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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 16:06
Et voila, troisième message (deuxième sur un sujet historique) et je sors déja de ma ligne éditoriale pour aller taquiner l'époque médiévale. Amis amateurs du Saint Empire Romain Germanique (SERG, pour les intimes) (HRO, pour les intimes anglicistes), cet article est pour vous.
SI j'ai fait cet article, c'est pour illustrer le formidable esprit de corps des historiens, ainsi que pour manifester un désir de ne pas s'enfermer soi-même dans une période, d'aller au-delà des limites qu'on se donne, et...

...

Bon, ok, c'est juste que c'est un travail que j'avais eu à faire pour la fac et sur lequel je suis tombé hier, donc je me suis dit "bah tiens, c'est déja tout prêt, ce serait bête de ne pas s'en servir".
Voila voila voila.

Un billet sur Frédéric II de Hohenstaufen donc, empereur du Saint Empire Romain Germanique du XIIIè siècle.
C'est parti.



     En 1211, le pape Innocent III, « trahi » par l’empereur Otton IV dont il avait soutenu l’élection en échange de concessions, notamment des restitutions de terres au Saint-Siège, se tourne vers Frédéric-Roger, roi de Sicile et membre de l’éminente famille des Hohenstaufen, dont il a été le tuteur. Le jeune roi n’a pas d’argent, pas d’armée, son royaume est en partie envahi par Otton IV. Le pape le fait élire dans le courant de l’été 1211, confiant dans le fait que, lui devant tout, celui que nous appellerons désormais Frédéric II serait plus un client qu’un rival. Par quels actes ce souverain, de « roi des prêtres », a-t-il pu devenir « stupor mundi » ?


« Roi des prêtres ». C’est le surnom donné à Frédéric II par son rival, Otton IV, qui le considère comme un jouet de la papauté. Il s’aperçoit rapidement que le jeune roi est bien plus que cela. En quelques semaines, Frédéric II s’empare, quasiment sans combats, de tout le Sud-Ouest de l’Allemagne. A Constance, il participe avec les bourgeois de la ville à un banquet originellement préparé pour… Otton IV. Sur la route de Frédéric ont lieu des scènes de liesse à l’égard du souverain, petit-fils de Frédéric Barberousse et héritier de toute la gloire des Hohenstaufen. Après la défaite d’Otton à Bouvines en 1214, Philippe Auguste fait parvenir à Frédéric II les insignes impériaux abandonnés sur le champ de bataille, et ce dernier soumet, là encore sans combattre, le Nord du royaume. Lors de son sacre à Aix-La-Chapelle, il annonce, à la surprise générale, sa volonté de se croiser.

Mais ces premiers actes ne sont rien en comparaison de ceux que réalisera par la suite le souverain. En 1228, bien que récemment excommunié, il s’embarque pour la Terre Sainte, récupère en négociant avec le sultan Al-Kamil Jérusalem, Bethléem et Nazareth, se fait couronner roi de Jérusalem en 1229, rentre en Sicile, en chasse les troupes du pape qui tentaient de conquérir le royaume et, au terme de ce périple, arrache à celui-ci les accords de San Germano qui lèvent son excommunication.

En 1235, Frédéric II dépose et emprisonne son propre fils, Henri (VII), roi des Romains, qui refusait de suivre la politique frédéricienne accordant une grande autonomie aux princes allemands.

Mais Frédéric II, en tant qu’empereur, ne peut éviter l’affrontement avec les 2 ennemis « traditionnels » de l’empire : les Italiens et, surtout, le pape. Cette lutte va être l’occasion de nouveaux coups d’éclat de la part du souverain. Ainsi, après avoir écrasé les Milanais à Cortenuova en 1237 (la plus grande victoire remportée par l’empire sur les Italiens), il demande aux rois de toute la chrétienté de lui envoyer des troupes pour donner le coup de grâce à un ennemi présenté comme un rebelle… et est exaucé. Des contingents arrivent de France, d’Angleterre, de Castille, de Hongrie, de Grèce… Même Al-Kamil envoie des hommes rejoindre la grande armée impériale qui, cependant, étant plus impressionnante que réellement efficace, échoue en 1238. Le pape profite de cet affaiblissement impérial pour attaquer à son tour : Frédéric II est excommunié en 1239, la dernière phase de la lutte entre le sacerdoce et l’empire commence.

C’est dans le cadre de cette lutte qu’un des évènements les plus stupéfiants du règne a lieu : en 1241, Grégoire IX décide de convoquer un grand concile œcuménique, rassemblant un nombre impressionnant de prélats et membres du bas clergé pour juger Frédéric II. Les voies terrestres étant coupées par l’empereur, ceux-ci embarquent sur une flottille gênoise. Frédéric II envoie alors sa flotte, les Gênois sont interceptés et une grande partie des navires capturée. Les membres du clergé sont alors incarcérés dans diverses forteresses impériales. Une fois de plus, l’empereur réussit un coup d’éclat d’une ampleur inégalée jusqu’alors.


Cependant, si les actes en eux-mêmes auraient pu suffire pour faire de Frédéric II le « stupor mundi », ils sont encore renforcés par une idéologie et une personnalité hors du commun.


Une haute idée de la fonction impériale, tout d’abord. Frédéric II, dans ses titulatures, sa correspondance, ses diplômes et ses actes, tente de faire revivre l’empire romain de l’antiquité. Il triomphe à la romaine après Cortenuova, fait frapper des pièces d’or ou il se fait représenter en buste et nomme Augustales, utilise les titres de César et d’Auguste à chaque occasion, fait construire un Arc de Triomphe à Capoue, envoie des lettres passionnées aux romains où il leur enjoint de l’aider à restaurer la gloire de l’empire.

Une propagande messianique, ensuite. Frédéric II se proclame dernier empereur avant la fin des temps, instaurateur d’un nouvel âge d’or, incarnation de la Paix. Il fait de Iesi, sa ville natale, une nouvelle Bethléem, prononce lui-même des sermons, et ressuscite en quelque sorte le culte impérial.

Personnalité hors du commun enfin, cet empereur qui parle 9 langues, se lie d’amitié avec un sultan, discute de science et de philosophie avec des savants arabes, s’entoure d’un faste oriental, entretient des harems et voyage accompagné d’une ménagerie imposante.


Stupor Mundi, Immutator Mundi, Nouveau David, Antéchrist… Les surnoms, favorables ou non, n’ont pas manqué pour qualifier Frédéric II. Ce souverain, sans être ce prémisse du « despote éclairé » comme on a pu le croire, a indéniablement marqué durablement les esprits par ses actes, sa personnalité et son idéologie. Cet empereur, qui a su redonner un bref éclat de splendeur au Saint Empire et a fait l’objet de prophéties annonçant son retour à la fin des Temps, a incontestablement mérité de rester dans nos mémoires comme « Stupor Mundi », l’étonnement du Monde.

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Published by Setebos - dans Hors-sujet
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commentaires

gianlucacartiglia 21/10/2009 22:56


je vous invite a visiter mon site sur Frédéric II de Souabe.
les textes de l'école sicilienne en musique.
merci,
a bientot


Stephane Seagull 08/07/2008 19:42

Passionant, vraiment :o