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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 12:54

Dans la seconde moitié du IIIè siècle, l’Empire Romain est dans une situation délicate. Les empereurs se succèdent à une cadence effrénée tandis qu’en Occident et en Orient, Germains et Perses Sassanides maintiennent une pression constante sur les frontières. C'est dans ce contexte que va avoir lieu l’aventure de Zénobie de Palmyre, une cité située dans l'actuelle Syrie, entre 267 et 272.

Pour bien comprendre ces évènements, un bref retour en arrière s’impose : En 259, l’empereur Valérien a été battu par les Perses et, humiliation suprême, capturé par ceux-ci. Il meurt en captivité une année plus tard. C’est dans ce contexte tendu que monte en puissance Odainath, « exarque des Palmyréniens ». Ce titre a été inventé en 251, lorsque la dynastie d’où est issu Odainath a proclamé que Palmyre était désormais une principauté héréditaire, vassale de Rome. Le pouvoir central, incapable d’assurer correctement la défense de l’Orient, s’appuya sur cette dynastie pour s’en occuper à sa place, lui confiant le commandement des troupes auxiliaires de la région, malgré la façon quelque peu cavalière dont elle était parvenue au pouvoir (normalement, un prince vassal doit tenir sa couronne de Rome, et non pas s’autoproclamer).

Cette stratégie montra son efficacité : Odainath infligea plusieurs défaites aux Perses, mettant fin à leurs razzias sur l’Orient romain. Devenu particulièrement puissant, Odainath est assassiné en 267, laissant le pouvoir à sa veuve, Zénobie.

On l’a vu, jusqu’ici, nulle velléité indépendantiste de la part de Palmyre : Odainath était un prince vassal, chargé par Rome de défendre une partie du territoire, une pratique qui n’était absolument pas nouvelle. Il n’avait pas plus tenté d’usurper le trône impérial, comme le montre l’absence de monnayage à son nom. Voyons maintenant le cas de Zénobie.

En 267, Zénobie se retrouve donc à la tête de la principauté et des troupes de son ancien époux. Elle donne à son fils Vabalath (1) le nom de Roi des Rois, qu’avait pris Odainath après avoir vaincu les Perses, dont les souverains portent ce titre (C’est bien évidemment honorifique et fictif, Zénobie et son fils n’ont pas la moindre autorité sur le territoire perse). Régnant à travers son fils, Zénobie rompt avec l’attitude de son ancien époux : elle commence immédiatement à faire battre monnaie à son effigie et celle de son fils, et fonde une ville, deux actes relevant du domaine exclusif de l’empereur. A-t-on cette fois-ci une tentative d’indépendance vis-à-vis de l’Empire ?

Les inscriptions, les documents officiels, et les frappes de monnaie nous prouvent que non : en effet, de 267 à 270, Zénobie tente d’imposer son fils comme co-empereur, régnant sur l’Orient tandis que l’empereur légitime règne sur l’Occident. Vabalath a un rang légèrement inférieur à l’autre empereur, celui-ci étant nommé Auguste sur les frappes de monnaies, Vabalath se contentant du titre d’Empereur. Autrement dit, Zénobie ne cherchait pas à se tailler un royaume en dehors de l’Empire, mais à créer un régime bicéphale pour celui-ci.

En 270, l’Egypte tombe dans l’escarcelle de Zénobie. Maintenant qu’elle contrôle la principale source d’approvisionnement en blé de Rome, elle croit pouvoir passer à l’étape supérieure : monnaies et actes officiels placent désormais le nouvel empereur légitime, Aurélien, et Vabalath sur un pied d’égalité, tous deux étant appelés Auguste. Toujours pas de tentative d’indépendance : Aurélien reste reconnu comme un empereur légitime, et l’Orient contrôlé par Palmyre reste une part de l’Empire.

Il semblerait qu’Aurélien ait refusé ce partage de l’Empire, puisque peu après, l’armée palmyrénienne se met en route vers la Turquie et, de fait, vers l’Occident, dans le but évident de renverser l’Empereur et d’unifier l’Empire au profit de Palmyre.

Toutefois, l’empereur Aurélien, soldat sorti du rang, ne l’entend pas de cette oreille. A la tête de ses troupes, il marche vers la Turquie et bat à plusieurs reprises les troupes de Zénobie, les repoussant vers Palmyre qui, finalement, se rend sans résistance. Zénobie est faite prisonnière, tandis que le sort de Vabalath nous est inconnu.

Le sort de Zénobie en elle-même est incertain : selon l’Histoire Auguste, l’empereur Aurélien, magnanime, l’aurait graciée après l’avoir exhibée lors de son triomphe à Rome.

Le récit de ces évènements nous montre une chose : à aucun moment Zénobie n’a cherché à se séparer de l’Empire. Cette aventure n’est donc en aucun cas à mettre sur un hypothétique patriotisme, qui aurait dans ce cas plutôt cherché à sortir de l’Empire, contrairement à ce qui a pu être affirmé dans certaines études.

D’autre part, l’idée de partage de l’Empire, imaginé par Zénobie, sera mise en application quelques années plus tard, par Dioclétien, qui instituera une séparation administrative (et seulement administrative) de l’Empire, chaque moitié étant administrée par un empereur et son César.

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(1) Ou Wahballat.

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Le thème de Zénobie semblant avoir une certaine popularité, on peut trouver un certain nombre d’ouvrages parlant d’elle. Comme d’habitude quand un thème amène une production importante d’ouvrages, je ne peux que conseiller la méfiance vis-à-vis de ceux-ci. Pour cet article, j’ai principalement utilisé un article de P. Veyne, Palmyre et Zénobie : entre l’Orient, la Grèce et Rome, dans son ouvrage L’Empire gréco-romain, paru en 2005 aux éditions du Seuil, ouvrage qui présente l’avantage d’être très facile à trouver et agréable à lire.

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Published by Setebos - dans Histoire romaine
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commentaires

marie claire cardinal 07/09/2010 16:02


Zénobie a-t-elle vraiment existé certains pensent qu'elle fut " inventée " par les romanciers et historiens romains vrai ???


Richard Lejeune 02/09/2008 13:32

Bravo. Vous n'avez évidemment pas choisi un manchot !
Cet ouvrage en effet, mais comme d'ailleurs tous ceux de Paul Veyne quand il s'agit d'Histoire, présente l'immense avantage de fournir d'indiscutables renseignements d'une scientificité hors pair.

(En revanche, il y aurait matière à débattre concernant son dernier opus consacré à son ami Michel Foucault ...)

Setebos 02/09/2008 14:42


A ma grande honte, je dois avouer que j'ai finalement lu peu de Paul Veyne, ceci étant du au fait que je m'intéresse plutot à l'histoire politique tandis que lui se spécialise davantage dans
l'histoire sociale.
Mais ce que j'en ai lu était toujours à la fois intéressant et bien écrit.