Mardi 12 août 2008 2 12 /08 /Août /2008 18:04

Le 15 mars 44 av. J.-C., Jules César est assassiné en pleine séance du Sénat par un groupe de sénateurs conjurés qui le poignardent, dit-on, à 23 reprises. Qui était à l’origine de ce complot, et pourquoi a-t-il eu lieu ?

En 45 av. J.-C., les guerres civiles sont (momentanément) terminées, au profit de Jules César qui a écrasé ses ennemis, ce qui le laisse seul au pouvoir. De 46 à 44 av. J.-C., Jules César accumule les titres et honneurs. Entre Aout et septembre 46, il se voit accorder le droit de procéder à pas moins de quatre triomphes, célébrant ses victoires sur la Gaule, l’Egypte, le Pont (1) et l’Afrique, puis un cinquième en 45 après son ultime victoire sur les partisans de Pompée, son adversaire dans cette guerre civile.

En 46, la dictature, une magistrature d’exception censée être utilisée dans les cas d’urgence et théoriquement limitée à 6 mois, lui est confiée pour dix ans par le Sénat, puis lui est octroyée à vie en février 44, lui octroyant ainsi un pouvoir virtuellement sans limites.

Il gagne également le droit de porter en permanence des chaussures et une toge de couleur pourpre, ainsi qu’une couronne de lauriers, ornements normalement attachés uniquement au triomphe. Les monnaies romaines sont gravées à son effigie, tandis qu’un serment de fidélité est prêté sur son nom et qu’un siège plaqué d’or lui est attribué au Sénat.

Cette prééminence de César dans la vie publique romaine ne va pas sans lui attirer des inimitiés au Sénat, où certains l’accusent d’aspirer à la royauté, régime honni par les Romains. Son partisan Marc-Antoine n’arrange pas les choses en proposant à César, lors d’un défilé, le diadème royal, que César repousse à trois reprises. A cela, il faut ajouter la perspective d’une nouvelle guerre contre les Parthes, qui ont écrasé des légions romaines quelques années auparavant. A cette fin, César masse 16 légions en Epire et en Macédoine, mais l’idée de cette guerre inquiète jusqu’à ses partisans.

C’est dans ce contexte que le complot va se tramer. Un sénateur, Cassius, que certains auteurs anciens accusent d’avoir agi par dépit de ne pas avoir été nommé consul en 44, regroupe des opposants. Il pousse Brutus à devenir le chef symbolique des conjurés (2), bien que celui-ci ait été comblé d’honneurs par César.

Le 15 mars, jour des Ides de Mars, est choisi par les conjurés pour passer à l’action. Marc-Antoine est mis à l’écart par de faux solliciteurs, un conjuré du nom de Metellus s’assure que César ne porte aucune protection en tirant sa toge, puis les comploteurs tirent leurs poignards et assaillent César. Brutus aurait porté le dernier coup, faisant dire à César « Tu quoque, mi fili » (Toi aussi, mon fils) (3). Ironie du sort, César tombe aux pieds de la statue de Pompée, son rival (4).

Plusieurs points ont fait dire à des historiens, dont Suétone, que César aurait souhaité cette mort. En effet, un mois auparavant, César avait licencié sa garde personnelle, se retrouvant de fait sans protection. Il n’a tenu aucun compte des différents avertissements à propos du complot qui se tramait,  et a également négligé de multiples mauvais présages, se résignant tout au plus à ne pas prendre de décisions importantes le 15 mars. Il aurait déclaré souhaiter une mort « soudaine et inattendue », et, de plus, la maladie dont il souffrait aurait fait qu’il ne souhaitait pas vivre davantage.

Bien entendu, ce ne sont que des hypothèses. On peut aussi considérer que César a licencié sa garde et n’a tenu aucun compte des avertissements parce qu’il croyait à sa bonne fortune et qu’il avait la conviction que sa mort engendrerait un tel chaos qu’on n’oserait pas s’en prendre à lui. De fait, sa mort a bien été porteuse de chaos, puisque les guerres civiles qui ont été déclenchées alors ne prirent fin qu’en 31 av. J.-C.

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P.S : La première saison de la série Rome retrace fidèlement un certain nombre des éléments du complot (comment Brutus a été poussé à y participer, notamment) et les circonstances de l’assassinat en lui-même, malgré quelques absences, dont celles de la tentative de couronnement par Marc-Antoine et les derniers mots de Jules César.

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(1) Un royaume d’Asie Mineure, situé dans l’actuelle Turquie, au bord de la Mer Noire.

(2) Brutus est également le nom du Romain qui avait chassé de Rome le dernier roi, Tarquin le Superbe. Faire de son homonyme le chef des conjurés contre un homme accusé d’aspirer à la royauté était plutôt habile.

(3) Sauf qu'il l'a dit en Grec, καὶ σὺ τέκνον. Le Grec est à l'époque la langue naturelle des élites romaines, davantage que le latin.

(4) La Curie ou se réunissait habituellement le Sénat ayant brulé quelques années auparavant, le Sénat se réunissait de façon temporaire dans la Curie de Pompée, en attendant que la Curie de César soit achevée.

Par Setebos - Publié dans : Histoire romaine - Communauté : Histoire Géographie
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