend des décisions à la majorité. Ils préparent le travail de l'assemblée, la président et exécutent ses décisions.

Ils sont les seuls spartiates autorisés à ne pas se lever devant les rois, et ceux-ci sont obligés de répondre à leurs convocations. (Même si la loi les autorise à ne venir qu'au bout de la troisième)

La gérousie

La gérousie, ou assemblée des anciens, est constituée de 28 vieillards. L'âge minimum pour y entrer est de 60 ans, âge auquel les obligations militaires du citoyen envers la cité cessent.

Les gérontes sont élus à vie (ceci dit, étant donné leur âge particulièrement avancé pour l'antiquité, ils sont peu nombreux à rester longtemps en poste) .Leur mode d'élection nous est connu grâce à Plutarque et a gagné de la part d'Aristote le qualificatif élogieux de "puéril" : il consiste à faire défiler les candidats à la gérousie, dans un ordre aléatoire, devant les Spartiates. Ceux-ci doivent acclamer ceux qui passent devant eux tandis que, dans une maison voisine, des juges décident de l'élection en fonction... de l'intensité des cris qu'ils perçoivent.

Un mode d'élection quelque peu étrange, donc, mais qui confère aux élus le plus grand honneur que Sparte puisse accorder à un de ses citoyens. De ce fait, la gérousie n'est pas ouverte au vulgus pecum, et il est vraisemblable que les candidatures résultent d'une cooptation par les membres déja en place, permettant ainsi à la gérousie de rester entre les mains de l'aristocratie.

La gérousie possède d'importants pouvoirs judiciaires et politiques : elle est le tribunal suprême de la cité, pouvant condamner à mort des citoyens et même, associée aux éphores, juger les rois. En cas de querelle de succession royale c'est elle qui tranche entre les prétendants.

Tous les projets doivent lui être soumis avant de passer à l'assemblée, et elle peut user d'un droit de veto à l'encontre des décisions de celle-ci.
Dans les faits, la gérousie ne s'oppose quasiment jamais aux projets des rois et des éphores. Cependant, même si son rôle législatif concret est réduit, son prestige est tel qu'on peut considérer qu'elle joue le rôle d'élément stabilisateur, les autres pouvoirs hésitant à la contrarier.

Cette institution est celle qui est la plus critiquée par Aristote : outre sa remarque déja évoquée sur le caractère "puéril" de l'élection des gérontes, le philosophe critique aussi leur âge avancé, avançant que "l'esprit comme le corps a sa vieillesse".

L'assemblée

Le dernier organe du pouvoir spartiate est l'assemblée : en sont membres de droit les citoyens spartiates agés de plus de 20 ans (hypothèse la plus probable, mais l'âge de 30 ans a aussi été avancé)
Sa fréquence de réunion est inconnue et était peut-être variable.

L'assemblée prend ses décisions  selon la procédure du vote par acclamations : elle ne peut pas modifier les projets qui lui sont soumis, seulement les approuver ou les rejeter. Ce pouvoir peut paraitre limité, mais les décisions de l'assemblée sont sans appel : un rejet est définitif, et les décisions les plus graves, comme les entrées en guerre, sont prises par elle.

La question du droit ou non à la prise de parole avant les votes est complexe, mais il semblerait que les Spartiates aient le droit de prendre la parole pour exprimer un avis, sans avoir le droit de soumettre des contre-propositions. Cependant, la notion de décence étant fortement ancrée à Sparte, il est vraisemblable que la majorité des participants, et en particulier les plus jeunes, s'interdisaient d'eux-mêmes de prendre la parole.

     Athènes

En face de cette cité qui, malgré un certain mélange des genres, demeure un modèle d'oligarchie dans la Grèce antique, on trouve Athènes, qui promeut un modèle opposé : la démocratie.
A la tête de la cité se trouvent différentes institutions : la Boulé, l'Ecclesia, les archontes et les stratèges.

La Boulé

La Boulé, appelée aussi conseil des 500, est composée de 500 membres tirés au sort, 50 pour chaque tribu (2) parmi les citoyens âgés de plus de 30 ans. Ses membres portent le nom de bouleutes et ont l'obligation d'être présents aux séances. On ne peut pas être bouleute plus de deux fois dans sa vie.

La Boulé se décompose en 10 sections permanentes, les prytanies, qui siègent jour et nuit, un mois chacune (3). Les membres des prytanies sont les prytanes. avec à leur tête un chef tiré au sort chaque jour, appelé épistate des prytanes.

La Boulé est chargée du contrôle des magistrats, qui rendent des comptes, notamment financiers, à chaque sortie de charge ; des négociations avec les ambassadeurs ; d'éditer les projets de loi soumis à l'Ecclesia ; de la répartition du phoros, le tribut payé par les cités appartenent à l'alliance athénienne, la ligue de Délos ; de la vérification des comptes de la cité.

L'Ecclesia

L'Ecclesia, ou assemblée du peuple, rassemble la totalité des citoyens athéniens (environ 40.000 personnes), sauf ceux privés de droits politiques par une condamnation. Elle représente la souveraineté du peuple et dispose d'un pouvoir sans appel : les décisions consacrées par un décret ne peuvent être abolies.

Elle se réunit 4 jours par mois, du lever au coucher du soleil. L'ordre du jour est fixé par les prytanes tandis que la séance est présidée et convoquée par l'épistate du jour.

L'Ecclesia est chargée de voter les lois athéniennes et d'élire les magistrats. Chaque citoyen a le droit de prendre la parole, et le vote se fait en général à main levée, il peut être secret pour les affaires les plus graves.

Pour les décisions graves (comme les entrées en guerre), un quorum de 6.000 participants est requis.

L'Ecclesia peut également mettre en accusation, à tout moment et sur simple plainte d'un citoyen, un magistrat en charge.

L'archontat

L'archontat est l'une des deux principales magistratures athéniennes. Les archontes sont tirés au sort pour un an et sont au nombre de dix. Le premier d'entre eux donne son nom à l'année et porte en conséquence le titre d'archonte éponyme.
Ensuite viennent l'archonte basileus, héritier du pouvoir religieux des anciens rois, l'archonte polémarque, chargé de l'organisation des funérailles des soldats et de l'entretien des orphelins de guerre, et six archontes thémotètes chargés de l'instruction des procès, jugés ensuite, selon les cas, par l'Ecclesia (affaires d'état) ou l'Héliée (affaires courantes).

A leur sortie de charge, les archontes sont intégrés à vie à l'aréopage, un tribunal chargé des crimes de sang.

La stratégie

La stratégie est un collège de dix membres, les stratèges. Ils représentent le pouvoir exécutif d'Athènes et sont à la tête de l'armée. Contrairement aux archontes, ils ne sont pas tirés au sort mais élus pour un an, un stratège par tribu athénienne.

Ils disposent tous de pouvoirs équivalents, illimités, mais leurs actes sont contrôlés à la fois par la Boulé et par l'Ecclesia, qui peut les mettre en accusation comme n'importe quel autre magistrat.

Tous les magistrats (y compris donc, les stratèges et les archontes) subissent avant leur entrée en charge un examen à caractère moral et doivent prêter serment. A la fin de leur charge, ils doivent se soumettre à une vérification des comptes, qui peut par ailleurs être provoquée à n'importe quel moment de leur charge.

On constate par ailleurs l'importance du tirage au sort, qui a pour double objectif de manifester la volonté des dieux et de limiter l'agitation politique liée à des volontés d'être élu.


To be continued...

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(1) Esclaves spartiates attachés à une terre.
(2) Les tribus athéniennes ne portent plus, au Vè siècle, de notion tribale, mais sont des entités administratives.
(3) Les années grecques sont composées de 10 mois de 36 jours.

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La partie de ce billet consacrée à Sparte est en grande partie inspirée de l'ouvrage de E. Lévy, Sparte : histoire politique et sociale jusqu'à la conquête romaine, Points Histoire, Paris, 2003.
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