Don Quichottisme

Mercredi 11 février 2009
Si vous vous êtes promené dans une librairie ces derniers temps, vous avez sans doute pu apercevoir un ouvrage d’Alain Minc, nommé Une Histoire de France. M. Minc, chef d’entreprise, ancien  président du conseil de surveillance du monde, éditorialiste, et proche de Nicolas Sarkozy, a donc décidé de nous offrir sa vision de l’Histoire de France, une vision qu’on imagine impeccablement documentée, au fait des avancées de la recherche dans le domaine et d’une honnêteté intellectuelle absolue. Ahem.

Cet ouvrage n’avait jusqu’ici provoqué chez moi qu’un haussement d’épaules, au pire accompagné d’un vague soupir. Après tout, si on devait lapider tous les pseudo-historiens qui nous infligent leurs livres, on n’aurait pas fini (et de toute façon, j’utiliserais tout mon stock de cailloux sur Max Gallo).

Et puis, ce matin, je suis tombé sur cet article du CVUH (Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire) consacré à l’ouvrage d’Alain Minc (article signalé entre-temps par ma consoeur Primavera).  Que l’Axis Mundi de la pensée historique d’Alain Minc soit de « grands personnages » autour desquels il compose son récit d’une sorte de France revisitée et mythifiée ne m’étonne guère. C’est exactement comme ça que j’imaginais son livre (ceci dit, qu’un proche d’un président connu pour sa bougeotte réformatrice en soit resté à des schémas intellectuels datant de la IIIè République a un certain sel).

J’apprends qu’Alain Minc a décidé de faire une approche comparatiste, ce sur quoi le CVUH résume très bien ma propre opinion : le comparatisme, ça peut être bien, mais quand c’est bien fait (autrement dit : peu de chances que ça soit bien dans le livre d’Alain Minc).

Et là, je tombe sur ce passage : « L’auteur parle de la « politique d’ouverture » (p.13) d’Auguste, […] d’une « immigration clandestine » dans l’Antiquité (p.18). »

Alors là, non ! M. Minc, amusez-vous avec vos « grands personnages » si ça vous chante, réécrivez une énième Histoire de la Grandeur-de-la-France-Monsieur centrée sur Jeanne d’Arc, Bonaparte et de Gaulle si vous y tenez tant que ça, mais laissez l’Antiquité en dehors de vos comparaisons boiteuses et malhonnêtes !

Non mais oh, c’est pas vrai ça, si on ne peut même plus être à l’abri des récupérations politiques quand on se spécialise dans l’Histoire Antique, ou va le monde, je vous le demande ? Ca, le coup de la « politique d’ouverture » d’Auguste, je ne l’avais pas vu venir ! Il fallait oser, quand même. L’immigration clandestine dans l’antiquité, à une époque ou la notion de frontière est plus que floue, c’est un joli coup aussi, chapeau.

N’ayant hélas pas pu ce matin trouver le livre de M. Minc, je n’ai pas pu le feuilleter pour explorer un peu plus en détail ses « arguments » (ahem) sur ces deux points. Pour cette raison, je ne vais pas m’attaquer à l’idée d’ « immigration clandestine ». Elle est grotesque, certes, mais manquant d’éléments sur le contexte dans lequel Alain Minc place cette idée, je ne pourrais pas être vraiment pertinent. En revanche, sur la politique d’ouverture d’Auguste, j’ai bien quelque chose à dire.

M. Minc, si, pour vous, la volonté d’Auguste de rassembler un maximum de personnes derrière lui, dans le cadre d’une idée profondément ancrée dans la mentalité romaine que le consensus entre les Hommes est nécessaire au consensus avec les dieux, qui permet le retour de la paix et de la prospérité (rappelons qu’à cette époque Rome sortait tout juste d’une période de guerre civile) a quoi que ce soit à voir avec le sens actuel d’« ouverture » (c’est-à-dire débaucher quelques personnalités plus ou moins en vue, plus ou moins attirées par la bonne soupe pour se donner un vernis de rassembleur sans idéologie), alors il y a vraiment un problème dans votre perception historique.

Si, comme c’est plus probable, vous savez pertinemment que ces deux idées n’ont rien à voir mais que vous utilisez malgré tout sciemment un terme qui a une connotation actuelle certaine, c’est encore pire. L’ignorance historique est une chose tout à fait acceptable (mais dans ce cas, on a la décence de ne pas écrire de livre d’Histoire), la malhonnêteté intellectuelle l’est déjà moins.

Par ailleurs, nos amis médiévistes seront ravis d’apprendre que dans l’Histoire française selon Alain Minc, Clovis a rétabli la « sécurité » (Il a mis au pas les délinquants Wisigoths qui faisaient peur aux honnêtes Francs qui se lèvent tôt ? (oui, je fais du mauvais esprit (mais j’ai le droit, je ne fais payer personne pour lire ma prose, moi (oui, c’était encore du mauvais esprit, je sais (cadeau bonus : y’aura-t-il le bon nombre de parenthèses fermantes ?)))))(facile).
Par Setebos
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Vendredi 14 novembre 2008
Ce matin, je lisais une interview de monsieur Vincent Meslet, directeur des programmes de France 3. Bon, rien de bien palpitant, mais je vais quand même jusqu’au bout, des fois que. Et j’ai eu raison ! A l’avant dernière question, je tombe sur cette phrase :

« Nous sommes attachés à revaloriser la parole de l'expert »

Là, vous allez me dire, « oui, bon, c’est de la communication, ou est l’intérêt » ?

L’intérêt se trouve dans la phrase suivante :

« C'est ainsi que nous avons fait appel à Max Gallo pour coprésenter Droit d'inventaire avec Marie Drucker »

*tousse tousse*

D’après France 3, cette émission Droit d’inventaire « revisite l'histoire contemporaine avec le regard d'aujourd'hui »

Alors, je ne mets pas en doute les qualités d’écrivain de monsieur Gallo, ni même le fait que ses romans historiques présentent un intérêt certain (du moins j’imagine, je ne crois pas en avoir déjà lu).

Cependant, par acquis de conscience, je viens de jeter un œil à sa production littéraire, ici. Et… Wow. Je le savais prolifique, mais là… Réussir à publier, en 10 ans, pas moins de 19 tomes de biographie, allant de Napoléon à Louis XIV en passant par de Gaulle et Robespierre, le tout en publiant sur la même période des livres plus généralistes et 7 séries de romans historiques… Je suis impressionné.

Bref.

J’ai du mal à croire qu’on puisse faire un tel grand écart au niveau des périodes étudiées en aussi peu de temps sans commettre d’erreurs, d’anachronismes et de contre-sens.

J’imagine également les haussements de sourcil d’un directeur de recherche découvrant du Max Gallo dans la bibliographie de son étudiant en master.

Autrement dit, j’hésiterai quelque peu à le qualifier d'« expert ». Cependant, il présente l‘avantage, pour France 3, de pouvoir parler de n’importe quelle période sans problème (du moins, à en croire ses livres), ça évite de changer d’historien à chaque émission. Parce que la plupart des historiens, s’ils ont bien une culture historique large (qui est indispensable) ne sont « experts » que sur un domaine précis, et souvent restreint.

Si les livres de Max Gallo peuvent amener des gens à s’intéresser à l’Histoire, c’est très bien.
Mais la prudence impose de se méfier d’historiens capables d’écrire sur des sujets diamétralement opposés en un laps de temps très court.
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P.S : De petites recherches sur son livre Néron, le règne de l’Antéchrist confirment mes craintes : Le quatrième de couverture explique en effet que « le règne de celui que les chrétiens appelaient l’Antéchrist y apparaît dans les lueurs de l’incendie de Rome et les corps des chrétiens qui servent à éclairer la fête impériale ». Clichés, nous voila ! Craintes encore aggravées par un curieux phénomène dans les titres du cycle Les Romains, jugez plutôt :

Néron, le règne de l’Antéchrist
Titus ou le martyre des Juifs
Marc Aurèle, le martyre chrétien

Bon, jusqu’ici, ils ne sont pas vraiment reluisants, nos empereurs romains, ces vils persécuteurs,  n’est-ce pas ? Et puis vient le dernier tome :

Constantin le Grand, l’Empire du Christ

Tiens ? Pas la moindre connotation négative dans ce titre, celui du livre consacré au premier empereur chrétien ? Constantin s'y voit même gratifié de son surnom de "Grand" (surnom qu'il s'auto-attribue en 315). Bref, une honnêteté intellectuelle qui me semble douteuse dans le choix des titres. Sans même parler du fait qu’aucune politique systématique de répression du christianisme ne fut mise en place par Marc-Aurèle.



Par Setebos
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