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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 20:50
Le précédent billet traitait des différences entre Athènes et Sparte d'un point de vue institutionnel. Celui-ci sera consacré aux organisations militaires des deux cités, qui, nous allons le voir, suivent deux voies distinctes.

L'organisation militaire

     Sparte : la domination terrestre

Sparte est une cité réputée pour ses soldats, qu'on évoque encore de nos jours. La totalité de la vie civique spartiate est tournée vers la guerre. Les citoyens suivent un entrainement intensif, tant physique que psychologique, réparti en plusieurs échelons.

Le premier stade est l'irénat, entre 16 et 20 ans. L'irène suit un entrainement au combat et un entrainement sportif au terme duquel il est intégré à l'armée.

De 20 à 30 ans, le Spartiate, désormais membre de l'armée, a l'obligation de vivre à la caserne et de prendre les repas en commun.

Après 30 ans, le Spartiate gagne le droit de regagner son foyer, mais reste astreint aux repas en commun et reste membre de l'armée.

Après 60 ans, le Spartiate est libéré de ses obligations militaires vis-à-vis de la cité et gagne le droit de postuler à la gérousie (pour peu qu'il remplisse certaines conditions d'appartenance à l'aristocratie, comme on l'a vu précédemment).

Comme on le voit, la vie du citoyen spartiate, de 20 à 60 ans, est consacrée à la défense de sa cité.
L'armée spartiate est avant tout une infanterie lourde. Les citoyens sont équipés en hoplites (lourd bouclier, longue lance) et sont intégrés dans des phalanges. Le but de la vie en commun imposée de 20 à 30 ans est de renforcer la cohésion de ces formations de combat, par le biais d'une bonne connaissance de ses compagnons d'arme et d'une confiance aveugle en eux et en ses chefs. En effet, la formation de type phalange implique que chaque soldat est protégé par le bouclier de son voisin de droite (1) , mieux vaut avoir confiance en lui pour aller au combat.

Au combat, les Spartiates sont reconnaissables à leur manteau rouge et à leurs cheveux longs, marque archaïque de force et de protection.

Jusqu'en 371 av. J.-C., les Spartiates sont,en Grèce, les maîtres incontestés de la tactique militaire terrestre. De fait, les combats terrestres qui les opposent aux Athéniens et à leurs alliés durant la guerre du Péloponnèse se soldent généralement par la victoire des Spartiates.

Cette guerre voit l'apparition des néodamodes, des hilotes incorporés à l'armée civique spartiate en échange de leur affranchissement pour pallier au manque chronique de troupes, problématique étant donné l'étendue de la zone de guerre. En effet, la politique spartiate de régulation des naissances fait que là ou les Spartiates pouvaient aligner 5.000 soldats en 479 av. J.-C., il n'yen a plus que 700 en 371 av. J.-C.

La stratégie spartiate au début de la guerre du Péloponnèse est extrèmement classique, conformément au caractère conservateur de la cité : le but est d'envahir l'Attique (la région d'Athènes) pour forcer l'affrontement terrestre.

     Athènes : la domination maritime

A Athènes, l'enfance et le début de l'adolescence sont plus libres qu'à Sparte. L'adolescence est la période ou ont lieu divers entrainement sportifs.

En théorie, les citoyens athéniens, comme les Spartiates, passent au cours de leur vie par divers stades.

L'éphèbie a lieu de 18 à 20 ans. L'éphèbe est un apprenti soldat.

De 20 à 50 ans, l'Athénien sert sa cité comme hoplite ou comme cavalier, selon sa richesse. (en effet, le soldat doit payer lui-même son équipement, les chevaux sont donc réservés aux citoyens aisés)

De 50 à 60 ans, l'Athénien est vétéran et est versé dans des corps de réserve, dédiés à la défense des frontières et des places fortes.

Après 60 ans, l'Athénien est déchargé de ses obligations militaires.

On constate que ces différentes étapes sont moins contraignantes qu'à Sparte, avec notamment l'absence d'obligation de vie commune.

Cependant, au IVè siècle, Athènes évolue vers une armée de métiers, avec un recours de plus en plus fréquent aux services de mercenaires étrangers, permettant ainsi aux citoyens de se consacrer à leur activité politique.

Les citoyens les plus pauvres, appelés thètes, de la cité servent en tant que rameurs sur les galères athéniennes.
En effet, Athènes est avant tout une puissance maritime (on parle souvent de thalassocratie athénienne), l'empire athénien étant composé de colonies réparties sur toute la mer Egée et ses côtes.

La stratégie athénienne au début de la guerre du Péloponnèse est à l'opposé de celle des Spartiates : les Athéniens savent que les Spartiates ne peuvent s'emparer d'Athènes, ils sont donc laisser les Spartiates ravager l'Attique en se retranchant derrière les murs de leur cité et se servir de leur imposante flotte pour ravager les côtes péloponnésiennes par la mer, tout en comptant sur cette même flotte pour assurer le ravitaillement de la cité par le biais des colonies.



On a donc d'un côté, une cité qui s'impose sur terre, et de l'autre une cité qui s'impose sur mer. Et là ou Sparte va tendre, petit à petit, à délaisser les éducations autres que physiques et militaires, Athènes va peu à peu dégager ses citoyens de leurs obligations militaires. Ainsi, sur le plan militaire comme sur le plan institutionnel, ces deux cités présentent de fortes dissemblances. Le prochain billet abordera la question de la société à Sparte et AThènes.

_____

(1) Ce qui peut amener des problèmes, comme l'explique Thucydide, auteur de La Guerre du Péloponnèse :

"Les armées, quelles qu'elles soient, font ceci : elles tendent à dévier, au cours de leur marche, vers leur propre aile droite ; si bien que chaque adversaire déborde avec sa droite la gauche de l'ennemi ; en effet, la crainte aidant, chacun serre le plus possible son côté non protégé contre le bouclier de son voisin de droite et pense que plus on est joint de façon étroite, plus on est à couvert ; et la responsabilité initiale revient au premier homme de l'aile droite, qui souhaite dérober toujours à l'adversaire son défaut de protection : les autres le suivent en vertu de la même crainte." (V, 71, 1)

D'où l'intérêt d'avoir confiance dans son voisin, qui évite au Spartiate de trop serrer sur sa droite.

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Published by Setebos - dans Histoire grecque
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