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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 10:23


(Un documentaire a récemment été diffusé sur ce thème. Je ne l'ai pas vu, cet article contiendra donc sans doute un grand nombre de redites par rapport à l'émission)


En 7 ap. J.-C., tout semble aller au mieux pour l'Empire Romain : les guerres civiles sont finies (on n'en verra pas d'autres avant 60 ans), le pouvoir d'Auguste est assuré et les légions romaines triomphent partout, permettant une grande extension du territoire de l'Empire.


C'est dans le cadre de cette expansion qu'Auguste décide d'annexer des territoires à l'est du Rhin pour les intégrer dans l'Empire en tant que province romaine. Pour cela, il dépêche un de ses proches, Publis Quinctilius Varus, membre d'une ancienne famille patricienne.


Deux ans plus tard, trois légions ont été détruites, le projet d'une province à l'est du Rhin a été abandonné et les Germains se sont imposés durablement comme une des principales menaces aux frontières de l'Empire. Que s'est-il passé ?


Nous avons, sur ces évènements, plusieurs sources : Suétone et Tacite, notamment, mentionnent la bataille de Teutoburg, mais sans donner beaucoup de détails (sauf, dans le cas de Tacite, des indications géographiques). Dion Cassius fournit un récit de la bataille, mais il écrit deux siècles après les faits et son histoire ressemble davantage à une réécriture littéraire qu'à une description historique.


Pour plus de détails, il faut consulter l'Histoire Romaine de Velleius Paterculus, chapitres 117 à 120. Toutefois, aucun récit réellement détaillé de la bataille ne nous est parvenu, Paterculus renvoyant à un autre ouvrage, qju'il est censé écrire plus tard et lui étant entièrement consacré, ouvrage dont nous n'avons aucune trace.


Paterculus renvoie toute la faute sur Varus, accusé d'être "plus habitué au calme des camps qu'à l'activité guerrière", cupide ("comme le prouve la Syrie dont il fut gouverneur : riche elle était quand il y arriva pauvre, pauvre elle était quand il en partit riche"), et apathique. Paterculus l'accuse d'avoir gravement sous-estimé les Germains, et d'avoir pensé qu'il suffirait de rendre justice pour les adoucir sdans avoir à les soumettre par les armes.


Dans les faits, il est sans doute injuste de rejeter toute la faute sur Varus : il y a sans doute eu une forme d'auto-censure chez l'auteur, préférant rejeter la totalité de la faute sur le commandant plutôt que trop s'apesantir sur une défaite qui embarassait dle pouvoir impérial. Sans vouloir exonérer Varus qui a sans doute une part de responsabilité, il est en fait vraisemblable que le désastre de Teutoburg soit lié à la structure même de l'occupation romaine qui s'appuyait beaucoup sur les populations locales.


Mais revenons-en aux faits : Varus est chargé d'intégrer la Germanie à l'Empire, appuyé pour cela par trois légions (les XVIIè, XVIIIè et XIXè Légions). Parmi ses conseillers sur place, on trouve Arminius, chef de la tribu germanique des Chérusques. Envoyé à Rome en tant qu'otage dans sa jeunesse (une pratique très courante dans l'antiquité), il y a reçu une éducation romaine (y compris militaire) et a même été intégré à l'ordre équestre, le deuxième ordre de la société romaine (après l'ordre sénatorial).


C'est là qu'une faille apparait dans le système romain : les otages pris dans les membres importants des tribus germaniques alliées de Rome (comme les Chérusques) devaient permettre dans un premier temps d'assurer la loyauté de ces tribus puis, une fois l'otage revenu chez lui, de profiter de sa coopération.

Arminus joue sur ce point : en façade, il conseille Varus et le sert loyalement, mais en secret, il unifie les différentes tribus germaniques (habituellement occupées à se taper dessus entre elles) dans le but de tendre une embuscade aux Romains.


La marche de Varus et ses troupes depuis leur camp d'été vers leur camp d'hiver lui fournit l'occasion qu'il attendait.En chemin, il alerte Varus d'une prétendue révolte non loin(inventée de toutes pièces). Ce dernier décide de l'écraser sur le champ et prend le chemin que lui indique Arminius.


La colonne romaine, en ordre de marche, est composée de trois légions, un nombre égal d'ailes de cavalerie, et six cohortes d'infanterie auxiliaire (c'est-à-dire des troupes recrutées parmi les habitants de l'Empire ne possédant pas la citoyenneté romaine, soit, à l'époque d'Auguste, l'immense majorité de la population. En l'occurence, une bonne part de ces auxiliaires devaient être d'origine germanique, ce qui laisse planer des doutes sur le camp qu'ils ont choisi lors de la bataille). L'armée devait donc être étendue sur 15 à 20 km en longueur, sur un terrain inconnu. Dion Cassius rapporte en outre qu'une tempête et de la pluie rendaient le terrain boueux et les arcs inutilisables (mais ces informations sont à prendre au conditionnel, certains historiens estimant que Dion Cassius ne fait qu'utiliser un cliché, à savoir Germanie = forêts et boue, d'autres estimant que le récit est trop détaillé pour être une simple invention).


C'est durant cette marche qu'Arminius déclenche l'attaque des troupes des tribus coalisées, préalablement disposées sur le trajet. Connaissant bien les tactiques romaines (rappelons qu'il a été élevé à Rome), disposant d'une meilleure connaissance du terrain, de l'effet de surprise et de l'étirement de la colonne romaine, il parvient sans difficulté à infliger une lourde défaite aux Romains.


Varus et plusieurs autres officiers se suicident durant la bataille, d'autres se rendent ou sont capturés, un commandant de cavalerie tente de s'enfuir avec ses troupes, mais est rattrapé et tué. Les Germains pourchassent les Romains en déroute dans les forêts.


La défaite est totale : les Romains perdent entre 15.000 et 20.000 hommes, tandis que les pertes germaniques sont minimes. Mais les choses ne s'arrêtent pas la : le champ étant désormais libre, les Germains poussent leur avantage et prennent la quasi totalité des forts et villes romaines à l'est du Rhin, à l'exception du fort d'Aliso qui, renforcé par les survivants de la bataille, résiste pendant plusieurs semaines avant que la garnison ne parvienne à faire une sortie et à passer le Rhin.


Teutoburg est donc un désastre complet : les Romains ont été refoulés à l'ouest du Rhin, trois légions ont été détruites et, pire encore, leurs aigles de légion sont tombés aux mains des Germains (les aigles de légion sont un emblème sacré, chaque légion en possède un, et le laisser tomber entre les mains de l'ennemi constitue un immense déshonneur. De manière générale, si une telle chose arrive, les Romains font tout pout tenter de les récupérer).


Suétone nous rapporte qu'Auguste fut bouleversé en apprenant la nouvelle, se frappant la tête contre les murs et criant "Varus, rends-moi mes légions !". Il faut savoir qu'après les guerres civiles, qui avaient vu la levé d'un nombre incroyable de légions, Auguste a réduit leur nombre et l'a fixé à 28. La disparition de trois légions constitue donc une perte relative très importante.


Les deux légions restantes, situées à l'ouest du Rhin, sont rapidement redéployées pour éviter tout soulèvement de populations qui pourraient croire l'Empire affaibli et en profiter.


Pour bien comprendre le choc que la perte de ces légions a pu représenter à Rome et pour Auguste, il faut préciser quen fait absolument inédit, ces légions ne seront jamais reconstituées, et que leurs numéros (XVII, XVIII et XIX) ne seront plus réutilisés. Dans la numérotiation, on apsse donc désormais de la XVIè Légion à la XXè.


Arminius envoya la tête de Varus à Marbod, roi des Marcomans, une puissante tribu germanique, avec la proposition d'une alliance anti-romains. MArbod refusa et envoya la tête à Rome pour que Varus puisse bénéficier de funérailles.


Les Romains purent profiter de cette absence de front uni pour réorganiser leurs forces. Vers 11 ap. J.-C., Auguste envoie Tibère lancer une offensive en Germanie. Selon Paterculus, l'armée "ouvre des routes, dévaste les campagnes, incendie les maisons, disperse ceux qui résistent et revient dans ses quartiers d'hiver".


Peu après la mort d'Auguste, en 14 ap. J.-C., une nouvelle attaque est lancée par Tibère et son neveu Germanicus. Environ 70.000 hommes et un soutien naval participent à cette campagne, qui fait une halte sur le site de la bataille de Teutoburg.


En 16 ap. J.-C., Germanicus prend la tête d'une nouvelle armée qui parvient à acculer l'alliance menée par Arminius à une bataille rangée, qui tourne rapidement en faveur des Romains. Deux des trois aigles de légions perdus sont retrouvés. Le troisième sera récupéré sous le règne de Claude.


Après cela, Tibère, estimant les objectifs atteints, fait cesser les attaques en Germanie. Le projet de créer une province au-dela du Rhin ne sera plus évoqué (il semble que Marc-Aurèle, l'autre empereur à avoir mené des campagnes de grande ampleur en Germanie, n'ait jamais songé pour autant à en faire une province).


Quant à Arminius, il est assassiné en 21 ap. J.-C. par un membre de sa propre tribu.


Suite au désastre de Teutoburg, et durant toute la période impériale, les Germains constitueront, avec les Parthes puis les Perses, un des principaux ennemis de Rome, poussant l'Empire à placer quasiment la moitié de ses troupes sur la frontière rhéno-danubienne.




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Published by Setebos - dans Histoire romaine
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commentaires

Guez 11/10/2016 09:00

etes vous des so6

Jean-louis 11/10/2009 13:01


merci, cet article est très intéressant
merci


bebus 31/03/2009 16:29

Salut!

Un de vos site en lien dont l'auteur vient parfois commenter vos brillantissimes prestations, ne répond plus. Il s'agit du site histoire mon amour. Auriez vous des infos à ce sujet?

Setebos 01/04/2009 08:37


Oui, j'ai remarqué la disparition d'HMA il y a deux jours. Je n'en sais pas forcément plus que vous, seulement, le blog plus personnel de l'auteur ayant lui aussi été supprimé, j'ai peur que cela
ne procède d'une volonté délibérée et qu'il ne faille pas s'attendre à voir revenir HMA. J'espère bien évidemment me tromper.


Henri Lafforgue 31/03/2009 11:41

Très bon résumé du drame de Teutobourg. Très agréable à lire. Bravo ! - HL

mendragor 24/03/2009 12:31

Ce blog est tout bonnement super. Nouveau sur over-blog et passionné d'Histoire ancienne, je ne doute pas d'y trouver matiére au développement de mes connaissances...