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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 07:47

Après cinq ans, quasiment jour pour jour, d'inactivité, j'ai été tiré de mon sommeil prolongé car le monde a de nouveau besoin de moi. L'Histoire est en danger, le bat-signal a été allumé, et... Bon, ok, je suis juste tombé sur quelque chose pendant que je m'ennuyais à la gare, et je n'ai pas pu résister à l'envie d'en parler. Ou, plus précisément, de râler1. Sans plus attendre, le coupable :

 

marianne-couv.jpg

Sexe, Histoire : pas de doute, c'est l'été

 

Comme, de toute évidence, j'aime me faire du mal, je n'ai pas résisté à l'envie de feuilleter un peu l'article sur "les plus grandes erreurs de l'Histoire". Après avoir lu une petite colonne de type "anecdotes", j'ai reposé le journal et suis allé implorer Saint-Thucydide de m'accorder son pardon pour avoir passé plus de trois secondes à lire ces inepties. Voyons tout de suite pourquoi, avec le titre du premier extrait : 

 

"Clovis met fin à l'unité nationale"

 

Ok, "unité nationale" dans le contexte du VIè siècle, ça commence bien. L'extrait en lui-même, maintenant :

 

"On considère stupidement Clovis comme le premier roi de France. En fait, le chef franc considérait ses conquêtes comme un magot personnel. A sa mort, il divisa donc son domaine entre ses quatre fils. Cette division perdura pendant deux siècles et demi, au prix de guerres incessantes. La Gaule romaine était unifiée... C'est Clovis qui la divisa en plusieurs morceaux ; la balkanisa !"

 

Je... Un instant, je vais hurler des insanités et je reviens.

 

mire-tv

Veuillez nous excuser pour cette interruption. Votre article reprendra sous peu.

 

Bien. Je ne sais même pas par ou commencer. Prenons le plus facile : "la Gaule romaine était unifiée". Oui, c'est vrai. Penchons nous un peu sur les dates de règne de Clovis, voulez-vous ? 481 - 511 ap. J.-C. Ceux d'entre vous qui ont encore quelques souvenirs scolaires, ou qui se sont intéressés au sujet pendant plus de 4 secondes (soit plus que l'auteur de l'article de Marianne), sont au courant que le dernier empereur romain d'Occident est déposé en 476 ap. J.C. Et que la "Gaule romaine unifiée" n'est déjà plus qu'un souvenir à cette date.

 

Vous voulez savoir à quoi ressemblait la Gaule en 481 ? La voilà :

 

577px-La_division_de_la_Gaule_en_481.svg.png

Ah, on la sent bien, hein, l'unité gauloise ?

Image Wikimedia Commons

 

Temps nécessaire pour trouver cet image : huit secondes. Le temps d'ouvrir le navigateur, de taper "Clovis" dans la barre de recherche, et de cliquer sur le premier lien, qui se trouve être l'article Wikipédia. Huit secondes que, visiblement, le journaliste pressé par le bouclage n'a pas daigné prendre, préférant torcher sur un coin de table son anecdote parce qu'il fallait rajouter quelque chose pour que la page soit pleine.

 

L'Etat romain sur cette carte n'a rien à voir avec l'Empire du même nom, c'est simplement un royaume indépendant que s'est taillé un général nommé Syagrius.

 

Je ne prendrai même pas la peine de revenir sur le terme "unité nationale" employé dans le titre, qui est un anachronisme tellement grossier que, si le reste de l'article n'était pas aussi consternant, j'aurais choisi de croire qu'il était placé volontairement dans le but de troller le lecteur.

 

Intéressons-nous maintenant à "le chef franc considérait ses conquêtes comme un magot personnel". Là, on rentre davantage dans le détail historique, et j'excuserais bien volontiers toute personne qui n'est pas familière avec la conception du pouvoir et les modes d'héritage de l'époque médiévale. Du moins, tant que cette personne ne décide pas soudain d'écrire des articles exposant son ignorance dans un journal à diffusion nationale.

 

Pour faire simple : contrairement aux Romains, les Francs, et de nombreux autres peuples, n'ont pas de concept de la "res publica", la chose publique, en d'autres termes, de l'Etat (et même chez les Romains, cette notion était très éloignée de la notion moderne. La frontière entre finances publiques et finances personnelles de l'empereur, par exemple, n'était pas imperméable). Le territoire sous l'autorité de Clovis est donc considéré comme son patrimoine personnel, et il est soumis aux mêmes règles de partage que tout autre patrimoine en cas de décès : il doit donc être équitablement réparti entre les héritiers. Clovis n'est pas une exception venant saccager un beau territoire unifier et en faire un "magot", il applique les règles telles qu'il les a toujours connues et que les rois francs suivent.

 

DarthVader083111.jpg

"Votre manque de rigueur historique me consterne"

 

Quant au "cette division perdurera pendant deux siècles et demi", c'est vrai, si pendant que j'avais le dos tourné on a changé la définition de siècle et que "deux siècles et demi" veut maintenant dire "quarante-sept ans", soit le temps q'il faut à Clotaire Ier, un des fils de Clovis, pour réunir les possessions franques. Possessions qui sont, à sa mort, de nouveau réparties entre les quatre fils de Clotaire, puisque ni la coutume ni les lois n'ont changé entre-temps.

 

Mais ou voulait nous mener l'auteur de l'article avec ces deux sièles et demi ? Partir du principe qu'il voulait réellement mener quelque part et ne se contentait pas de lancer un chiffre au hasard revient peut-être à lui donner trop de crédit, vu la qualité du reste, mais accordons-lui le bénéfice du doute et avançons dans le temps.

 

Nous voilà donc au règne de Pépin le Bref, tombeur du dernier roi mérovingien, fondateur de la dynastie carolingienne, et père de Charlemagne. Pépin le Bref qui, à sa mort, (vous savez ce qui va suivre, n'est-ce pas ?), divise le royaume entre ses deux fils, Carloman et le futur Charlemagne. Trois ans plus tard, Carloman meurt et Charlemagne réunifie le royaume, en spoliant au passage ses neveux trop jeunes pour protester. Ah, nous voila donc enfin au grand souverain réunificateur, celui qui va restaurer le sens de l'Etat et... Non. A la mort de Charlemagne, l'Empire est divisé entre ses trois petits-fils, toujours suivant la même loi de succession qui refuse obstinément de se conformer aux divagations du journaliste de Marianne.

 

Pour que la succession devienne la primogéniture, c'est-à-dire l'héritage du fils aîné au détriment de tous les autres, il faudra attendre la fin du Xè siècle et la dynastie suivante, celle des Capétiens.

 

Tout ce que je viens de dire constitue du savoir historique relativement basique. Vérifier les différentes informations pour m'assurer que je ne racontais pas trop n'importe quoi (la période médiévale n'est pas, après tout, ma période de prédilection) a pris un peu de temps, mais, surprise ! Ces choses là prennent du temps, c'est pour ça que c'est un métier, pas quelque chose qu'on fait parce que c'est l'été et qu'il faut meubler à peu de frais. En refusant de faire même les plus basiques des recherches, le journaliste n'a pas seulement démontré une grossière ignorance du domaine dont il souhaitait parler : il a démontré son mépris total pour le sujet et pour son lectorat, qui est en droit d'attendre un minimum de rigueur du journal qu'il paie pour lire. Des erreurs ponctuelles sur quelques faits sont - parfois - tolérables, mais le fait est que, dans cet extrait, pas une seule phrase n'est factuellement vraie. Et je n'ai rien coupé. Vous avez là l'intégralité du petit paragraphe consacré à Clovis.

 

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Les mots me manquent

 

Mais ce n'est pas tout ! Après tout, nous avons droit à une colonne entière, composée de quatre paragraphes du même genre, écrits par le même auteur ! (J'ignore s'il a aussi écrit le gros du dossier. J'espère sincèrement que non). Un autre ? Un autre.

 

"Deux erreurs de Constantin, plus une"

 

On notera que l'auteur a réussi à éviter de débiter des âneries dans son titre, ce qui est une nette amélioration. Le contenu s'est-il également amélioré ? (Spoiler : non).

 

"L'empereur Constantin commit deux erreurs aussi énormes qu'évidentes : en divisant l'Empire romain en deux entités, Orient et Occident, et en installant sa capitale en Orient, à Constantinople, il livre de fait l'Occident aux Barbares. Et, en partageant, ensuite, cet empire désarticulé entre ses trois fils, il le condamna à d'interminables guerres civiles. Constantin a-t-il commis une troisième erreur en répudiant le paganisme, ciment de la gréco-romanité, au profit du christianisme ? C'est ce qui permettra à Théodose d'en faire une religion unique d'Etat avec tout ce que cela implique..."

 

Ok, c'était le numéro poisson d'avril, en fait ? Il y a une caméra cachée dans la pièce pendant que je tape cet article ?

 

Marcel-Beliveau.jpg

Surprise ! (Attention : référence d'il y a plus de 15 ans)

 

Bref. Faisons simple, faisons bref, faisons efficace : le partage de l'empire romain n'est pas une initiative de Constantin. Il a eu lieu sous Dioclétien, qui a instauré la tétrarchie (deux empereurs, deux Césars, un pour chaque moitié de l'empire) comme une initiative administrative et militaire permettant de mieux gérer un Empire considéré à juste titre comme trop grand et avec des ennemis sur de trop nombreux fronts pour être correctement défendu apr une seule personne. J'insiste sur ce point : le partage de l'Empire imaginé par Dioclétien était une bonne idée, et une réponse intéressante aux problèmes rencontrés à l'époque. La tétrarchie n'a finalement fonctionné que relativement peu de temps, car les empereurs et co-empereurs autres que Dioclétien étaient trop ambitieux pour accepter un partage du pouvoir et une abdication au bout de dix ans (telle que le prévoyait la tétrarchie). De fait, la tétrarchie disparait vers 313, et en 324, après avoir éliminé divers rivaux et prétendants, Constantin règne sur la totalité de l'Empire romain.

 

Oui, vous avez bien lu. Constantin a réunifié l'Empire romain, il ne l'a pas divisé en deux. L'article de Marianne n'est donc pas seulement faux : il dit l'exact opposé de la vérité. On atteint des sommets. Constantin associe ensuite ses trois fils au pouvoir, plaçant des territoires sous leur responsabilité, mais toujours sous sa supervision, Contstantin restant, jusqu'à la fin de son règne, le seul empereur. Il semble que la question de la succession n'ait pas été enitèrement réglée, aussi, en 337, à la mort de Constantin, ses trois fils se partagent le pouvoir en conservant les territoires auxquels les avait affectés leur père, et en y ajoutant ceux de deux cousins qui étaient également associés au pouvoir, et qui sont prestement assassinés. Après quelques années de discorde et de conflits, seul Constance II survit, et règne à son tour sur un Empire unifié (tout en déléguant une partie de son pouvoir, la constatation faire à l'époque de la tétrarchie que l'Empire est trop grand pour être gouverné par un homme seul étant toujours valable).

 

Il faut attendre la mort de Théodose en 395 pour que l'Empire soit définitivement partagé en deux : chacun de ses fils hérite d'une moitié, et l'Empire ne sera plus réunifié par personne après coup.

 

Quant à Constantinople, elle est installée sur un site stratégique, facile à défendre (contrairement à Rome, ou ne réisdent de toute façon quasiment plus les empereurs depuis la tétrarchie), et plus proche de la frontière orientale, ou se trouvent les Perses Sassanides, qui menacent l'empire depuis déjà le début du IIIè siècle. L'Occident est loin d'être abandonné, Constantin luttant efficacement contre les différentes menaces durant son règne.

 

Enfin, la "répudiation du christianisme". Constantin n'a rien répudié du tout. Il s'est converti, de façon personnelle, au christianisme, et a fait cesser toute persécution ou discrimination à l'encontre des chrétiens. Il ne prend aucune action contre les païens, et l'iconographie de l'époque continue à contenir de nombreuses références païennes, notamment à Sol Invictus. Soyons honnêtes et reconnaissons au journaliste de Marianne une petite victoire : Théodose a effectivement fait du christianisme la religion officielle de l'Empire. Il y a donc une chose vraie dans cet article. Toutes nos félicitations les plus sincères.

 

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Clap clap clap

 

Cet article est déjà beaucoup trop long, il est donc grand temps d'arrêter de râler. Chers lecteurs, estimez-vous heureux que je n'ai fait que lire une petite colonne du dossier de Marianne. Si j'avais tout lu, cet article serait probablement plus long que la totalité du journal. Et encore, je n'ai ici traité que deux articles sur quatre dans ladite colonne (vous avez de la chance que je sois feignant, sinon on en aurait encore pour 3 pages).

 

 


1 Rappel aux lecteurs : si votre historien de compagnie n'a pas grommelé au cours des dernières 48h, quelque chose ne va pas : emmenez le immédiatement chez le vétérinaire le plus proche.

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Published by Setebos - dans Don Quichottisme
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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 20:12
Si vous vous êtes promené dans une librairie ces derniers temps, vous avez sans doute pu apercevoir un ouvrage d’Alain Minc, nommé Une Histoire de France. M. Minc, chef d’entreprise, ancien  président du conseil de surveillance du monde, éditorialiste, et proche de Nicolas Sarkozy, a donc décidé de nous offrir sa vision de l’Histoire de France, une vision qu’on imagine impeccablement documentée, au fait des avancées de la recherche dans le domaine et d’une honnêteté intellectuelle absolue. Ahem.

Cet ouvrage n’avait jusqu’ici provoqué chez moi qu’un haussement d’épaules, au pire accompagné d’un vague soupir. Après tout, si on devait lapider tous les pseudo-historiens qui nous infligent leurs livres, on n’aurait pas fini (et de toute façon, j’utiliserais tout mon stock de cailloux sur Max Gallo).

Et puis, ce matin, je suis tombé sur cet article du CVUH (Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire) consacré à l’ouvrage d’Alain Minc (article signalé entre-temps par ma consoeur Primavera).  Que l’Axis Mundi de la pensée historique d’Alain Minc soit de « grands personnages » autour desquels il compose son récit d’une sorte de France revisitée et mythifiée ne m’étonne guère. C’est exactement comme ça que j’imaginais son livre (ceci dit, qu’un proche d’un président connu pour sa bougeotte réformatrice en soit resté à des schémas intellectuels datant de la IIIè République a un certain sel).

J’apprends qu’Alain Minc a décidé de faire une approche comparatiste, ce sur quoi le CVUH résume très bien ma propre opinion : le comparatisme, ça peut être bien, mais quand c’est bien fait (autrement dit : peu de chances que ça soit bien dans le livre d’Alain Minc).

Et là, je tombe sur ce passage : « L’auteur parle de la « politique d’ouverture » (p.13) d’Auguste, […] d’une « immigration clandestine » dans l’Antiquité (p.18). »

Alors là, non ! M. Minc, amusez-vous avec vos « grands personnages » si ça vous chante, réécrivez une énième Histoire de la Grandeur-de-la-France-Monsieur centrée sur Jeanne d’Arc, Bonaparte et de Gaulle si vous y tenez tant que ça, mais laissez l’Antiquité en dehors de vos comparaisons boiteuses et malhonnêtes !

Non mais oh, c’est pas vrai ça, si on ne peut même plus être à l’abri des récupérations politiques quand on se spécialise dans l’Histoire Antique, ou va le monde, je vous le demande ? Ca, le coup de la « politique d’ouverture » d’Auguste, je ne l’avais pas vu venir ! Il fallait oser, quand même. L’immigration clandestine dans l’antiquité, à une époque ou la notion de frontière est plus que floue, c’est un joli coup aussi, chapeau.

N’ayant hélas pas pu ce matin trouver le livre de M. Minc, je n’ai pas pu le feuilleter pour explorer un peu plus en détail ses « arguments » (ahem) sur ces deux points. Pour cette raison, je ne vais pas m’attaquer à l’idée d’ « immigration clandestine ». Elle est grotesque, certes, mais manquant d’éléments sur le contexte dans lequel Alain Minc place cette idée, je ne pourrais pas être vraiment pertinent. En revanche, sur la politique d’ouverture d’Auguste, j’ai bien quelque chose à dire.

M. Minc, si, pour vous, la volonté d’Auguste de rassembler un maximum de personnes derrière lui, dans le cadre d’une idée profondément ancrée dans la mentalité romaine que le consensus entre les Hommes est nécessaire au consensus avec les dieux, qui permet le retour de la paix et de la prospérité (rappelons qu’à cette époque Rome sortait tout juste d’une période de guerre civile) a quoi que ce soit à voir avec le sens actuel d’« ouverture » (c’est-à-dire débaucher quelques personnalités plus ou moins en vue, plus ou moins attirées par la bonne soupe pour se donner un vernis de rassembleur sans idéologie), alors il y a vraiment un problème dans votre perception historique.

Si, comme c’est plus probable, vous savez pertinemment que ces deux idées n’ont rien à voir mais que vous utilisez malgré tout sciemment un terme qui a une connotation actuelle certaine, c’est encore pire. L’ignorance historique est une chose tout à fait acceptable (mais dans ce cas, on a la décence de ne pas écrire de livre d’Histoire), la malhonnêteté intellectuelle l’est déjà moins.

Par ailleurs, nos amis médiévistes seront ravis d’apprendre que dans l’Histoire française selon Alain Minc, Clovis a rétabli la « sécurité » (Il a mis au pas les délinquants Wisigoths qui faisaient peur aux honnêtes Francs qui se lèvent tôt ? (oui, je fais du mauvais esprit (mais j’ai le droit, je ne fais payer personne pour lire ma prose, moi (oui, c’était encore du mauvais esprit, je sais (cadeau bonus : y’aura-t-il le bon nombre de parenthèses fermantes ?)))))(facile).
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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 13:43
Ce matin, je lisais une interview de monsieur Vincent Meslet, directeur des programmes de France 3. Bon, rien de bien palpitant, mais je vais quand même jusqu’au bout, des fois que. Et j’ai eu raison ! A l’avant dernière question, je tombe sur cette phrase :

« Nous sommes attachés à revaloriser la parole de l'expert »

Là, vous allez me dire, « oui, bon, c’est de la communication, ou est l’intérêt » ?

L’intérêt se trouve dans la phrase suivante :

« C'est ainsi que nous avons fait appel à Max Gallo pour coprésenter Droit d'inventaire avec Marie Drucker »

*tousse tousse*

D’après France 3, cette émission Droit d’inventaire « revisite l'histoire contemporaine avec le regard d'aujourd'hui »

Alors, je ne mets pas en doute les qualités d’écrivain de monsieur Gallo, ni même le fait que ses romans historiques présentent un intérêt certain (du moins j’imagine, je ne crois pas en avoir déjà lu).

Cependant, par acquis de conscience, je viens de jeter un œil à sa production littéraire, ici. Et… Wow. Je le savais prolifique, mais là… Réussir à publier, en 10 ans, pas moins de 19 tomes de biographie, allant de Napoléon à Louis XIV en passant par de Gaulle et Robespierre, le tout en publiant sur la même période des livres plus généralistes et 7 séries de romans historiques… Je suis impressionné.

Bref.

J’ai du mal à croire qu’on puisse faire un tel grand écart au niveau des périodes étudiées en aussi peu de temps sans commettre d’erreurs, d’anachronismes et de contre-sens.

J’imagine également les haussements de sourcil d’un directeur de recherche découvrant du Max Gallo dans la bibliographie de son étudiant en master.

Autrement dit, j’hésiterai quelque peu à le qualifier d'« expert ». Cependant, il présente l‘avantage, pour France 3, de pouvoir parler de n’importe quelle période sans problème (du moins, à en croire ses livres), ça évite de changer d’historien à chaque émission. Parce que la plupart des historiens, s’ils ont bien une culture historique large (qui est indispensable) ne sont « experts » que sur un domaine précis, et souvent restreint.

Si les livres de Max Gallo peuvent amener des gens à s’intéresser à l’Histoire, c’est très bien.
Mais la prudence impose de se méfier d’historiens capables d’écrire sur des sujets diamétralement opposés en un laps de temps très court.
_____

P.S : De petites recherches sur son livre Néron, le règne de l’Antéchrist confirment mes craintes : Le quatrième de couverture explique en effet que « le règne de celui que les chrétiens appelaient l’Antéchrist y apparaît dans les lueurs de l’incendie de Rome et les corps des chrétiens qui servent à éclairer la fête impériale ». Clichés, nous voila ! Craintes encore aggravées par un curieux phénomène dans les titres du cycle Les Romains, jugez plutôt :

Néron, le règne de l’Antéchrist
Titus ou le martyre des Juifs
Marc Aurèle, le martyre chrétien

Bon, jusqu’ici, ils ne sont pas vraiment reluisants, nos empereurs romains, ces vils persécuteurs,  n’est-ce pas ? Et puis vient le dernier tome :

Constantin le Grand, l’Empire du Christ

Tiens ? Pas la moindre connotation négative dans ce titre, celui du livre consacré au premier empereur chrétien ? Constantin s'y voit même gratifié de son surnom de "Grand" (surnom qu'il s'auto-attribue en 315). Bref, une honnêteté intellectuelle qui me semble douteuse dans le choix des titres. Sans même parler du fait qu’aucune politique systématique de répression du christianisme ne fut mise en place par Marc-Aurèle.



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