Aujourd’hui, on s’éloigne un peu (euphémisme) de l’Antiquité, pour revenir sur un reportage diffusé il y a quelques temps (le 14 mars, pour être précis) sur arte et intitulé
La milice, film noir, consacré à la milice française pendant la seconde guerre mondiale, et qui
m’a fortement marqué.
(Vous pouvez le visionner
ici, en cinq parties)
Il ne comporte pourtant pas d’images insoutenables, ni d’informations inédites.
Pourquoi, alors ? Parce que si je connaissais l’histoire de cette milice, ce reportage apportait quelque chose de plus, auquel je n’avais jusqu’ici jamais été confronté : les témoignages
d’anciens de la milice. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ceux qui s’expriment ne sont pas franchement étouffés par de quelconques remords. Voici un petit florilège de citations de ces
miliciens :
(A propos des Juifs) « Ces salauds, […] ils se sont battus ou ? Z’avaient qu’à se battre. Ils auraient été tués, ils seraient pas morts en déportation »
(La grande
classe…)
« Je remercie Dieu d’avoir voulu que je sois milicien »
(Ah... Bon.)
(Du même)« c’étaient quand même des activités qui complétaient tout à fait les activités que l’on peut trouver dans le scoutisme »
(Point 11 des règles de ce
« scoutisme » : « Contre la démocratie, pour l’autorité » ; point 20 : « Contre la lèpre juive, pour la pureté française »)
(A propos du camp d’extermination de Struthof) « Je dois vous dire, que ce camp d’extermination était un camp qui vous laissait tout de même un peu estomaqué. Il y avait des salles de
douche comme il n’y en avait pas dans la plupart des lycées français ; il y avait une infirmerie hyper moderne ; il y avait un centre de soins dentaires comme je n’en avais jamais vu à
Bourges, dans ma jeunesse. Alors ce camp d’extermination semblait prendre un soin des gens qui y venaient qui me semble un peu contradictoire avec ce qu’on m’a raconté »
(Tu le sens,
mon gros négationnisme, là ?)
A ce point, le documentaire, avec une sobriété admirable, se contente d’afficher un texte, rappelant que ce camp a « accueilli » 45.000 détenus, que 15.000 sont morts, dont 200 à la suite
d’expérimentations médicales (ce qui, au passage, permet de faire le lien avec les si jolies installations sanitaires qui ont tant impressionné notre milicien.
Et pour la fin, le milicien responsable de la première citation, ancien membre d’Action Française (« pour une France plus propre », dixit lui-même) et de la Cagoule qui, décidément, n’en
finit plus de se déboutonner (et à qui je dédie le titre de cet article) :
« Après la guerre, j’ai fait mes années de prison, je suis rentré dans une usine de métallurgie comme manœuvre. Ce qui m’a attiré vers le Front National, c’est d’abord Saint-Etienne :
parce qu’à Saint-Etienne, nous avions une colonie
(sic) maghrébienne
(sic), très, très, très nombreuse. Et puis j’ai retrouvé la des garçons que j’avais connu avant-guerre qu’on
appelait à l’époque les nationaux, comme j’ai rencontré le fils d’un milicien qui était rentré dans la police espagnole et qui faisait pour le gouvernement espagnol des exécutions
d’autonomistes basques
(Si je ne me trompe pas dans ma chronologie, ça devait être sous Franco. Tel père, tel fils… Enfin en tout cas, notre milicien était en bonne compagnie, au FN,
apparemment). Moi qu’est-ce qu’il me reste ? La défensive
[inaudible], avec quoi ? Avec une arme. Quand on me prêtera la possibilité de tuer mon homme, je serai
content. »
(Charmant, n’est-ce pas ? Vous, je ne sais pas, mais moi, cet individu m’est éminemment sympathique.)
Face à ces hommes qui ne manifestent pas le moindre regret, et dont l’un d’entre eux (avec les citations, devinez lequel…) s’affiche toujours ouvertement pétainiste, on trouve les
témoignages, entre autres, d’anciens résistants, qui ont eu l’occasion de profiter de l’ « hospitalité » des miliciens, qui ont été torturés et ont vu leurs compagnons de cellule
mourir, au bord des larmes encore aujourd’hui quand ils en parlent.
Cette opposition crée, je trouve, un profond sentiment de malaise, que j’ai encore ressenti aujourd’hui en visionnant le documentaire à nouveau pour en extraire les citations. Un documentaire à
voir.