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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 14:31
Petite excursion dans les commentaires d'un article du figaro.fr sur la gay pride (1), pour y trouver cette merveilleuse saillie :

"Rappelez vous que l'Empire Romain, très puissant, a sombré dans la pornographie et la pédérastie."

J'hésite encore entre m'étouffer de rire sur ma chaise et aller me rouler en boule dans un coin pour pleurer.
Petite piqure de rappel sur cette fameuse décadence romaine (enfin, j'imagine que c'est de cela que notre commentateur veut parler). C'est triste pour les commentateurs du figaro.fr, mais j'ai bien peur que cette décadence et ses orgies ne soient guère qu'un mythe.

En tout cas, voila qui me permet de répondre à ces parents d'élèves qui, lors d'une journée portes ouvertes, me demandaient à quoi diable pouvait bien servir l'Histoire. Mais c'est très simple : à ne pas débiter des âneries en commentaires sur lefigaro.fr.

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(1) A ce stade du billet, le lecteur qui a, au moins une fois, consulté des commentaires sur ce site, sait qu'il va avoir droit à du lourd. Je ne le détromperai pas.  Et je ne mets pas de lien à dessein : il y a des limites aux atrocités que j'accepte d'infliger à mes lecteurs. Si vous tenez vraiment à aller voir, j'imagine qu'une recherche google permettra de trouver rapidement l'article.
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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 08:12
Ceux qui avaient été intéressé par l'article sur Zénobie et qui souhaiteraient en savoir plus sur sa cité, Palmyre, peuvent se pencher sur l'émission 2000 ans d'Histoire du 3 avril 2009 (écoutable jusqu'au 3 mai, real player requis) qui lui est consacrée.
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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 10:23


(Un documentaire a récemment été diffusé sur ce thème. Je ne l'ai pas vu, cet article contiendra donc sans doute un grand nombre de redites par rapport à l'émission)


En 7 ap. J.-C., tout semble aller au mieux pour l'Empire Romain : les guerres civiles sont finies (on n'en verra pas d'autres avant 60 ans), le pouvoir d'Auguste est assuré et les légions romaines triomphent partout, permettant une grande extension du territoire de l'Empire.


C'est dans le cadre de cette expansion qu'Auguste décide d'annexer des territoires à l'est du Rhin pour les intégrer dans l'Empire en tant que province romaine. Pour cela, il dépêche un de ses proches, Publis Quinctilius Varus, membre d'une ancienne famille patricienne.


Deux ans plus tard, trois légions ont été détruites, le projet d'une province à l'est du Rhin a été abandonné et les Germains se sont imposés durablement comme une des principales menaces aux frontières de l'Empire. Que s'est-il passé ?


Nous avons, sur ces évènements, plusieurs sources : Suétone et Tacite, notamment, mentionnent la bataille de Teutoburg, mais sans donner beaucoup de détails (sauf, dans le cas de Tacite, des indications géographiques). Dion Cassius fournit un récit de la bataille, mais il écrit deux siècles après les faits et son histoire ressemble davantage à une réécriture littéraire qu'à une description historique.


Pour plus de détails, il faut consulter l'Histoire Romaine de Velleius Paterculus, chapitres 117 à 120. Toutefois, aucun récit réellement détaillé de la bataille ne nous est parvenu, Paterculus renvoyant à un autre ouvrage, qju'il est censé écrire plus tard et lui étant entièrement consacré, ouvrage dont nous n'avons aucune trace.


Paterculus renvoie toute la faute sur Varus, accusé d'être "plus habitué au calme des camps qu'à l'activité guerrière", cupide ("comme le prouve la Syrie dont il fut gouverneur : riche elle était quand il y arriva pauvre, pauvre elle était quand il en partit riche"), et apathique. Paterculus l'accuse d'avoir gravement sous-estimé les Germains, et d'avoir pensé qu'il suffirait de rendre justice pour les adoucir sdans avoir à les soumettre par les armes.


Dans les faits, il est sans doute injuste de rejeter toute la faute sur Varus : il y a sans doute eu une forme d'auto-censure chez l'auteur, préférant rejeter la totalité de la faute sur le commandant plutôt que trop s'apesantir sur une défaite qui embarassait dle pouvoir impérial. Sans vouloir exonérer Varus qui a sans doute une part de responsabilité, il est en fait vraisemblable que le désastre de Teutoburg soit lié à la structure même de l'occupation romaine qui s'appuyait beaucoup sur les populations locales.


Mais revenons-en aux faits : Varus est chargé d'intégrer la Germanie à l'Empire, appuyé pour cela par trois légions (les XVIIè, XVIIIè et XIXè Légions). Parmi ses conseillers sur place, on trouve Arminius, chef de la tribu germanique des Chérusques. Envoyé à Rome en tant qu'otage dans sa jeunesse (une pratique très courante dans l'antiquité), il y a reçu une éducation romaine (y compris militaire) et a même été intégré à l'ordre équestre, le deuxième ordre de la société romaine (après l'ordre sénatorial).


C'est là qu'une faille apparait dans le système romain : les otages pris dans les membres importants des tribus germaniques alliées de Rome (comme les Chérusques) devaient permettre dans un premier temps d'assurer la loyauté de ces tribus puis, une fois l'otage revenu chez lui, de profiter de sa coopération.

Arminus joue sur ce point : en façade, il conseille Varus et le sert loyalement, mais en secret, il unifie les différentes tribus germaniques (habituellement occupées à se taper dessus entre elles) dans le but de tendre une embuscade aux Romains.


La marche de Varus et ses troupes depuis leur camp d'été vers leur camp d'hiver lui fournit l'occasion qu'il attendait.En chemin, il alerte Varus d'une prétendue révolte non loin(inventée de toutes pièces). Ce dernier décide de l'écraser sur le champ et prend le chemin que lui indique Arminius.


La colonne romaine, en ordre de marche, est composée de trois légions, un nombre égal d'ailes de cavalerie, et six cohortes d'infanterie auxiliaire (c'est-à-dire des troupes recrutées parmi les habitants de l'Empire ne possédant pas la citoyenneté romaine, soit, à l'époque d'Auguste, l'immense majorité de la population. En l'occurence, une bonne part de ces auxiliaires devaient être d'origine germanique, ce qui laisse planer des doutes sur le camp qu'ils ont choisi lors de la bataille). L'armée devait donc être étendue sur 15 à 20 km en longueur, sur un terrain inconnu. Dion Cassius rapporte en outre qu'une tempête et de la pluie rendaient le terrain boueux et les arcs inutilisables (mais ces informations sont à prendre au conditionnel, certains historiens estimant que Dion Cassius ne fait qu'utiliser un cliché, à savoir Germanie = forêts et boue, d'autres estimant que le récit est trop détaillé pour être une simple invention).


C'est durant cette marche qu'Arminius déclenche l'attaque des troupes des tribus coalisées, préalablement disposées sur le trajet. Connaissant bien les tactiques romaines (rappelons qu'il a été élevé à Rome), disposant d'une meilleure connaissance du terrain, de l'effet de surprise et de l'étirement de la colonne romaine, il parvient sans difficulté à infliger une lourde défaite aux Romains.


Varus et plusieurs autres officiers se suicident durant la bataille, d'autres se rendent ou sont capturés, un commandant de cavalerie tente de s'enfuir avec ses troupes, mais est rattrapé et tué. Les Germains pourchassent les Romains en déroute dans les forêts.


La défaite est totale : les Romains perdent entre 15.000 et 20.000 hommes, tandis que les pertes germaniques sont minimes. Mais les choses ne s'arrêtent pas la : le champ étant désormais libre, les Germains poussent leur avantage et prennent la quasi totalité des forts et villes romaines à l'est du Rhin, à l'exception du fort d'Aliso qui, renforcé par les survivants de la bataille, résiste pendant plusieurs semaines avant que la garnison ne parvienne à faire une sortie et à passer le Rhin.


Teutoburg est donc un désastre complet : les Romains ont été refoulés à l'ouest du Rhin, trois légions ont été détruites et, pire encore, leurs aigles de légion sont tombés aux mains des Germains (les aigles de légion sont un emblème sacré, chaque légion en possède un, et le laisser tomber entre les mains de l'ennemi constitue un immense déshonneur. De manière générale, si une telle chose arrive, les Romains font tout pout tenter de les récupérer).


Suétone nous rapporte qu'Auguste fut bouleversé en apprenant la nouvelle, se frappant la tête contre les murs et criant "Varus, rends-moi mes légions !". Il faut savoir qu'après les guerres civiles, qui avaient vu la levé d'un nombre incroyable de légions, Auguste a réduit leur nombre et l'a fixé à 28. La disparition de trois légions constitue donc une perte relative très importante.


Les deux légions restantes, situées à l'ouest du Rhin, sont rapidement redéployées pour éviter tout soulèvement de populations qui pourraient croire l'Empire affaibli et en profiter.


Pour bien comprendre le choc que la perte de ces légions a pu représenter à Rome et pour Auguste, il faut préciser quen fait absolument inédit, ces légions ne seront jamais reconstituées, et que leurs numéros (XVII, XVIII et XIX) ne seront plus réutilisés. Dans la numérotiation, on apsse donc désormais de la XVIè Légion à la XXè.


Arminius envoya la tête de Varus à Marbod, roi des Marcomans, une puissante tribu germanique, avec la proposition d'une alliance anti-romains. MArbod refusa et envoya la tête à Rome pour que Varus puisse bénéficier de funérailles.


Les Romains purent profiter de cette absence de front uni pour réorganiser leurs forces. Vers 11 ap. J.-C., Auguste envoie Tibère lancer une offensive en Germanie. Selon Paterculus, l'armée "ouvre des routes, dévaste les campagnes, incendie les maisons, disperse ceux qui résistent et revient dans ses quartiers d'hiver".


Peu après la mort d'Auguste, en 14 ap. J.-C., une nouvelle attaque est lancée par Tibère et son neveu Germanicus. Environ 70.000 hommes et un soutien naval participent à cette campagne, qui fait une halte sur le site de la bataille de Teutoburg.


En 16 ap. J.-C., Germanicus prend la tête d'une nouvelle armée qui parvient à acculer l'alliance menée par Arminius à une bataille rangée, qui tourne rapidement en faveur des Romains. Deux des trois aigles de légions perdus sont retrouvés. Le troisième sera récupéré sous le règne de Claude.


Après cela, Tibère, estimant les objectifs atteints, fait cesser les attaques en Germanie. Le projet de créer une province au-dela du Rhin ne sera plus évoqué (il semble que Marc-Aurèle, l'autre empereur à avoir mené des campagnes de grande ampleur en Germanie, n'ait jamais songé pour autant à en faire une province).


Quant à Arminius, il est assassiné en 21 ap. J.-C. par un membre de sa propre tribu.


Suite au désastre de Teutoburg, et durant toute la période impériale, les Germains constitueront, avec les Parthes puis les Perses, un des principaux ennemis de Rome, poussant l'Empire à placer quasiment la moitié de ses troupes sur la frontière rhéno-danubienne.




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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 15:21
(Ce billet a fait l'objet d'une adaptation en bande dessinée sur le blog Dessinatus Anticus. Pour la voir, c'est par ici)

Certains d'entre vous ont peut-être déja entendu parler des multiples tentatives d'assassinat de Fidel Castro par la CIA. Parmi celles-ci, des barbouzeries fort distrayantes du type cigare explosif ou radio piégée avec du gaz toxique. On pourrait alors se dire "tout de même, quelle imagination, c'est incroyable !".


On se tromperait.


Car ce genre de tentatives d'assassinat, déployant des trésors d'inventivité pour un résultat au final nul, on peut en trouver au moins un exemple prestigieux dans l'Antiquité romaine, en la personne de Néron. La cible ? Sa mère, Agrippine la Jeune.


Il faut tout d'abord savoir que la mère de Néron a joué un très grand rôle dans l'accession de celui-ci au pouvoir, le faisant passer premier dans l'ordre de succession puis empoisonnant l'empereur Claude pour accélerer l'avènement de son fils. (Il est d'ailleurs possible qu'elle l'ait empoisonné avec des champignons, plat dont raffolait l'empereur. Les champignons pour Claude, les cigares pour Castro... En fait, à la CIA, on lit trop Suétone)


Agrippine tente ensuite de gouverner par l'intermédiaire de son fils, mais celui-ci finit par trouver sa mère quelque peu pesante. Tacite nous rapporte que, dans sa volonté de conserver le pouvoir, elle "en vint à ce point, qu'au milieu du jour, quand le vin et la bonne chère allumaient les sens de Néron, elle s'offrit plusieurs fois au jeune homme ivre, voluptueusement parée et prête à l'inceste", mais que Sénèque vient au secours de Néron. La version de Suétone diffère quelque peu, puisque selon lui, l'inceste était recherché par Néron et a réellement été commis. Suétone, qui pour rien au monde ne rechignerait à nous fournir des détails scabreux, nous rapporte que ce fait est connu parce que Néron avait des tâches sur ses vêtements en sortant de la litière ou il se trouvait avec sa mère (oui, Suétone, c'est toujours très classe).


Ceci dit, il est connu que, dans sa course aux anecdotes croustillantes, Suétone a la facheuse manie d'en inventer quelques-unes. Difficile de trancher entre les deux versions, donc.


Cependant, dans un cas comme dans l'autre, Néron finit par ne plus supporter sa mère et décide de la tuer, sans toutefois que cela se sache (donc hors de question de l'assassiner brutalement ou de la faire exécuter). C'est là que l'histoire prend des allures vraiment étonnantes.


Suétone est le plus précis sur les diverses tentatives d'assassinat : tout d'abord, Néron essaye de faire empoisonner sa mère, trois fois, sans succès, celle-ci prenant régulièrement des contre-poisons.


Ensuite, on rentre vraiment dans le vif du sujet. Devant cet échec, et cherchant toujours à faire passer la mort de sa mère pour naturelle (ou au moins accidentelle), Néron décide de faire disposer dans sa chambre un plafond doté d'un mécanisme destiné à le faire s'écrouler durant la nuit. Nouvel échec : des indiscrétions alertent Agrippine.

 

Tacite est moins prolixe sur ces précédentes tentatives. Selon lui, Néron n'a même pas tenté de faire empoisonner sa mère, sachant que ce serait inutile, voire dangereux : Britannicus, frère de Néron, ayant déja été empoisonné à la table du prince, il aurait été un peu suspect qu'Agrippine meure dans les mêmes circonstances. Tacite ne mentionne pas non plus l'épisode du plafond.


Toutefois, sur le dernier acte de cette étrange pièce, les deux historiens s'accordent, et c'est cette fois-ci Tacite qui est le plus précis. Néron fait construire une navire d'un genre un peu spécial : il est en effet conçu de façon à pouvoir se briser sur commande, afin de faire passer la mort de sa mère pour un accident en mer.


Néron feint donc de se réconcilier avec sa mère, l'invite aux fêtes de Minerve qu'il célèbre, puis raccompagne sa mère jusqu'au rivage avec force marques d'affection et lui offre le navire piégé.


Durant la nuit, le navire s'ouvre (à ce moment, Tacite nous parle d'un plafond s'écroulant sous une charge de plomb. Est-ce Tacite qui a rassemblé deux tentatives différentes en une seule, ou Suétone qui les a au contraire dissociées alors qu'elles étaient survenues à la même occasion ? Difficile de le dire), mais met plus de temps que prévu à couler. Une servante d'Agrippine, espérant qu'on lui porterait secours, s'écrie qu'elle est la mère du prince : elle est immédiatement tuée. Pendant ce temps, Agrippine s'échappe discrètement du navire à la nage (elle est tout de même blessée à l'épaule), avant d'être recueillie par des barques et d'être accompagnée à sa maison de campagne.


Nouvel échec pour Néron donc, malgré des trésors d'ingéniosité déployés. Pour en finir, il choisit donc de faire simple mais efficace. Agrippine, pensant que feindre de ne pas savoir que Néron a tenté de la tuer est plus sur, envoie un serviteur assurer son fils qu'elle va bien. Durant l'audience, Néron fait tomber un poignard au pied de l'esclave pour faire croire que celui-ci était venu le tuer. Il envoie sur le champ des soldats tuer Agrippine, avec l'intention de proclamer que celle-ci avait mis fin à ses jours après que son complot eut été découvert. Cette fois-ci, la tentative est couronnée de succès : Agrippine est effectivement tuée. D'après Tacite, elle aurait demandé à ses assassins de la frapper au ventre.



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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 15:19

Parmi les symboles du pouvoir romain se trouve le faisceau, porté par des licteurs. Un faisceau consiste en un assemblage de verges liées ensemble autour d’une hache, et portées par un homme nommé licteur, selon le modèle suivant :



(image wikimedia commons)


Ces licteurs sont attribués à différents magistrats romains (en nombre variable selon le rang dudit magistrat)  et servent principalement à leur ouvrir la voie (ils portent le faisceau de la main gauche, la droite tenant une verge qu'ils utilisent pour écarter la foule) et à marquer leur fonction.

Le faisceau, attesté formellement à Rome à partir du IIè siècle av.J.-C.,  possède une symbolique très simple : les verges servent à frapper les condamnés, la hache à les décapiter. L’assemblage de ces éléments somme toute triviaux permet au faisceau de représenter le droit de vie et de mort du magistrat escorté par les licteurs.

Le fait que ces faisceaux soient portés par des licteurs et non par les magistrats eux-mêmes a lui aussi une signification simple : la différenciation entre la fonction et son détenteur, par opposition à un pouvoir monarchique (on connaît le côté un peu chatouilleux des Romains vis-à-vis de ce qui pourrait évoquer de près ou de loin la monarchie)(n'est-ce-pas Jules César ?).

On a longtemps pensé que ces faisceaux étaient à l’origine des symboles étrusques, repris par les Romains, aidés en cela par des affirmations d’auteurs anciens (qui ont de toute façon tendance à attribuer tout et n’importe quoi aux Etrusques) et par la découverte aux XIXè siècle, à Vetulonia, d’une tombe. Celle-ci, appelée de façon évocatrice « tombe des licteurs », contenait un faisceau daté de 680 av. J.-C. Ce faisceau différait du modèle romains, car il comportait une hache bipenne (ou double hache ), contrairement au faisceau romain à hache simple.

Il est en réalité plus que vraisemblable que ce faisceau ne soit qu’un vulgaire faux, créé de toutes pièces à partir d’une double hache (qui est un symbole fréquent chez les Etrusques) et de broches en bronze à usage sacrificiel (elles aussi couramment attestées), éléments présents dans la tombe, mais séparés. Ce fait est connu chez les Etruscologues,  mais a visiblement du mal à sortir du cadre assez restreint des chercheurs, si j’en crois du moins une rapide recherche sur Google.

De fait, il semblerait que ce soient les Etrusques qui aient adopté le faisceau romain, et non l’inverse. En effet, les représentations de faisceaux dans des tombes étrusques se répandent réellement avec la conquête romaine. Les Etrusques sont les créateurs du faisceau de verges, visiblement portés par des arbitres lors de jeux, tandis que les Romains y ont ajouté la hache, en faisant un symbole du pouvoir.

Symbole par ailleurs promis à une pérennité remarquable, que je vais rapidement évoquer par le biais de la France. Tout le monde, j’imagine, connaît cette image :



(image wikimedia commons)

Regardez attentivement au milieu, l’élément séparant les deux moitiés du texte. Un faisceau, en effet. On voit clairement les verges liées ensemble. Il diffère toutefois du modèle romain : la hache est ici remplacée par une lance. Il y a peut-être une raison symbolique profonde à cela, j’avoue l’ignorer. Il est en tout cas certain qu’une lance est bien plus appropriée ici qu’une hache, puisque cette dernière déborderait sur le texte. Le bonnet phrygien placé au dessus symbolise l’idée que le pouvoir est détenu par le peuple.

Mis de côté pendant les périodes impériales (durant lesquelles on préfère l'aigle. C’est romain aussi, ceci dit) et monarchiques, le faisceau réapparait avec la IIIè République, comme vous pouvez le voir sur ce site (tout en bas de la page). On remarque par ailleurs que tout sur ces « armes semi-officielles » rappelle l’antiquité, du faisceau aux lauriers en passant par le bouclier léger (pelta) sur lequel sont inscrites les initiales « RF ».

Ces armes sont toujours en vigueur de nos jours, comme le montre ce passeport :


(image wikimedia commons)

On peut également trouver cela :



C’est le sceau qui frappe les livres de la bibliothèque de l’Assemblée Nationale. On remarque que ce symbole a vraisemblablement été adopté après la découverte de la tombe des licteurs de Vetulonia, puisqu’il figure une double hache.

J’ai volontairement restreint le sujet à la France, à travers quelques exemples, pour que cet article ne devienne pas monstrueusement long, mais il faut signaler que le faisceau a par ailleurs connu une heure de  gloire dont il se serait sans doute passé, par le biais des mouvements fascistes (la racine de ce nom étant fasces, faisceau) qui l’ont tous adopté comme emblème.

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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 15:14
Le problème posé par les sondages, la formulation de leurs questions et l'interprétation de leurs résultats n'est pas récent : en exclusivité, le Sétéblog retranscrit une dépêche ARP (Agence Rome Presse) récemment découverte, qui daterait de l'année 753 av. J.-C.

Rome, le 21 avril

Le drame a eu lieu il y a quelques heures. Les deux jumeaux récemment entrés en politique, Remulus et Romus*, avaient, sur les conseils de leurs attachés politiques, décidé de lancer un grand Sondage Divin afin d'obtenir l'opinion d'un panel représentatif de dieux sur qui dirigerait la ville qu'ils avaient décidé de fonder.

Il a été décidé que le sondage aurait lieu selon la méthode éprouvée des quotas de vautour. Hélas, c'est là que le drame a eu lieu. En effet, il semblerait d'après nos envoyés spéciaux qu'il y ait eu dispute à propos de la émthode exacte à suivre pour obtenir un résultat représentatif de la volonté des dieux.

Remulus, qui avait le premier aperçu des vautous, au nombre de six, soutenait que de toute évidence, les dieux étaient de son côté, tandis que Romus, qui en avait aperçu plus taridvement, mais douze, soutenait lui qu'il était plus que clair que les dieux le favorisaient. On le voit, cette querelle incite clairement les instituts d'augurat à établir une fois pour toutes une seule et unique méthode.

La querelle s'est encore envenimée lorsque les partisans de Remulus ont accusé son frère et néanmoins adversaire d'avoir truqué le sondage divin d'une manière fort peu honorable, ne voyant les vautours qu'après la fin du temps imparti pour le sondage.
Le syndicat inter-augures a profité de l'occasion pour réclamer une meilleure indépendance lors de la réalisation des sondages et a dénoncé les sympathies politiques de certains augures haut placés qui, selon eux, risquent de faire perdre toute crédibilité à la pratique de l'augurat.

Un certain flou entoure encore la suite des évènements : il semblerait que Remulus, ulcéré, ait tenté d'empêcher son frère de fonder sa cité et ait été tué lors d'une bagarre, soir par Romus lui-même, soit par un de ses partisans.

Un drame atroce qui ne rend que plus urgente la convocation de grands Etats Généraux de l'Augurat, qui définirait des règles claires pour la profession, et que Romus a promis suite à ces tragiques évènements.

* Les noms ont été modifiés dans un souci d'anonymat


______

Hum.
Sinon, pour que ce billet ne soit pas complètement n'importe quoi, voici en plus sérieux la légende de la fondation de Rome :

Les deux jumeaux Romulus et Remus décident de fonder une ville à l'emplacement ou ils ont passé leur enfance. Afin de savoir qui aurait le privilège de fonder et de gouverner cette cité, ils décident de consulter les dieux, comme nous le rapporte Plutarque (Vie de Romulus, IX-X). Pour cela, ils décident de s'en rapporter au vol des oiseaux, plus précisément des vautours (Plutarque nous dit à leur sujet que "les devins pensent que les choses très rares n'étant pas dans le cours ordinaire de la nature, elles nous sont envoyées par les dieux pour nous instruire de l'avenir.", d'ou leur utilisation par les augures).

Romulus s'installe sur le Palatin, Remus sur l'Aventin (deux des sept collines de Rome). Et c'est là que survient un problème. Remus voit les vautours en premier, au nombre de six. Romulus ne les voit que plus tardivement, mais au nombre de douze. Romulus se proclame vainqueur, ce qui lui est contesté par son frère.

De plus, Plutarque rapporte que "d'autres prétendent que Rémus vit véritablement les siens ; mais que Romulus trompa son frère, et qu'il ne vit les douze vautours qu'après que Rémus se fut approché de lui".

Remus tente alors d'empêcher Romulus de fonder la ville par l'acte symbolique de la délimitation du pemœrium, enceinte sacrée de la ville qu'il est interdit de franchir en armes. Par provocation, il franchit ce fossé, ce qui vu comme est un mauvais présage augurant du fait que les murailles pourraient facilement être franchies par un ennemi.

Plutarque rapporte alors deux versions de ce qui s'est passé : Soit Romulus lui-même, enragé par cet acte, tue lui-même son frère, soit Remus est tué par une des gardes de Romulus, nommé Celer. Une autre version nous dit qu'il est tué par un centurion nommé Fabius, avec une pelle.

Par la suite, Remus est enterré avec les honneurs sur l'Aventin, et la ville prend le nom de son fondateur, Romulus, premier roi de la cité, pour devenir Rome.
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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 18:37

Attention ! Dans ce billet, ça risque de spoiler dans tous les sens, donc si vous n’avez pas lu ces livres et que vous avez l’intention de le faire en conservant tout le suspense, ne lisez pas cet article.

Le Cycle de Fondation est une suite de romans (eux-mêmes constitués à partir de nouvelles) de science-fiction, se déroulant dans un futur lointain (environ 18.000 ans, pour le premier livre).

A première vue, on pourrait se demander pourquoi je viens en parler sur un blog consacré (en majorité, tout du moins) à l’histoire antique. Tout simplement parce que le récit d’Isaac Asimov, bien que décrivant un futur imaginaire, est fortement ancré dans l’histoire romaine, puis byzantine (les puristes me rétorqueront que c’est la même chose, le terme d’Empire Byzantin étant une construction tardive, cet Empire s’appelant lui-même l’Empire Romain. Certes. Mais je tiens à rester compréhensible même auprès de mes lecteurs non-puristes).

Pour montrer ces liens entre le cycle de science-fiction et l’Histoire romaine (ou du moins, une certaine conception de l’Histoire romaine, nous allons le voir), je vais me baser sur trois des parties de l’ouvrage :

Tout d’abord, la partie intitulée le déclin de Trantor, comprenant Prélude à Fondation, l’Aube de Fondation, et Fondation. Ensuite, la nouvelle intitulée Le général, puis celle intitulée Le Mulet, qui font toutes les deux partie du livre Fondation et Empire.

Le simple titre de mon premier objet d’étude, le déclin de Trantor, a du vous mettre la puce à l’oreille. Et vous avez raison ! Oui, nous avons bien là un nouvel avatar de la décadence de l’Empire Romain. De fait, Asimov lui-même de fait guère de mystère quant à sa principale source d’inspiration : c’est le livre Decline and Fall of the Roman Empire, d’E. Gibbon, paru en 1776. E. Gibbon est, avec Montesquieu, un des premiers promoteurs de cette idée de décadence de l’Empire Romain. Connaissant cette source, on ne sera guère surpris par le fait que le déclin de Trantor nous décrit un Empire Galactique s’enfonçant dans la décadence et l’impuissance.

La capitale de l’Empire, Trantor, y est décrite comme un monde surpeuplé, nécessitant vingt planètes agricoles pour la nourrir. Difficile de ne pas faire de parallèle avec la Rome Antique, cité d’un million d’habitants, s’appuyant pour sa subsistance sur les cargaisons de blé provenant d’Afrique et d’Egypte, cette dernière province étant fréquemment surnommée « le grenier à blé de Rome ». D’autre part, on apprend que Trantor a autrefois été une royauté. Tiens, comme Rome !

Trantor nous est présentée comme négligeant de nombreux domaines (l’innovation technologique, l’entretien du réseau de transport) par manque de fonds, ceux-ci étant consacrée à l’armée, pléthorique suite à des guerres civiles. L’allusion à l’Antiquité Tardive est là encore assez transparente : l’armée a toujours eu un poids important dans les finances de l’Empire, poids qui s’accroit avec le temps, notamment suite à la période de troubles et de guerres civiles au IIIè siècle. (Notons que cette part importante de l’armée dans les finances de l’Etat n’est pas l’apanage de l’Empire Romain. La France du XVIIIè siècle, par exemple, consacre jusqu’à 75% de son budget à l’armée en temps de guerre, environ 50% en temps de paix).

Dans le même ordre d’idée, on nous parle d’une « économie déclinante » et d’un « commerce qui s’étiole », autant de caractéristiques de la « décadence » de l’Empire Romain.

Tout au long des trois livres composant le déclin de Trantor, la situation ne cesse de se dégrader, l’Empire perdant peu à peu le contrôle de planètes lointaines au profit de vice-rois tandis que la situation financière s’aggrave et que la technologie décline. Lire ce livre revient à avancer dans le IVè siècle décrit par Gibbon dans son ouvrage.

On le voit, l’Histoire antique tient dans cette première partie du Cycle de Fondation le rôle de contexte général, orientant le récit. Elle joue un rôle encore plus important dans le deuxième cas que nous allons étudier, à sa savoir Le général.

Dans cette nouvelle, qui se passe environ 200 ans après la fin de la première partie du cycle, on est mis en présence d’un général, nommé Bel Riose, qui, profitant d’un regain impérial du fait d’un empereur fort, se lance dans la reconquête de territoires ayant autrefois appartenus à l’Empire et ayant depuis longtemps échappé à son contrôle. Toutefois, à la fin de l’histoire, il est rappelé par l’empereur qui craint sa popularité puis exécuté sous prétexte d’avoir voulu comploter contre lui.

La référence historique peut ici se trouver grâce au simple nom du général. Bel Riose constitue en effet quasiment l’anagramme de Belisarios (Bélisaire, en français), général byzantin du VIè siècle. Celui-ci reconquiert d’anciens territoires de l’Empire Romain, notamment Carthage et Rome. Toutefois, devant sa popularité grandissante et craignant une usurpation du trône, l’empereur finit par le rappeler. Désavoué à plusieurs reprises, il finit par ne plus exercer de commandements militaires significatifs. On constate ici que la fin de Belisaire ne correspond pas à celle de Bel Riose, toutefois, les similitudes restent particulièrement frappantes. Pour ce qui est de l’exécution de Bel Riose, peut-être Asimov s’est-il inspiré de l’histoire d’un autre général bien mal récompensé pour ses services, Aetius, exécuté par l’empereur Valentinien III peu après avoir vaincu les Huns d’Attila à la bataille des champs catalauniques.

Ici, l’Histoire ne joue plus le rôle de simple contexte, mais de véritable trame pour la nouvelle, qui transpose dans un futur imaginaire des faits passés.

Pour ce qui est de ma troisième et dernière partie, sur la nouvelle nommée Le mulet, retour dans l’Empire Romain d’Occident, au Vè siècle. L’Histoire joue ici un rôle plus anecdotique, mais est toutefois présente. En effet, les protagonistes de la nouvelle ont l’occasion de croiser l’empereur galactique. Celui-ci réside désormais à Néotrantor, sans réel pouvoir, ne régnant plus guère que sur vingt mondes agricoles, tandis que la capitale, Trantor, a été pillée cinquante années auparavant. Là encore, les allusions sont transparentes : Rome est en effet pillée en 402 par les Wisigoths. Cinquante ans plus tard, les empereurs romains, résidant à Ravenne et non plus à Rome, ne disposent plus guère de pouvoirs et n’ont plus d’empereurs que le nom. On constate donc le parallèle évident entre els deux situations.

Détail amusant, l’homme responsable du pillage de Trantor dans les livres se nomme Gilmer. Historiquement, le roi vandale vaincu par Belisaire en Afrique se nomme Gélimer. Sachant que les Vandales ont eux aussi pillé Rome, il ne serait pas étonnant qu’on trouve là une autre référence historique, plus anecdotique, dans le Cycle de Fondation.

Dans le même ordre d’idée, il est fait référence, dans l’Aube de Fondation, aux « Codes civil et pénal d’Aburamis ». Comment ne pas voir là un clin d’œil au célèbre code d’Hammurabi ?

Bref, comme on peut le voir, l’Histoire est omniprésente dans le Cycle de Fondation. Qu’elle joue le rôle de simple contexte, de trame concrète ou d’anecdote en forme de clin d’œil, on peut la retrouver dans une bonne partie des différentes nouvelles qui composent l’œuvre d’Asimov.
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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 17:19

Vous en avez peut-être déjà entendu parler , mais Google a mis en ligne il y a peu une version de Google Earth (qui permet de visualiser des images satellites de la planète) comprenant une reconstitution de la ville de Rome en 320 ap. J.-C.


La chose se trouve ici


6.700 bâtiments modélisés, dont 11 visitables entièrement. Arcs honorifiques, Colisée, Circus Maximus, etc, tout y est. Certains bâtiments et lieux (plus de 250) sont en outre accompagnés de notices historiques, donnant des informations basiques aussi bien que d'autres plus avancées.


Cette représentation en 3D est basée sur une maquette déjà existante, la Plastico di Roma Antica conçue entre 1933 et 1974, visible au musée de la civilisation romaine, à Rome.


Un outil réellement impressionnant, et qui mérite le coup d'oeil, ne serait-ce que par simple curiosité.


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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 17:30
Non, ce billet ne parle pas de l’histoire de Banania, qui après tout n’a que peu à voir avec le thème de ce blog, à savoir l’Histoire antique (ou alors on m’a menti).

J’imagine, par conséquent, que vous vous demandez bien pourquoi je parle de Banania. Non, je n’ai pas perdu la raison. En fait, il se trouve qu’au dos d’un paquet en ma possession se trouve une petite bande dessinée présentant le jeune Banania en différents personnages de la Rome Antique (ah, on commence à se rapprocher du sujet, déjà). Et c’est ainsi qu’on trouve cette vignette, dans laquelle le personnage joue un sénateur romain :



On y voit que la suggestion faite (« créer un corps de pompiers qui interviendront en cas d’incendie ») provoque les railleries de l’assemblée.

Alors, ridicule, l’idée d’avoir des pompiers dans la Rome Antique ?

Absolument pas, vous vous en doutez. Les villes antiques, surtout quand elles sont aussi imposantes que Rome, sont particulièrement sensibles aux incendies. Les dégâts subis par la ville sous les règnes de Néron ou de Commode en témoignent. Et au delà de ces épisodes particulièrement spectaculaires, les incendies sont très fréquents : prenons, arbitrairement, la durée du règne d’Auguste, de 27 av. J.-C. à 14 ap. J.-C. On a des incendies connus à Rome en 25, 23, 16, 14, 12, 7 av. J.-C. ainsi qu’en 3 et 6 ap. J.-C (1). Soit huit incendies ayant causé suffisamment de dommages pour que nous en ayons eu écho.

 De ce fait, il serait absolument inconscient de la part du pouvoir impérial (ne connaissant les faits que pour cette période, je ne parlerai pas de République) de laisser Rome démunie face à ce danger.

Auguste crée donc, en 6 ap. J.-C., sept cohortes de vigiles, de mille hommes chacune. Ces hommes servent de corps de pompier permanent dans la ville de Rome. Ils assurent également la police de nuit.
Auguste créant également le découpage administratif de Rome en quatorze régions, chaque cohorte de vigile est en charge de deux d’entre elles.

Ces troupes, équipées du matériel approprié pour lutter contre les incendies, sont stationnées dans différents postes d’urgence un peu partout dans la cité, permettant une intervention rapide en cas de début d’incendie.
Sous le règne de l’empereur Claude (41-54 ap. J.-C.), deux nouvelles cohortes sont créées : l’une est installée dans le port de Pouzzoles, l’autre dans le port d’Ostie, tous deux lieux de transit essentiels au ravitaillement de Rome (le ravitaillement était une question particulièrement sensible pour une ville aussi peuplée que Rome, ce qui explique les précautions prises par les empereurs pour éviter qu’il ne soit compromis).

7000 hommes au total chargés en premier lieu de lutter contre les incendies à Rome, cela montre bien que l’idée d’un corps de pompiers était loin d’être ridicule, et ce malgré le fait que ces vigiles soient également chargés d’assurer la police de nuit. En effet, les cohortes urbaines, qui assurent la police le jour, ne comprennent lors de leur création par Auguste que 1500 hommes en tout (ce nombre varie par la suite).

Ces cohortes de vigiles se révèleront toutefois incapables d’empêcher notamment le grand incendie de Rome de 64 ap. J.-C., incapacité tenant aux matériaux de constructions utilisés dans les cités antiques, souvent inflammables, et à l’entassement des bâtiments dans cette cité d’un million d’habitants, favorisant la propagation du feu.
___

Source : P. Cordier, Rome, Ville et capitale, de César à la fin des Antonins, Paris, Bréal, 2001.

Les informations sur les vigiles sont principalement tirées de l’ouvrage du spécialiste français de l’armée romaine, Y. Le Bohec, l’armée romaine, Paris, Picard, 1998 (deuxième édition)

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12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 20:17

Aujourd’hui, un billet un peu spécial. Vous savez peut-être que Shakespeare (que je ne présente pas) a écrit de nombreuses pièces se déroulant dans un contexte historique. On a ainsi plusieurs pièces portant sur des rois d’Angleterre (le roi Jean, Richard III, Henri IV, etc.), mais aussi, et c’est ce qui m’intéresse plus particulièrement dans le cadre de ce blog, des pièces portant sur l’antiquité romaine : Antoine et Cléopâtre ainsi que Jules César.

Bien évidemment, ces pièces prennent des libertés avec la réalité, ne serait-ce que parce qu’elles inventent totalement les différents dialogues, mais la trame reste historique, s’appuyant sur les auteurs latins. Celle dont je veux parler aujourd’hui est Jules César (The Tragedy of Julius Caesar, écrite en 1559), et plus particulièrement un de ses passages.

En effet, cette pièce comporte un magnifique morceau de rhétorique, par le biais d’un discours de Marc Antoine. Certes, ce discours est inventé, mais je ne peux résister à l’envie de le faire partager à ceux qui ne le connaissent pas. Et puis, après tout, la rhétorique tenait une place importante dans les discours à Rome.

Pour situer le contexte, César vient d’être assassiné, et Brutus, le chef des conjurés, vient de prononcer un discours qui lui a acquis la faveur de la foule. Magnanime, il laisse Marc Antoine, ami de César, prononcer un discours en faveur de celui-ci. Grave erreur, puisque Marc Antoine, utilisant habilement la rhétorique (vous noterez, entre autres, les innombrables répétitions de « Brutus est un homme honorable »).  Je vous laisse maintenant découvrir la totalité du texte (attention, c’est assez long, mais ça en vaut la peine).

ANTOINE Amis, Romains, compatriotes, prêtez-moi l'oreille. Je viens pour ensevelir César, non pour le louer. Le mal que font les hommes vit après eux ; le bien est souvent enterré avec leurs os : qu'il en soit ainsi de César. Le noble Brutus vous a dit que César était ambitieux : si cela était, c'était un tort grave, et César l'a gravement expié. Ici, avec la permission de Brutus et des autres (car Brutus est un homme honorable, et ils sont tous des hommes honorables), je suis venu pour parler aux funérailles de César. Il était mon ami fidèle et juste ; mais Brutus dit qu'il était ambitieux, et Brutus est un homme honorable. Il a ramené à Rome nombre de captifs, dont les rançons ont rempli les coffres publics : est-ce là ce qui a paru ambitieux dans César ? Quand le pauvre a gémi, César a pleuré : l'ambition devrait être de plus rude étoffe. Pourtant Brutus dit qu'il était ambitieux ; et Brutus est un homme honorable. Vous avez tous vu qu'aux Lupercales je lui ai trois fois présenté une couronne royale, qu'il a refusée trois fois : était-ce là de l'ambition ? Pourtant Brutus dit qu'il était ambitieux ; et assurément c'est un homme honorable. Je ne parle pas pour contester ce qu'a déclaré Brutus, mais je suis ici pour dire ce que je sais. Vous l'avez tous aimé naguère, et non sans motif ; quel motif vous empêche donc de le pleurer ? 0 jugement, tu as fui chez les bêtes brutes, et les hommes ont perdu leur raison !... Excusez-moi : mon cœur est dans le cercueil, là, avec César, et je dois m'interrompre jusqu'à ce qu'il me soit revenu.

PREMIER CITOYEN Il me semble qu'il y a beaucoup de raison dans ce qu'il dit.

DEUXIEME CITOYEN Si tu considères bien la chose, César a été traité fort injustement.

TROISIEME CITOYEN N'est-ce pas, mes maîtres ? Je crains qu'il n'en vienne un pire à sa place.

QUATRIEME CITOYEN Avez-vous remarqué ses paroles ? il n'a pas voulu prendre la couronne : donc, il est certain qu'il n'était pas ambitieux !

PREMIER CITOYEN Si cela est prouvé, quelques-uns le paieront cher.

DEUXIEME CITOYEN, désignant Antoine. Pauvre âme ! ses yeux sont rouges comme du feu à force de pleurer.

TROISIEME CITOYEN Il n'y a pas dans Rome un homme plus noble qu'Antoine.

QUATRIEME CITOYEN Maintenant, attention ! il recommence à parler.

ANTOINE Hier encore, la parole de César aurait pu prévaloir contre l'univers : maintenant le voilà gisant, et il n'est pas un misérable qui daigne lui faire honneur ! 0 mes maîtres ! si j'étais disposé à exciter vos cœurs et vos esprits à la révolte et à la fureur, je ferais tort à Brutus et tort à Cassius, qui, vous le savez tous, sont des hommes honorables. Je ne veux pas leur faire tort ; j'aime mieux faire tort au mort, faire tort à vous-mêmes et à moi, que de faire tort à des hommes si honorables. Mais, voici un parchemin avec le sceau de César : je l'ai trouvé dans son cabinet ; ce sont ses volontés dernières. Si seulement le peuple entendait ce testament (pardon ! je n'ai pas l'intention de le lire), tous accourraient pour baiser les plaies de César mort, pour tremper leurs mouchoirs dans son sang sacré, pour implorer même, en souvenir de lui, un de ses cheveux qu'ils mentionneraient en mourant dans leurs testaments et transmettraient, comme un précieux legs, à leur postérité !

QUATRIEME CITOYEN Nous voulons entendre le testament : lisez-le, Marc-Antoine.

LES CITOYENS. Le testament ! le testament ! Nous voulons entendre le testament de César.

ANTOINE Ayez patience, chers amis. Je ne dois pas le lire : il ne convient pas que vous sachiez combien César vous aimait. Vous n'êtes pas de bois ni de pierre, vous êtes hommes ; et, étant hommes, pour peu que vous entendiez le testament de César, vous vous enflammerez, vous deviendrez furieux. Il n'est pas bon que vous sachiez que vous êtes ses héritiers : car, si vous le saviez, oh ! qu'en arriverait-il !

QUATRIEME CITOYEN Lisez le testament : nous voulons l'entendre, Antoine. Vous nous lirez le testament : le testament de César !

ANTOINE Voulez-vous patienter ? Voulez-vous attendre un peu ? Je me suis laissé aller trop loin en vous parlant. Je crains de faire tort aux hommes honorables dont les poignards ont frappé César ; je le crains.

QUATRIEME CITOYEN C'étaient des traîtres ; eux, des hommes honorables !

LES CITOYENS Le testament ! le testament !

DEUXIEME CITOYEN C'étaient des scélérats, des meurtriers. Le testament ! lisez le testament !
ANTOINE Vous voulez donc me forcer à lire le testament ! Alors faites cercle autour du cadavre de César, et laissez-moi vous montrer celui qui fit ce testament. Descendrai-je ? me le permettez-vous ?

LES CITOYENS Venez, venez.

DEUXIEME CITOYEN Descendez.

Antoine descend de la tribune.

TROISIEME CITOYEN Libre à vous !

QUATRIEME CITOYEN En cercle ! plaçons-nous en rond.

PREMIER CITOYEN Ecartons-nous de la bière, écartons-nous du corps.

DEUXIEME CITOYEN Place pour Antoine ! le très noble Antoine !

ANTOINE Ah ! ne vous pressez pas ainsi sur moi ; tenez-vous plus loin !

LES CITOYENS En arrière ! place ! reculons !

ANTOINE Si vous avez des larmes, préparez-vous aies verser à présent. Vous connaissez tous ce manteau. Je me rappelle la première fois que César le mit ; c'était un soir d'été, dans sa tente ; ce jour-là il vainquit les Nerviens. Regardez ! A cette place a pénétré le poignard de Cassius ; voyez quelle déchirure a faite l'envieux Casca ; c'est par là que le bien-aimé Brutus a frappé, et quand il a arraché la lame maudite, voyez comme le sang de César l'a suivie ! On eût dit que ce sang se ruait au dehors pour s'assurer si c'était bien Brutus qui avait porté ce coup cruel. Car Brutus, vous le savez, était l'ange de César ! O vous, dieux, jugez avec quelle tendresse César l'aimait ! Cette blessure fut pour lui la plus cruelle de toutes. Car, dès que le noble César le vit frapper, l'ingratitude, plus forte que le bras des traîtres, l'abattit ; alors se brisa son cœur puissant ; et enveloppant sa face dans son manteau, au pied même de la statue de Pompée, qui ruisselait de sang, le grand César tomba ! Oh ! quelle chute ce fut, mes concitoyens ! Alors vous et moi, nous tous, nous tombâmes, tandis que la trahison sanglante s'ébattait au-dessus de nous. Oh ! vous pleurez,à présent ; et je vois que vous ressentez l'atteinte de la pitié ; ce sont de gracieuses larmes. Bonnes âmes, quoi ! vous pleurez, quand vous n'apercevez encore que la robe blessée de notre César ! Regardez donc, le voici lui-même mutilé, comme vous voyez, par des traîtres.

PREMIER CITOYEN 0 lamentable spectacle !

DEUXIEME CITOYEN 0 noble César !

TROISIEME CITOYEN 0 jour funeste !

QUATRIEME CITOYEN 0 traîtres ! scélérats !

PREMIER CITOYEN 0 sanglant, sanglant spectacle !

DEUXIEME CITOYEN Nous serons vengés. Vengeance ! Marchons ! cherchons, brûlons, incendions, tuons, égorgeons ! que pas un traître ne vive !

ANTOINE Arrêtez, concitoyens !

PREMIER CITOYEN Paix, là. Ecoutons le noble Antoine.

DEUXIEME CITOYEN Nous l'écouterons, nous le suivrons, nous mourrons avec lui.

ANTOINE Bons amis, doux amis, que ce ne soit pas moi qui vous provoque à ce soudain débordement de révolte. Ceux qui ont commis cette action sont honorables ; je ne sais pas, hélas ! quels griefs personnels les ont fait agir : ils sont sages et honorables, et ils vous répondront, sans doute, par des raisons. Je ne viens pas, amis, pour enlever vos cœurs ; je ne suis pas orateur, comme l'est Brutus, mais, comme vous le savez tous, un homme simple et franc, qui aime son ami ; et c'est ce que savent fort bien ceux quim'ont donné permission de parler de lui publiquement. Car je n'ai ni l'esprit, ni le mot, ni le mérite, ni le geste, ni l'expression, ni la puissance de parole, pour agiter le sang des hommes. Je ne fais que parler net : je vous dis ce que vous savez vous-mêmes : je vous montre les blessures du doux César, pauvres, pauvres bouches muettes, et je les charge de parler pour moi. Mais si j'étais Brutus et que Brutus fût Antoine, il y aurait un Antoine qui remuerait vos esprits et donnerait à chaque plaie de César une voix capable de soulever les pierres de Rome et de les jeter dans la révolte.

LES CITOYENS Nous nous révolterons.

PREMIER CITOYEN Nous brûlerons la maison de Brutus.

TROISIEME CITOYEN En marche donc ! Allons,cherchons les conspirateurs.

ANTOINE Mais écoutez-moi, concitoyens, mais écoutez ce que j'ai à dire.

LES CITOYENS Holà ! silence ! Ecoutons Antoine, le très noble Antoine.

ANTOINE Eh ! amis, vous ne savez pas ce que vous allez faire. En quoi César a-t-il ainsi mérité votre amour ? Hélas ! vous ne le savez pas : il faut donc que je vous le dise. Vous avez oublié le testament dont je vous ai parlé.

LES CITOYENS Très vrai !... Le testament ! arrêtons, et écoutons le testament !

ANTOINE Voici le testament, revêtu du sceau de César. Il donne à chaque citoyen romain, à chaque homme séparément, soixante-quinze drachmes.

DEUXIEME CITOYEN Très noble César !... Nous vengerons sa mort.

TROISIEME CITOYEN 0 royal César !

ANTOINE Ecoutez-moi avec patience.

LES CITOYENS Paix, holà !

ANTOINE En outre, il vous a légué tous ses jardins, ses bosquets réservés, ses vergers récemment plantés en deçà du Tibre ; il vous les a légués, à vous, et à vos héritiers, pour toujours, comme lieux d'agrément public, destinés à vos promenades et à vos divertissements. C'était là un César ! Quand en viendra-t-il un pareil ?

PREMIER CITOYEN Jamais ! jamais. Allons, en marche, en marche ! Nous allons brûler son corps à la place consacrée, et avec les lisons incendier les maisons des traîtres ! Enlevons le corps.

DEUXIEME CITOYEN Allons chercher du feu.

TROISIEME CITOYEN Jetons bas les bancs.

QUATRIEME CITOYEN Jetons bas les sièges, les fenêtres, tout !

Sortent les citoyens, emportant le corps.

ANTOINE Maintenant laissons faire. Mal, te voilà déchaîné, suis le cours qu'il te plaira.

_____

Source : Wikisource. A noter que j’ai découvert ce discours par le biais du film Jules César, de 1953, adapté de la pièce de Shakespeare (avec Marlon Brando dans le rôle de Marc Antoine). Je n’ai malheureusement pas réussi à trouver d’extrait potable pour le montrer, le seul disponible étant en anglais non sous-titré, avec décalage entre le son et l’image.

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