Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 22:39

Dans les derniers articles, j’ai, à plusieurs occasions, évoqué les Perses Sassanides, en tant que grands adversaires de l’Empire Romain. Il pourrait donc être judicieux de procéder à une rapide présentation de cette dynastie perse, de son histoire et de son fonctionnement.

Pendant plusieurs siècles, les Parthes sont le grand ennemi de Rome sur les frontières orientales. En 224 ap. J.-C., une nouvelle dynastie, et un nouvel empire, prennent le dessus sur les Parthes et s’imposent sur cette frontière : les Sassanides. Leur objectif proclamé est de restaurer l’ancien Empire Perse de la dynastie achéménide, qui avait été mis à terre par Alexandre le Grand.

Dès les premières années de leur arrivée au pouvoir, les souverains sassanides se lancent dans une politique agressive vis-à-vis de Rome. Sévère Alexandre, qui règne sur l’Empire Romain au moment de l’ascension de la nouvelle dynastie perse, doit dès 230 ap. J.-C. organiser une campagne militaire contre les Sassanides, campagne que j’ai évoquée ici.

Pendant la période de faiblesse de l’Empire Romain au IIIè siècle, les Sassanides maintiennent la pression sur celui-ci, avec quelques périodes de répit (comme celle gagnée par Odainath de Palmyre).

En 297 ap. J.-C., ils sont battus par l’empereur Dioclétien qui les repousse vers l’Est et leur impose un traité de paix. Les Sassanides ne reprennent une politique agressive que quelques décennies plus tard, en 338 ap. J.-C. Durant le Vè siècle, les Sassanides sont accaparés par des guerres à l’est ainsi que des querelles internes, laissant ainsi leur voisin romain accomplir sa mutation en Empire Byzantin.

Vers 530 ap.J.-C., l’empire Sassanide redevient temporairement agressif envers les Byzantins mais retombe vite dans les conflits internes et les guerres à l’Est. Toutefois, vers 620 ap. J.-C., c’est un Empire Sassanide revigoré qui s’attaque à Byzance, parvenant jusqu’aux portes de Constantinople et rétablissant presque les anciennes frontières achéménides en 626 ap. J.-C. Cependant, la contre-offensive de l’empereur Héraclius les force à se retirer loin vers l’est. Après ce bref retour sur le devant de la scène, l’Empire Sassanide s’effondre rapidement et est intégré au récent califat arabe en 651 ap. J.-C.

Au sommet de l’Etat se trouve l’empereur sassanide, qui porte le titre de Roi des Rois d’Iran et de non-Iran (shahanshah eran ud aneran). En dessous de lui, l’administration de l’Empire Sassanide, dont la capitale est située à Ctésiphon, a varié au cours du temps. Au début de l’Empire, le territoire est divisé en provinces, qui sont soit sous l’autorité d’un satrape (titre hérité de l’empire achéménide, ou les gouverneurs administraient des territoires nommés satrapies), soit d’un roi vassal, généralement de la famille du roi en place. Plus tard, l’organisation administrative est divisée en trois strates : le niveau intermédiaire est celui des provinces, sous l’autorité des satrapes qui concentrent entre leurs mains la majorité des fonctions administratives. En-dessous se trouvent les cantons, qui n’ont qu’une fonction religieuse mineure, et au-dessus le niveau inter-provincial, qui rassemble des fonctions militaires et fiscales.

Du point de vue de la société, les hommes sont répartis en quatre castes : guerriers, agriculteurs, artisans, et prêtres. Ces conditions sont héréditaires. A cela il faut ajouter les esclaves, qui sont considérés majoritairement comme des choses dans le droit sassanide. Cela ne les empêche pas de disposer de droits : les mauvais traitements à leur égard sont sanctionnés, et ils ont le droit de porter plainte même contre des hommes libres.

Du point de vue religieux, l’Empire Sassanide se caractérise par l’adhésion des Rois des Rois au mazdéisme (ou zoroastrisme), une religion structurée, avec une cosmogonie bien établie, et déjà religion des rois perses à l’époque achéménide. Cette religion est utilisée à des fins idéologiques, le souverain sassanide prétendant avoir une ascendance divine et tenir leur pouvoir d’Ahura Mazda, la divinité suprême du mazdéisme. Ce n’est toutefois pas une religion d’Etat : non seulement le Roi des Rois n’est pas à la tête du clergé, mais de plus les autres religions (notamment judaïsme et christianisme) sont tolérées. On note toutefois l’existence de périodes de persécutions à l’encontre des chrétiens, mais le motif n’est pas forcément purement religieux : après la conversion de l’empereur romain Constantin au christianisme, les adeptes de cette religion apparaissent comme suspects aux yeux des Sassanides. C’est donc davantage un motif « d’ordre public » qu’un motif religieux.

Enfin, passons à l’aspect que l’Empire Romain a eu le plus l’occasion de… cotoyer, à savoir l’armée sassanide. Celle-ci se base sur une élément principal : une cavalerie lourde : les clibinaires ou  cataphractaires (l’armement varie un peu entre les deux). Le cavalier, recruté parmi la noblesse et payant lui-même son équipement, comme son cheval sont lourdement cuirassés, préfigurant les chevaliers en armure de l’époque médiévale. L’époque sassanide voit également le retour de l’éléphant comme arme de guerre, eux aussi cuirassés, portant des tours de guerre sur leur dos, servant ainsi de plate-forme mobile pour les archers. La principale faiblesse de l’armée sassanide reste, comme d’ailleurs pour les époques achéménides et parthes, son infanterie, majoritairement constituée de paysans levés en masse et pauvrement équipés. On note toutefois la présence d’infanterie lourde, bien armée et entrainée, capable d’égaler les légionnaires romains sur le champ de bataille, ainsi que de bons archers. Comme on l’a vu au début de ce billet, cette armée sassanide donna à plusieurs reprises du fil à retordre aux armées aussi bien romaines que byzantines

___

Il semblerait que les Sassanides ne soient pas le sujet de préoccupation principal de ma bibliothèque universitaire. Pour cette raison, et bien que cela me désole, j’ai du me reposer quasiment uniquement sur une seule source : P. Huyse, La Perse antique, paru en 2005 aux éditions Belles Lettres. Les Sassanides étant loin d’être ma spécialité (je ne les ai côtoyé que de loin, par le biais de Sévère Alexandre), je n’ai pas vraiment d’éléments pour évaluer le sérieux de la source, je ne peux qu’espérer ne pas avoir dit trop de bêtises.

Partager cet article

Repost 0
Published by Setebos - dans Divers
commenter cet article

commentaires

YAHYAVI 16/01/2017 16:18

Bjr, Je confirme oui c' est bien l ' empereur Romain, Valérien qui a été défait par le roi Sassanide Schapour ( I ou II) , il y a toujours en Iran en Perse des Bas reliefs des statuts qui représentent cet evenement la victoire. Des écrits aussi sur le temple du feu de Perspolis le fameux temple Carré où Schapour (1 ou 2) a écrit en plsuieurs langues; le phalavi la langue de Perses à cette époque (le vieux persan ancien) et le latin romain cette victoire. Velrien et son armée ont été fait prisonnier des Perses. C 'est un événement dont on ne parle pas souvent dans les livres d' histoire en Europe car c' est une défaite humiliante pour l'Occident de cette époque de haut moyen âge / antiquité face à des orientaux plus forts qu eux en terme militaire ppendant une période donnée de l'histoire..

Roland 26/12/2008 20:02

sujet très interessant je trouve.

Un sous-sujet qui serait passionnant, mais en sait-on grand'chose? c'est l'influence culturelle grecque dans cet empire iranien nationaliste: puisque on nous dit que quand il apprit la victoire de ses armées sur Valens l'empereur sassanide était en train d'assister à une représentation d'une tragédie d'Euripide !

Setebos 07/01/2009 08:07


Je n'ai pas trouvé trace de cette histoire... (et c'est Valérien, plutot que Valens).
D'ou vient-elle ?


tofraziel 01/11/2008 11:38

Je ne sais pas dans quel fac tu es, mais je sais qu'à la Sorbonne, il y a le centre d'études byzantines et du proche-orient où il doit y avoir des choses sur le sujet.

Setebos 02/11/2008 11:32


Ah, sûrement.
Mais je ne suis pas à la Sorbonne...


o 04/10/2008 23:23

Bonsoir,

Je tiens tout d’abord à vous remercier de nous donner à lire des textes aussi intéressants. J’espère que vous persisterez à le faire.

Je souhaite également vous signaler la diffusion par Arte d’un excellent documentaire sur le Parthénon :
http://www.arte.tv/fr/semaine/244,broadcastingNum=903225,day=1,week=41,year=2008.html

Richard Lejeune 23/09/2008 12:23

Il n'y a en effet pas pléthore d'ouvrages sur ce sujet. Mais en ce qui vous concerne, aucun problème quant à la source que vous avez consultée (et je ne dis pas cela parce qu'il est un compatriote et a fait ses études, notamment, à Liège et à l'Université catholique de Louvain où il a obtenu son Doctorat en philologie et histoire orientales) : Philip Huyse est actuellement un, si pas le meilleur connaisseur de l'Iran ancien (cette restriction, pour ne pas paraître trop "chauvin" !)
Mais il a surtout publié des articles dans des revues spécialisées, comme beaucoup de grands historiens d'ailleurs, dans un premier temps à tout le moins.

Quant à votre article, il constitue une excellente entrée en matière sur un sujet peu "porteur" pour le grand public : à tout un chacun, maintenant, s'il est intéressé, d'aller piocher chez Huyse pour parfaire et approfondir ses connaissances ...

Setebos 23/09/2008 13:30


Je vous remercie du renseignement, et suis heureux d'apprendre que j'ai eu une bonne source à disposition.