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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 16:40
En ce moment est offert avec l’Express un ouvrage historique, nommé Splendeur et décadence de Rome, des Etrusques aux invasions barbares. J’ai déjà expliqué ici en quoi la notion de décadence devait être utilisée avec précaution, on comprendra donc que la vue ce titre m’ait quelque peu fait tiquer.

Toutefois, se contenter du titre pour émettre un jugement sur un livre me paraissant bien peu équitable (car je comprends, sans les cautionner, les contraintes marketing à l’origine du titre. La notion de décadence est connue, accrocheuse et vendeuse), j’ai décidé d’y jeter un coup d’œil un peu plus approfondi.

Commençons par l’auteur. Ou plutôt devrai-je dire les auteurs, l’ouvrage étant collectif. On trouve ainsi treize personnes référencées en dernière page à la rubrique « rédaction ». La rédaction à plusieurs est une bonne chose, un ouvrage portant sur la totalité de l’Histoire romaine, incluant les domaines politiques, militaires, artistiques, etc, ne pouvant être sérieusement laissé aux soins d’une seule personne. Les noms des rédacteurs ne me disent rien, mais l‘ouvrage est ouvertement généraliste, l’absence de grands spécialistes ne me choque donc pas outre mesure.

L’éditeur (editorial sol90) m’était également inconnu, et le livre fait partie d’une collection nommée « l’Histoire universelle », comptant apparemment 16 livres traitant d’un grand nombre de périodes historiques.

Passons maintenant à l’essentiel : la pertinence (ou non) de ce livre. Ayant des connaissances plus que limitées  sur les Etrusques, et la période républicaine ne m’étant pas familière, je me suis concentré sur les pages couvrant les guerres civiles, l’avènement de l’empire et l’histoire de celui-ci jusqu’à la fin du IIIè siècle (p. 74 à 105, si vous voulez tout savoir).

Et je dois dire que, globalement, je m’attendais à pire. Dans tout ce qui traite de César et de l’arrivée au pouvoir d’Auguste, j’ai finalement relevé bien peu d’énormités. Mention spéciale toutefois à « en ajoutant à son nom, Octave, le titre d’auguste (1), il se divinisa de son vivant » (p.83) qui m’a fait bondir. La divinisation de l’empereur de son vivant ne commence à se manifester que sous le règne de Commode, deux siècles plus tard. A part cela, on note quelques petites erreurs factuelles de ci de là, comme cette attribution d’un « pouvoir tribunitien pour une durée illimitée » à César (p.79). Outre que ce pouvoir est en réalité attribué à Auguste en 23 av. J.-C., on parle plutôt de puissance tribunicienne. Sans doute une traduction un peu hâtive.

En revanche, je suis plutôt satisfait du traitement de la mise en place de l’Empire. Le sujet est assez complexe, comprenant diverses manipulations institutionnelles, il est pourtant résumé en une seule page (p.86) de façon claire et sans trop de raccourcis. J’avoue volontiers être incapable de résumer ces épisodes en aussi peu de phrases. La description de l’élargissement des frontières est également de plutôt bonne qualité. On regrettera l’impasse faite sur les difficultés d’établir un principe de succession, évoquées par allusion mais sans réelle clarification, alors qu’elles jouent un rôle important dans les évènements qui auront lieu ensuite. Toutefois, la place étant limitée, je pense qu’on peut excuser cette absence.

Dans le chapitre suivant, les choses se gâtent quelque peu. On passera rapidement sur quelques curiosités (« Séjan, préfet du prétoire et chef de la garde impériale », p.100. Mais le préfet du prétoire est le chef de la garde impériale. Où encore « Titus […] supprima la peine de mort », p.101. Euh ?) pour arriver à quelques petites choses plus gênantes (sans toutefois être rédhibitoires). Ainsi, p.102, se trouve l’affirmation que « le gouvernant devait adopter et choisir au mieux son successeur ». Cette théorie du « choix du meilleur » doit en réalité plus être vue comme une propagande officielle d’époque que comme une réalité. De même, s’agissant de Sévère Alexandre, p.104, affirmer qu’il « rétablit partiellement l’autorité du Sénat et forma un grand conseil de jurisconsultes » est plus qu’hâtif. C’est ce qu’affirme l’Histoire Auguste, dont j’ai déjà évoqué la partialité.

Après ces deux exemples, je commençais à me dire que le rédacteur avait un peu trop collé aux sources d’époque. Impression confirmée quelques lignes plus loin, quand l’empereur Sassanide qui a affronté Sévère Alexandre est nommé Artaxerxès Ier. En réalité, il se nomme Ardashir, et le nom d’Artaxerxès lui a été attribué arbitrairement par Hérodien en référence à un empereur perse des guerres médiques.

C’est page suivante que se trouvent les points qui m’ont le plus agacé, quand l’ouvrage évoque le IIIè siècle et sa crise, dont j’ai déjà parlé ici. On trouve alors des phrases comme « Le Bas-Empire romain commençait, ainsi que, dans la forme au moins, le Moyen-âge » (en 270 ap. J.-C. ? Ouch.), ou « il créa une religion d’Etat, monothéiste, à sa mesure, dans laquelle le Soleil était le dieu suprême » (le culte de Sol Invictus existait bien avant le règne d’Aurélien, et s’il a contribué à sa mise en avant, il ne l’a en aucun cas fondé, ni n’en a fait une religion d’Etat), les deux derniers mots de la page enfonçant le clou, parlant de « terrible décadence », le tout après un portrait absolument apocalyptique de cette fin de IIIè siècle. Visiblement, les historiens ont encore du travail à faire pour populariser la notion d’Antiquité tardive.

J’ai par curiosité feuilleté la suite de l’ouvrage, et il me semble que celui-ci redresse la barre après ce passage peu reluisant (même si on n’échappe pas à quelques généralisations, comme les procurateurs qui sont de « cupides percepteurs d’impôts » (p.115)). On peut donc espérer que la partie traitant des IIè et IIIè siècles était confiée à un rédacteur un peu moins doué que les autres.

En résumé (car je vois que je me suis quelque peu étalé, la faute à une rédaction d’article complètement anarchique), je dirai que cet ouvrage est finalement, dans la branche des livres vulgarisateurs, tout à fait correct. On y trouve les erreurs, approximations et autres généralisations abusives communes à tous les ouvrages du même genre, mais dans l‘ensemble le livre est clair et cohérent, et peut constituer une base acceptable pour des néophytes complets en histoire romaine qui obtiendront ainsi un rapide aperçu qui leur donnera peut-être envie d’approfondir un peu. Sachant qu’on peut obtenir cet ouvrage pour 3€50, je dois dire que j’ai été, finalement, agréablement surpris (il faut dire que je partais avec un a priori négatif, rapport au titre). Ce n’est certes pas un grand livre historique, mais c’est loin d’être un torchon bourré d’erreurs. Et c’est déjà ça.
_____
(1)  On remarque qu’Auguste s’est fait sucrer sa majuscule au passage. Toutefois, étant donné qu’on croise quelques erreurs typographiques dans les pages suivantes, je suppose qu’on peut mettre cela sur le compte d’une faute de frappe.

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Published by Setebos - dans Histoire romaine
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commentaires

Richard Lejeune 03/11/2008 16:28

Puis-je me permettre d'intervenir ? Pour répondre simplement à la question de Polydamas.

Les ouvrages vulgarisateurs, malheureusement, ou pêchent par oublis et résumés trop succincts (pour les meilleurs) ou sont truffés d'erreurs historiques notoires (pour la majorité des autres).

Maintenant, qu'entend-on réellement par vulgarisateur ? Pensez-vous vraiment qu'à partir du moment où, par exemple, l'on s'intéresse aux crises du IIIème siècle de notre ère, ce soit encore d'un ouvrage "grand public" que l'on ait besoin ? Personnellement, j'en doute.
Fort heureusement, il existe, pour ceux qui veulent approfondir un fait ou une époque historiques, des collections qui proposent des sommes qui, sans être rébarbatives, font le point de manière scientifique hors pair.
Je pense particulièrement aux Presses Universitaires de France qui proposent une collection "Premier cycle" de très grande qualité.

Et plus spécifiquement, pour le sujet évoqué ici :

* Histoire romaine (par Marcel Le Glay, Jean-Louis Voisin et Yann Le Bohec).
Cet excellent ouvrage divise son sujet en trois parties, respectivement intitulées :
1. Des origines à l'Empire
2. Rome, maîtresse du monde
3. Un autre monde romain (IIIè-Vè siècle)

En outre, pour les spécialiste, ou les Enseignants ou simplement pour ceux qui estiment qu'apprendre par les textes est encore plus probant, il est assorti d'un deuxième volume, concocté par Yann Le Bohec seul, intitulé "Textes et documents".
Ce me fut une mine, n'en doutez pas !

Mes exemplaires datent des années 1995 et coûtaient, à l'époque, l'équivalent de plus ou moins 25 € actuels.

En espérant avoir quelque peu éclairé vos lanternes ...

Richard

Polydamas 01/11/2008 17:39

Au fait, tant qu'à faire d'y être, quels sont les ouvrages vulgarisateurs qui vous paraissent de bonne qualité ? Une petite biblio serait bienvenue...

Setebos 02/11/2008 11:36


Ouh la.
En fait, cela fait bien longtemps que je n'ai pas cotoyé d'ouvrage vulgarisateur (à part celui-ci, un peu par hasard).
Donc honnêtement, je ne sais pas trop.
Après, je ne sais pas si ça rentre dans la catégorie des ouvrages de vulgarisation, mais les livres de la collection Points
Histoires sont généralement clairs et bien écrits tout en étant pas chers. Une bonne collection, pour moi.


Primavera 28/10/2008 20:19

C'est vrai, ça, enfin un peu de neuf! On n'y croyait plus! Pff tous ces gens qui mettent leurs blogs en suspens, vraiment...
C'est agréable de te lire de nouveau mais ton billet m'a surprise. Je te trouve extrêmement indulgent...une vertu que je ne partage pas pour les hérétiques tels que ceux-là, qui ne mériteraient qu'un petit tour sur le bûcher (tu sais, il y en avait par millions au Moyen-Âge, à partir du IIIe siècle).
Bref. L'intérêt principal est de revenir sur quelques idées reçues: ça t'avait déjà bien inspiré pour les films, tu devrais peut-être rester sur ce terrain-là, c'est instructif et marrant à traiter...
Tu pourrais partir de grands péplums classiques, par exemple.
(tu as vu ça, j'ai tellement hâte de te relire que je te file des sujets ^_^)

Setebos 28/10/2008 22:44


Pour ce qui est de la tenue quelque peu négligée du blog, je ne peux hélas pas garantir que ça s'améliore, mais je vais faire de mon mieux.

Quant à ma clémence, elle est surement due au fait que je m'attendais à tellement pire que j'ai finalement plutot été soulagé à la lecture. Mais c'est vrai que, quand on y pense, c'est assez triste
d'en être réduit à être contenté (je ne dirai quand même pas enthousiasmé) quand on tombe sur un livre qui ne contient "pas trop"' d'énormités.

Je dois être un peu désabusé, en fait.


Antioche-III 28/10/2008 18:45

Preum's

Enfin des nouveaux articles, continues c'est très bien