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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 18:37

Attention ! Dans ce billet, ça risque de spoiler dans tous les sens, donc si vous n’avez pas lu ces livres et que vous avez l’intention de le faire en conservant tout le suspense, ne lisez pas cet article.

Le Cycle de Fondation est une suite de romans (eux-mêmes constitués à partir de nouvelles) de science-fiction, se déroulant dans un futur lointain (environ 18.000 ans, pour le premier livre).

A première vue, on pourrait se demander pourquoi je viens en parler sur un blog consacré (en majorité, tout du moins) à l’histoire antique. Tout simplement parce que le récit d’Isaac Asimov, bien que décrivant un futur imaginaire, est fortement ancré dans l’histoire romaine, puis byzantine (les puristes me rétorqueront que c’est la même chose, le terme d’Empire Byzantin étant une construction tardive, cet Empire s’appelant lui-même l’Empire Romain. Certes. Mais je tiens à rester compréhensible même auprès de mes lecteurs non-puristes).

Pour montrer ces liens entre le cycle de science-fiction et l’Histoire romaine (ou du moins, une certaine conception de l’Histoire romaine, nous allons le voir), je vais me baser sur trois des parties de l’ouvrage :

Tout d’abord, la partie intitulée le déclin de Trantor, comprenant Prélude à Fondation, l’Aube de Fondation, et Fondation. Ensuite, la nouvelle intitulée Le général, puis celle intitulée Le Mulet, qui font toutes les deux partie du livre Fondation et Empire.

Le simple titre de mon premier objet d’étude, le déclin de Trantor, a du vous mettre la puce à l’oreille. Et vous avez raison ! Oui, nous avons bien là un nouvel avatar de la décadence de l’Empire Romain. De fait, Asimov lui-même de fait guère de mystère quant à sa principale source d’inspiration : c’est le livre Decline and Fall of the Roman Empire, d’E. Gibbon, paru en 1776. E. Gibbon est, avec Montesquieu, un des premiers promoteurs de cette idée de décadence de l’Empire Romain. Connaissant cette source, on ne sera guère surpris par le fait que le déclin de Trantor nous décrit un Empire Galactique s’enfonçant dans la décadence et l’impuissance.

La capitale de l’Empire, Trantor, y est décrite comme un monde surpeuplé, nécessitant vingt planètes agricoles pour la nourrir. Difficile de ne pas faire de parallèle avec la Rome Antique, cité d’un million d’habitants, s’appuyant pour sa subsistance sur les cargaisons de blé provenant d’Afrique et d’Egypte, cette dernière province étant fréquemment surnommée « le grenier à blé de Rome ». D’autre part, on apprend que Trantor a autrefois été une royauté. Tiens, comme Rome !

Trantor nous est présentée comme négligeant de nombreux domaines (l’innovation technologique, l’entretien du réseau de transport) par manque de fonds, ceux-ci étant consacrée à l’armée, pléthorique suite à des guerres civiles. L’allusion à l’Antiquité Tardive est là encore assez transparente : l’armée a toujours eu un poids important dans les finances de l’Empire, poids qui s’accroit avec le temps, notamment suite à la période de troubles et de guerres civiles au IIIè siècle. (Notons que cette part importante de l’armée dans les finances de l’Etat n’est pas l’apanage de l’Empire Romain. La France du XVIIIè siècle, par exemple, consacre jusqu’à 75% de son budget à l’armée en temps de guerre, environ 50% en temps de paix).

Dans le même ordre d’idée, on nous parle d’une « économie déclinante » et d’un « commerce qui s’étiole », autant de caractéristiques de la « décadence » de l’Empire Romain.

Tout au long des trois livres composant le déclin de Trantor, la situation ne cesse de se dégrader, l’Empire perdant peu à peu le contrôle de planètes lointaines au profit de vice-rois tandis que la situation financière s’aggrave et que la technologie décline. Lire ce livre revient à avancer dans le IVè siècle décrit par Gibbon dans son ouvrage.

On le voit, l’Histoire antique tient dans cette première partie du Cycle de Fondation le rôle de contexte général, orientant le récit. Elle joue un rôle encore plus important dans le deuxième cas que nous allons étudier, à sa savoir Le général.

Dans cette nouvelle, qui se passe environ 200 ans après la fin de la première partie du cycle, on est mis en présence d’un général, nommé Bel Riose, qui, profitant d’un regain impérial du fait d’un empereur fort, se lance dans la reconquête de territoires ayant autrefois appartenus à l’Empire et ayant depuis longtemps échappé à son contrôle. Toutefois, à la fin de l’histoire, il est rappelé par l’empereur qui craint sa popularité puis exécuté sous prétexte d’avoir voulu comploter contre lui.

La référence historique peut ici se trouver grâce au simple nom du général. Bel Riose constitue en effet quasiment l’anagramme de Belisarios (Bélisaire, en français), général byzantin du VIè siècle. Celui-ci reconquiert d’anciens territoires de l’Empire Romain, notamment Carthage et Rome. Toutefois, devant sa popularité grandissante et craignant une usurpation du trône, l’empereur finit par le rappeler. Désavoué à plusieurs reprises, il finit par ne plus exercer de commandements militaires significatifs. On constate ici que la fin de Belisaire ne correspond pas à celle de Bel Riose, toutefois, les similitudes restent particulièrement frappantes. Pour ce qui est de l’exécution de Bel Riose, peut-être Asimov s’est-il inspiré de l’histoire d’un autre général bien mal récompensé pour ses services, Aetius, exécuté par l’empereur Valentinien III peu après avoir vaincu les Huns d’Attila à la bataille des champs catalauniques.

Ici, l’Histoire ne joue plus le rôle de simple contexte, mais de véritable trame pour la nouvelle, qui transpose dans un futur imaginaire des faits passés.

Pour ce qui est de ma troisième et dernière partie, sur la nouvelle nommée Le mulet, retour dans l’Empire Romain d’Occident, au Vè siècle. L’Histoire joue ici un rôle plus anecdotique, mais est toutefois présente. En effet, les protagonistes de la nouvelle ont l’occasion de croiser l’empereur galactique. Celui-ci réside désormais à Néotrantor, sans réel pouvoir, ne régnant plus guère que sur vingt mondes agricoles, tandis que la capitale, Trantor, a été pillée cinquante années auparavant. Là encore, les allusions sont transparentes : Rome est en effet pillée en 402 par les Wisigoths. Cinquante ans plus tard, les empereurs romains, résidant à Ravenne et non plus à Rome, ne disposent plus guère de pouvoirs et n’ont plus d’empereurs que le nom. On constate donc le parallèle évident entre els deux situations.

Détail amusant, l’homme responsable du pillage de Trantor dans les livres se nomme Gilmer. Historiquement, le roi vandale vaincu par Belisaire en Afrique se nomme Gélimer. Sachant que les Vandales ont eux aussi pillé Rome, il ne serait pas étonnant qu’on trouve là une autre référence historique, plus anecdotique, dans le Cycle de Fondation.

Dans le même ordre d’idée, il est fait référence, dans l’Aube de Fondation, aux « Codes civil et pénal d’Aburamis ». Comment ne pas voir là un clin d’œil au célèbre code d’Hammurabi ?

Bref, comme on peut le voir, l’Histoire est omniprésente dans le Cycle de Fondation. Qu’elle joue le rôle de simple contexte, de trame concrète ou d’anecdote en forme de clin d’œil, on peut la retrouver dans une bonne partie des différentes nouvelles qui composent l’œuvre d’Asimov.

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Published by Setebos - dans Histoire romaine
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commentaires

Clovis Simard 26/06/2012 03:04

blog(fermaton.over-blog.com), L'aube de fondation d'Isaac Asimov réalisée.