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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 20:46
Ce billet inaugure une série d'articles dédiés aux deux cités les plus connues de Grèce Antique : Sparte et Athènes. Ces cités présentent de fortes dissemblances, que ce soit sur le plan politique, social, ou encore guerrier.
C'est pourquoi je vais consacrer plusieurs billets (car en un seul, ça serait franchement indigeste) à leur comparaison, en commençant aujourd'hui par les modèles politiques. Les faits-énoncés ci-après tiennent place au Vè siècle, période où les antagonismes entre Sparte et Athènes sont les plus fortes et trouvent leur exutoire dans la guerre du Péloponnèse, qui oppose les deux cités et leurs alliés pendant presque 30 ans (avec des interruptions, certes). Ce choix est également justifié par le fait que comparer ces deux cités sur la totalité de leur existence pourrait, sans problème, constituer un sujet de thèse, ce que je ne prétends pas faire ici. Contentons-nous, donc, du Vè siècle.

Le système politique

     Sparte : une oligarchie, mais avec de la royauté, et puis un peu de démocratie aussi.

Aristote voit dans Sparte une combinaison harmonieuse et bien équilibrée de monarchie, d'aristocratie et de démocratie.
De fait, les institutions dirigeantes de Sparte sont composées de deux rois, cinq éphores, une gérousie et une assemblée, organes que nous allons maintenant étudier.

Les deux rois

Sparte présente la particularité d'avoir à sa tête deux rois. Il ne faut toutefois pas exagérer l'atypisme de ce bicéphalisme royal : la Rome républicaine était dirigée par deux consuls, et, comme nous le verrons, Athènes a également à sa tête plusieurs stratèges.

Ces deux rois proviennent chacun d'une dynastie différente : l'un des rois est un Agiade, l'autre un Eurypontide, et les mariages entre ces deux familles sont interdits pour préserver intactes les dynasties.

Leur pouvoir a décliné au fil du temps. Au Vè siècle, ils ont avant tout un rôle militaire et religieux.

Du point de vue militaire, il ne revient plus aux rois de décider des guerres, mais ils restent les commandants en chef sur le champ de bataille. Cependant, depuis 506 av. J.-C. et une dispute entre deux rois qui avait mené à l'échec d'une expédition, les rois ne partent plus en guerre ensemble : théoriquement, l'un mène campagne tandis que l'autre reste à Sparte.
Le roi en campagne est également accompagné par deux éphores (cf. infra) ou deux envoyés de ceux-ci qui donnent des instructions venant de Sparte au roi.
La diminution du rôle militaire des rois s'explique également par le fait que Sparte n'est plus une cité isolée, mais à la tête d'une ligue, ce qui implique une décision collégiale pour l'entrée en guerre.
De plus, l'apparition des navarques, magistrats nommés annuellement et chargés de commander la flotte spartiate, réduit encore le pouvoir militaire royal.

Sur le plan religieux, les deux rois exercent des sacerdoces (de Zeus Lacedemon et Zeus Ouranios), organisent des sacrifices publics, et maîtrisent les relations avec Delphes et son oracle.

Leur pouvoir judiciaire est très limité : ils ont des compétences en droit familial et en chemins publics.

Malgré un pouvoir théorique restreint, les rois demeurent des personnages sacrés, descendants des dieux. En conséquence, ils ne peuvent être mis à mort après un jugement, et bénéficient de funérailles imposantes, à participation obligatoire (sous peine de sanctions), qui contrastent avec la sobriété des funérailles spartiates habituelles.
De plus, les rois sont très riches, grâce à l'obtention de parts importantes du butin après les batailles et à la possession de nombreuses terres.

Ces deux éléments combinés apportent un prestige conséquent et une grande richesse aux rois, leur permettant éventuellement d'exercer un pouvoir important, limité cependant par les rivalités entre les deux rois. (Ce qui est peut-être l'objectif de cette double royauté, d'ailleurs).

Les cinq éphores

Les éphores sont élus par l'assemblée de Sparte pour une année, et leur charge n'est pas reconductible.

Ils ont avant tout un rôle de surveillance de la société, que ce soient les moeurs, les hilotes(1), les magistrats, ou même les rois.
Ils disposent de grands pouvoirs policiers et judiciaires : ils ont le droit d'imposer des amendes, d'emprisonner, ainsi qu'un droit de vie et de mort sur les hilotes.
Ils incarnent le gouvernement de la cité, qui prend des décisions à la majorité. Ils préparent le travail de l'assemblée, la président et exécutent ses décisions.

Ils sont les seuls spartiates autorisés à ne pas se lever devant les rois, et ceux-ci sont obligés de répondre à leurs convocations. (Même si la loi les autorise à ne venir qu'au bout de la troisième)

La gérousie

La gérousie, ou assemblée des anciens, est constituée de 28 vieillards. L'âge minimum pour y entrer est de 60 ans, âge auquel les obligations militaires du citoyen envers la cité cessent.

Les gérontes sont élus à vie (ceci dit, étant donné leur âge particulièrement avancé pour l'antiquité, ils sont peu nombreux à rester longtemps en poste) .Leur mode d'élection nous est connu grâce à Plutarque et a gagné de la part d'Aristote le qualificatif élogieux de "puéril" : il consiste à faire défiler les candidats à la gérousie, dans un ordre aléatoire, devant les Spartiates. Ceux-ci doivent acclamer ceux qui passent devant eux tandis que, dans une maison voisine, des juges décident de l'élection en fonction... de l'intensité des cris qu'ils perçoivent.

Un mode d'élection quelque peu étrange, donc, mais qui confère aux élus le plus grand honneur que Sparte puisse accorder à un de ses citoyens. De ce fait, la gérousie n'est pas ouverte au vulgus pecum, et il est vraisemblable que les candidatures résultent d'une cooptation par les membres déja en place, permettant ainsi à la gérousie de rester entre les mains de l'aristocratie.

La gérousie possède d'importants pouvoirs judiciaires et politiques : elle est le tribunal suprême de la cité, pouvant condamner à mort des citoyens et même, associée aux éphores, juger les rois. En cas de querelle de succession royale c'est elle qui tranche entre les prétendants.

Tous les projets doivent lui être soumis avant de passer à l'assemblée, et elle peut user d'un droit de veto à l'encontre des décisions de celle-ci.
Dans les faits, la gérousie ne s'oppose quasiment jamais aux projets des rois et des éphores. Cependant, même si son rôle législatif concret est réduit, son prestige est tel qu'on peut considérer qu'elle joue le rôle d'élément stabilisateur, les autres pouvoirs hésitant à la contrarier.

Cette institution est celle qui est la plus critiquée par Aristote : outre sa remarque déja évoquée sur le caractère "puéril" de l'élection des gérontes, le philosophe critique aussi leur âge avancé, avançant que "l'esprit comme le corps a sa vieillesse".

L'assemblée

Le dernier organe du pouvoir spartiate est l'assemblée : en sont membres de droit les citoyens spartiates agés de plus de 20 ans (hypothèse la plus probable, mais l'âge de 30 ans a aussi été avancé)
Sa fréquence de réunion est inconnue et était peut-être variable.

L'assemblée prend ses décisions  selon la procédure du vote par acclamations : elle ne peut pas modifier les projets qui lui sont soumis, seulement les approuver ou les rejeter. Ce pouvoir peut paraitre limité, mais les décisions de l'assemblée sont sans appel : un rejet est définitif, et les décisions les plus graves, comme les entrées en guerre, sont prises par elle.

La question du droit ou non à la prise de parole avant les votes est complexe, mais il semblerait que les Spartiates aient le droit de prendre la parole pour exprimer un avis, sans avoir le droit de soumettre des contre-propositions. Cependant, la notion de décence étant fortement ancrée à Sparte, il est vraisemblable que la majorité des participants, et en particulier les plus jeunes, s'interdisaient d'eux-mêmes de prendre la parole.

     Athènes

En face de cette cité qui, malgré un certain mélange des genres, demeure un modèle d'oligarchie dans la Grèce antique, on trouve Athènes, qui promeut un modèle opposé : la démocratie.
A la tête de la cité se trouvent différentes institutions : la Boulé, l'Ecclesia, les archontes et les stratèges.

La Boulé

La Boulé, appelée aussi conseil des 500, est composée de 500 membres tirés au sort, 50 pour chaque tribu (2) parmi les citoyens âgés de plus de 30 ans. Ses membres portent le nom de bouleutes et ont l'obligation d'être présents aux séances. On ne peut pas être bouleute plus de deux fois dans sa vie.

La Boulé se décompose en 10 sections permanentes, les prytanies, qui siègent jour et nuit, un mois chacune (3). Les membres des prytanies sont les prytanes. avec à leur tête un chef tiré au sort chaque jour, appelé épistate des prytanes.

La Boulé est chargée du contrôle des magistrats, qui rendent des comptes, notamment financiers, à chaque sortie de charge ; des négociations avec les ambassadeurs ; d'éditer les projets de loi soumis à l'Ecclesia ; de la répartition du phoros, le tribut payé par les cités appartenent à l'alliance athénienne, la ligue de Délos ; de la vérification des comptes de la cité.

L'Ecclesia

L'Ecclesia, ou assemblée du peuple, rassemble la totalité des citoyens athéniens (environ 40.000 personnes), sauf ceux privés de droits politiques par une condamnation. Elle représente la souveraineté du peuple et dispose d'un pouvoir sans appel : les décisions consacrées par un décret ne peuvent être abolies.

Elle se réunit 4 jours par mois, du lever au coucher du soleil. L'ordre du jour est fixé par les prytanes tandis que la séance est présidée et convoquée par l'épistate du jour.

L'Ecclesia est chargée de voter les lois athéniennes et d'élire les magistrats. Chaque citoyen a le droit de prendre la parole, et le vote se fait en général à main levée, il peut être secret pour les affaires les plus graves.

Pour les décisions graves (comme les entrées en guerre), un quorum de 6.000 participants est requis.

L'Ecclesia peut également mettre en accusation, à tout moment et sur simple plainte d'un citoyen, un magistrat en charge.

L'archontat

L'archontat est l'une des deux principales magistratures athéniennes. Les archontes sont tirés au sort pour un an et sont au nombre de dix. Le premier d'entre eux donne son nom à l'année et porte en conséquence le titre d'archonte éponyme.
Ensuite viennent l'archonte basileus, héritier du pouvoir religieux des anciens rois, l'archonte polémarque, chargé de l'organisation des funérailles des soldats et de l'entretien des orphelins de guerre, et six archontes thémotètes chargés de l'instruction des procès, jugés ensuite, selon les cas, par l'Ecclesia (affaires d'état) ou l'Héliée (affaires courantes).

A leur sortie de charge, les archontes sont intégrés à vie à l'aréopage, un tribunal chargé des crimes de sang.

La stratégie

La stratégie est un collège de dix membres, les stratèges. Ils représentent le pouvoir exécutif d'Athènes et sont à la tête de l'armée. Contrairement aux archontes, ils ne sont pas tirés au sort mais élus pour un an, un stratège par tribu athénienne.

Ils disposent tous de pouvoirs équivalents, illimités, mais leurs actes sont contrôlés à la fois par la Boulé et par l'Ecclesia, qui peut les mettre en accusation comme n'importe quel autre magistrat.

Tous les magistrats (y compris donc, les stratèges et les archontes) subissent avant leur entrée en charge un examen à caractère moral et doivent prêter serment. A la fin de leur charge, ils doivent se soumettre à une vérification des comptes, qui peut par ailleurs être provoquée à n'importe quel moment de leur charge.

On constate par ailleurs l'importance du tirage au sort, qui a pour double objectif de manifester la volonté des dieux et de limiter l'agitation politique liée à des volontés d'être élu.


To be continued...

_________

(1) Esclaves spartiates attachés à une terre.
(2) Les tribus athéniennes ne portent plus, au Vè siècle, de notion tribale, mais sont des entités administratives.
(3) Les années grecques sont composées de 10 mois de 36 jours.

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La partie de ce billet consacrée à Sparte est en grande partie inspirée de l'ouvrage de E. Lévy, Sparte : histoire politique et sociale jusqu'à la conquête romaine, Points Histoire, Paris, 2003.

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Published by Setebos - dans Histoire grecque
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Amine M0JIT0 30/12/2016 17:04

Zbeub Zbeub